A quoi joue le Parti de gauche avec EELV ?
samedi 12 avril 2014
Auteur : par Aurélien Bernier
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À QUOI JOUE LE PARTI DE GAUCHE AVEC EELV ?

Texte d’Aurélien Bernier, ancien porte-parole du Mouvement politique d’émancipation populaire (M’PEP), publié dans Marianne électronique du 7 avril 2014.

Le 12 avril 2014.

Le M’PEP n’a rien à retirer à l’analyse d’Aurélien Bernier concernant la tentative de rapprochement purement politicien et électoraliste entre le Parti de gauche (PG) et Europe Ecologie Les Verts (EELV). EELV, en effet, a participé au gouvernement avec le PS pour mettre en place une violente politique d’austérité. Sur 17 députés EELV, 10 ont voté la confiance à Manuel Valls, meilleur représentant des classes possédantes. Alors que cherche le PG ?

Deux points de désaccord, néanmoins, avec Aurélien Bernier. D’abord, la notion de « désobéissance européenne », que le M’PEP regrette aujourd’hui d’avoir « inventée », est d’un flou total qui permet au Front de gauche, particulièrement au PG, de tout dire et son contraire. Elle ne fait qu’ajouter de la confusion et devrait être remplacée par des notions claires et concrètes : la sortie de l’Union européenne et de l’euro. D’autre part, le seul geste utile à l’élection européenne sera le boycott. Voter, et quelle que soit la liste choisie, ce sera valider l’existence d’un parlement fantôche, vitrine faussement démocratique de l’Union européenne, de l’euro, de la Banque centrale européenne, de la troïka, et de tous les traités néolibéraux qui détruisent les fondements de la démocratie dans tous les pays aux prises avec ce piège institutionnel illégitime !

Pour signer l’Appel national au boycott des élections européennes, cliquez ici : http://www.m-pep.org/spip.php?article3528

Pour accéder au site du Comité national de résistance républicaine à l’Union européenne (CNR-RUE), cliquez ici : http://www.cnr-rue.fr

Européennes : à quoi joue le Parti de gauche avec les écologistes ?

Tribune Marianne version électronique

Lundi 7 Avril 2014 à 05:00

Aurélien Bernier [1]

Pour Aurélien Bernier, auteur de « La gauche radicale et ses tabous », l’opération séduction du Parti gauche auprès d’Europe écologie n’a pas lieu d’être car si leur « alliance aux élections municipales a plutôt bien fonctionné, elle pose un problème à la veille des européennes : celui de deux visions radicalement différentes ».

Le 25 mai, se tiendront des élections européennes dont l’enjeu est d’une importance extrême. Bien sûr, la composition du prochain Parlement européen n’aura aucune incidence sur les politiques ultralibérales de l’Union. Le Traité, les centaines de directives et de règlements, la Cour de justice de Luxembourg, sont là pour préserver les « acquis communautaires » du libre-échange, de la libre concurrence, du monétarisme et de l’austérité pour les peuples. Mais ces élections sont cruciales au niveau national : elles sont l’occasion de présenter aux électeurs un discours clair de rejet des politiques de Bruxelles et d’appel à la désobéissance européenne, qui implique la restauration de la primauté du droit national sur le droit communautaire et la sortie de l’euro.

Ce discours doit être porté par la gauche radicale pour une raison simple : aucune mesure ambitieuse de son programme n’est applicable dans le cadre de l’ordre juridique et monétaire européen. Le Front de gauche veut développer les services publics, créer un grand pôle bancaire nationalisé, taxer les richesses, interdire les cultures d’OGM ? Tout ceci est incompatible avec le droit européen qui, depuis l’adoption du traité de Maastricht, fait partie intégrante de la Constitution française. Toute proposition de loi en ce sens sera inconstitutionnelle.

« Sortir du Traité de Lisbonne », mais encore ?

En 2009, déjà, la campagne du Front de gauche aux élections européennes s’était soldée par un relatif échec. Avec 6,05 % des suffrages exprimés (soit 2,35 % des inscrits), le Front de gauche progressait à peine par rapport au score du PCF en 2004 (5,2 % des voix et 2,17 % des inscrits). Comment aurait-il pu en être autrement, alors que son projet reposait entièrement sur l’idée de réforme « de l’intérieur » d’une Union européenne que chacun, aujourd’hui, sait irréformable ? En 2012, ensuite, le flou programmatique sur les questions européennes a empêché Jean-Luc Mélenchon et le Front de gauche de réaliser un bien meilleur score. Que signifiait la formule « sortir du Traité de Lisbonne » figurant dans le programme L’humain d’abord : une sortie unilatérale de la France ? L’adoption (illusoire) d’un nouveau traité à l’unanimité des États ? Pourquoi critiquer à juste titre la monnaie unique et vouloir, coûte que coûte, rester dans la zone euro en prétendant « changer les politiques de la Banque centrale européenne » ? Quelle différence, finalement, entre cette stratégie de réforme « de l’intérieur » et les promesses d’« Europe sociale » toujours repoussées du Parti socialiste ? Difficile pour un électeur d’y retrouver ses petits...

Au Parti communiste, l’« euro-réformisme » est la ligne officielle depuis 1997, quand il fut décidé de rejoindre le gouvernement socialiste de Lionel Jospin et Dominique Strauss-Kahn qui adopta le traité d’Amsterdam et instaura la monnaie unique. Du côté du Parti de gauche, qui semblait prêt à plus de radicalité sur les questions européennes, on mettait en avant la nécessité d’un compromis avec le PCF : les programmes de 2009 et 2012 n’étaient pas clairs, mais il fallait en passer par là... On pouvait espérer que, dans le débat interne au Front de gauche, le PG plaide pour une vraie désobéissance européenne et fasse pencher la balance du bon côté.

Désobéissance européenne VS fédéralisme

Malheureusement, les élections municipales ont conduit le Front de gauche au bord de l’implosion. Le parti de Jean-Luc Mélenchon a choisi de mettre la pression sur son allié communiste en se rapprochant d’Europe écologie - Les Verts. Or, si l’alliance PG-EELV aux élections locales a plutôt bien fonctionné, elle pose un problème particulier à la veille des européennes : celui de deux visions radicalement différentes, l’une prônant la crise institutionnelle au sein des Vingt-huit pour en finir avec les politiques libérales, l’autre prônant un fédéralisme européen. Rappelons que le programme des écologistes aux dernières élections européennes affirmait : « La crise économique met dramatiquement en lumière les insuffisances de l’Europe des nations. (...) Nous ne pouvons plus penser franco-français. Que nous ayons voté oui ou non au référendum de 2005, nous avons tous besoin d’une Europe unie, seul espace à la hauteur des défis, seul outil efficace pour mettre en œuvre une stratégie commune de sortie de crise fondée sur la conversion écologique et sociale. » Le 9 décembre 2012, la Secrétaire nationale d’EELV, Emmanuelle Cosse, déclarait encore qu’«  il faut en finir avec le sentiment national » et que « l’Europe sera d’autant plus intéressante pour tout le monde qu’on arrivera à une dissolution de l’État-nation et quelque chose de beaucoup plus intégré  » (1).

Cette divergence fondamentale – la désobéissance européenne d’un côté, un fédéralisme prétendument « écologique et social » de l’autre – devrait condamner de fait toute alliance nationale PG-EELV à l’approche d’élections européennes. Pourtant, dans une « adresse au Conseil fédéral d’EELV »publiée le 3 avril, le Secrétariat national du PG écrit : « Entre l’écologie politique que vous défendez et l’écosocialisme sur lequel nous proposons de refonder programmatiquement la gauche, nous avons matière à avancer (...) ensemble. Nous ajoutons pour notre part la désobéissance à l’actuelle Union Européenne pour refonder une autre Europe. Nous connaissons nos importantes différences sur cette dernière question, mais cela ne doit pas nous empêcher d’en discuter ensemble et d’envisager un rapprochement entre le FDG et EELV, notamment à partir de notre refus commun du Grand marché transatlantique ».

Marine Le Pen peut jubiler

Discuter de cette divergence fondamentale sur la stratégie à adopter vis-à-vis de l’Union européenne est une excellente idée. Mais considérer qu’il s’agit là d’un détail qui, à huit semaines d’un scrutin européen, n’empêche pas d’envisager « un rapprochement » entre fédéralistes et partisans de la rupture avec Bruxelles laissera nombre d’électeurs sans voix. A l’inverse, sans doute, de Marine Le Pen, qui doit jubiler de ce mélange des genres de nature à disqualifier le discours radical de Jean-Luc Mélenchon. EELV et le Parti de gauche pourront toujours invoquer leur « refus commun » de l’accord de libre échange entre les États-Unis et l’Union européenne, l’argument risque de ne pas peser lourd face aux attaques des médias ou du Front national.

Il faut au contraire retrouver, sur la question européenne, un discours cohérent et radical. Les écologistes de gauche doivent cesser de rêver la construction européenne telle qu’ils la désirent et la voir enfin telle qu’elle est : une structure conçue par et pour le capitalisme, devenue impossible à réformer. Pour gouverner à gauche, il faut rompre avec elle, et il faut l’affirmer clairement, à Europe écologie - Les Verts comme au Front de gauche. Il sera temps ensuite d’opérer des rapprochements.

(1) « Mots croisés », France 2, 9 décembre 2012.


Notes

[1Aurélien Bernier est auteur de La gauche radicale et ses tabous (Seuil, 2014) et de Désobéissons à l’Union européenne ! (en accès libre sur abernier.vefblog.net).

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Forum de l'article  -4 Messages

  • A quoi joue le Parti de gauche avec EELV ?

    13 avril 2014 09:14, par Jean-Michel Boulmé

    Si je pense quant à moi qu’Aurélien Bernier se fout le doigt dans l’œil en croyant que les élections européennes 2014 pourraient être une tribune contre l’euro & Maastricht (alors que la masse des travailleurs s’apprêtent à boycotter ce pseudo scrutin) ... pour le reste, les questions qu’il pose sur cette tentative de rapprochement sans principe du PG avec EELV sont pertinentes et éclairent la dégueulasserie sans nom qui s’est déroulée à Montreuil ! Alors que les électeurs avaient éliminé au premier tour le PS à moins de 10 %, et fichu la raclée à EELV à 15 % (maire sortante Voinet !) Je rappelle le résultat final ... 11élus EELV, 10 élus PS, et 6 élus PCF seulement (alors que le PCF était placé par les électeurs derrière Brard mais avant EELV & le PS ) .... ceci grâce à une alliance de second tour PCF-PS-EELV soutenue par le PG contre la liste arrivée en tête dirigée par l’ex maire et député apparenté PCF à laquelle participait le POI ... Pourtant la liste de Brard avait proposé l’unité à la liste Front de gauche-PCF pour le second tour ! On comprend mieux l’attitude du PG à Montreuil à la lecture de ses propositions nationales à EELV ... électoralistes !

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  • A quoi joue le Parti de gauche avec EELV ?

    13 avril 2014 09:50, par ganne claude

    bonjour, je suis d’accord avec l’essentiel de ce message ; j’étais adhérent du front de gauche - ensemble et d’attac, et ces 2 adhésions se brisent sur la question de l’Europe ; comment Attac peut il continuer à défendre l’Europe actuelle ? quelle crédibilité peut avoir une manif autour de la B C E pour la faire changer de statut ? Le fond de l’argumentation d’Attac c’est que même très mal construite l’europe actuelle est garante de la paix ? Foutaises, balivernes, l’Europe actuelle est capable d’apporter son soutien sans état d’ame à l’état d’Israél, un état qui de par sa politique colonialiste et raciste est un déclencheur permanent et durable de guerres
    oui il ne peut pas y avoir de politique de gauche en soutenant cette Europe là ... et l’attitude du PG ne peut s’expliquer que par le cadre en béton électoraliste de toute sa pensée, électoralisme qui l’oblige à avaler les couleuvres-anacondas du PCF, électoralisme qui l’amène à réduire à du vent, des mots creux, les perspectives de mobilisation et qui lui donne une responsabilité dans la paralysie persistante du front de gauche ; du vent, la perspective d’une dialectique entre mobilisations et élections, et les discours à rallonge de j L M ne pourront pas remplacer cette dialectique pourtant incontournable ;un seul petit bémol : il aurait été préférable d’être présent dans la campagne électorale pour y porter le boycott et le rejet total de cette Europe ultra-libérale ... cordialement claude ganne

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  • A quoi joue le Parti de gauche avec EELV ?

    13 avril 2014 17:30, par Serge Marquis

    Cher-e-s camarades, attention…

    Dans cette affaire, ne cherchons pas trop à extrapoler par souci de simplification.

    Le PG, dans sa volonté d’élargir le champ des opposants à l’austérité, fait preuve de bonne volonté à l’égard d’une formation qui vient tout de même de sortir du gouvernement sur une critique de la politique à laquelle elle a participé durant deux années.

    Comme A. Bernier le rappelle, le PG écrit : « Nous connaissons nos importantes différences sur cette dernière question[la question européenne], mais cela ne doit pas nous empêcher d’en discuter ensemble et d’envisager un rapprochement entre le FDG et EELV, notamment à partir de notre refus commun du Grand marché transatlantique. »

    Tout doit être en effet tenté pour réorienter le débat politique vers notre centre de gravité, y compris une lettre et une proposition de discussion, voire la participation à des initiatives communes anti-austéritaires.

    EE-LV ne veut pas d’un tel rapprochement, mais le PG prend au moins à témoin leurs adhérents. La cohérence est du côté du FdG et du PG.

    C’est aussi une piqûre de rappel du PG en direction du PCF, qui prétend rassembler à gauche (sous-entendu plus largement que le PG)pour, en réalité, ne laisser aucune chance au FdG d’exister au 1er tour face au PS, comme l’épisode des Municipales le rappelle.

    La seule vraie critique à faire là-dessus consiste plutôt à rappeler que l’essentiel du problème du combat contre l’austérité est ailleurs.

    A savoir… l’abstention !

    Près d’un électeur qui ne se rend pas aux urnes, voilà la véritable affaire. Elle justifierait que le PG se met en situation de trouver une langue commune pour être audible auprès d’eux (les abstentionnistes). Or le PG comme le FdG consacrent beaucoup trop d’énergie à la politique institutionnelle, aux formations fatiguées (et de surcroît à ses marges de "gauche"), plutôt qu’à ce travail élémentaire d’éducation populaire.

    Ainsi, il n’existe après cinq ans d’existence aucun tract du FdG fournissant les réponses appropriées à la lutte contre le chômage ! Ahurissant.

    Evidemment, on peut mettre aussi au passif du PG l’absence de réponse claire sur la question européenne, faute d’entamer avec le PCF un débat politique franc.

    Le PG se comporte comme si les questions stratégiques devaient rester du ressort de cénacles et non du débat public de la gauche de la gauche.

    Etant au PG, je suis assez attristé du peu de politique qui ressort de tout cela. Autre exemple : près de 50 000 personnes ont manifesté le 12 avril à Paris, mais le PG n’a sorti à cette occasion aucun texte de nature à éclairer les problèmes du FdG. Il pourrait parler des Assemblées citoyennes, de la nécessité de sortir du caractère cartellisé du FdG, de donner aux non-encartés un statut souverain, et de bien d’autres sujets qui nous encombrent et entravent notre élargissement. Mais non, rien. On discutera de sommet à sommet… Bref, la politique à l’ancienne.

    Le PG n’a pas réussi à être le parti-creuset qu’il prétendait. Saura-t-il au moins aider à la décantation de la gauche de gauche, qui constituait son autre objectif initial ?

    A suivre…

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  • A quoi joue le Parti de gauche avec EELV ?

    14 avril 2014 19:17, par Jean Castagnez

    D’accord avec l’analyse d’Aurélien Bernier.

    Mais quelle bonne nouvelle de voir Aurélien B. revenir sur le site du M’PEP. Il reste l’une des têtes et des plumes les plus claires du M’PEP.

    A la marge des élections, le Traité Transatlantique est trop peu traité et reste confus dans les esprits. Et pourtant quel meilleur argument pour le BOYCOTT !

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