Accord sur le climat : "APA" de fourmi ou de géant ?
mercredi 30 décembre 2015
Auteur : par webmaster
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ACCORD SUR LE CLIMAT : « APA » DE FOURMI OU DE GEANT ?

Par le Parti de l’émancipation du peuple (ex-M’PEP).

Le 30 décembre 2015.

APA, pour Ad Hoc Paris Agreement : tel est l’acronyme que portera l’accord sur le climat signé le 12 décembre 2015 à Paris. Est-ce que ça ne méritait pas un petit nom français ? Il donne la feuille de route pour limiter l’augmentation de la température moyenne à la surface du globe en-dessous de 2°C par rapport à la période préindustrielle et, si possible, en-dessous de 1,5°C. Il doit préparer l’après-Kyoto, pour la période qui s’ouvre en 2020. Encore faut-il qu’un nombre significatif de pays le ratifie [1], ce qui avait pris plus de 7 ans au protocole de Kyoto, entré en vigueur en 2005, sans les USA et finalement avec le retrait du Canada !

Manuel Valls avait annoncé, suite aux attentats de Paris et de Saint-Denis du 13 novembre, que la COP21 serait réduite aux seules négociations. La grande marche pour le climat du 29 novembre, veille de l’ouverture de la conférence sur le climat, a été annulée alors que des militants de toute la France et du monde entier s’y préparaient depuis des mois. Faire venir l’ensemble des dirigeants du monde sur le sol français en plein état d’urgence (certains diraient « en pleine guerre ») était indispensable pour le gouvernement, en revanche associer la « société civile » à l’événement lui a paru facultatif. Les militants écologistes ont bien compris le message : « Nous, grands de ce monde, allons régler la question climatique, laissez-nous faire ! ». Les mauvais esprits ont remarqué que l’organisation de la manifestation du 12 décembre au cours de laquelle les manifestants ont clôturé l’événement sur un mode festif n’a posé aucun problème. Après la signature de l’accord, il semble que la notion d’état d’urgence soit devenue plus flexible. Ce qui a été dit ce jour-là par les militants les plus critiques, principalement les altermondialistes, n’intéressait déjà plus les médias. Pour convaincre les militants les plus dociles, soit la grande majorité des écologistes réunis dans le réseau Action Climat, il a suffi de marteler que cet accord était le meilleur compromis possible. On avait soigneusement maintenu le suspense sur la possibilité qu’il y ait ou non signature d’un accord pour bien leur faire comprendre qu’ils devaient déjà s’estimer heureux qu’il y en eut un.

Il faut reconnaître que la COP21 a été vécue par les Français comme un événement majeur et beaucoup viennent seulement de prendre conscience que la question du réchauffement devait être prise au sérieux. Les échéances se rapprochent et deviennent maintenant plus concrètes ; il ne s’agit plus d’agir pour les générations futures ; si ce ne sont pas encore tout à fait nos vies, en France, qui sont en jeu, c’est déjà celles de nos contemporains qui vivent sous les tropiques. On commence enfin à comprendre que gagner un degré sur 1000 ans comme ce fut le cas lors de la dernière transition glaciaire qu’a vécue l’homme moderne n’a rien à voir avec une hausse de plusieurs degrés en un siècle ; les conséquences ne sont pas proportionnelles, elles changent totalement de nature. On a pris conscience également qu’on était « à 1°C près » et même à 0,5°C car la bataille des Africains pour que figure la limite de 1,5°C dans l’accord a été bien médiatisée. Tout cela a du bon mais avons-nous vraiment le temps de nous contenter de si petites avancées ?

L’accord du 12 décembre est truffé de bonnes intentions et il y est beaucoup question de transparence et de coopération. Les commentateurs nous ont ressorti la tarte à la crème du verre à moitié vide et du verre à moitié plein, métaphore qui prend soin d’ignorer le passé pour laisser une chance au futur. Or, nous sommes face à une réalité incontestable : la croissance des émissions de gaz à effet de serre (GES) se poursuit inexorablement d’année en année et n’a pu être freinée, et pour une année seulement, que par la crise de 2008 (voir graphique ci-dessous), jamais par une conférence internationale sur le climat. Quelles garanties nous ont donné nos dirigeants qu’il pourrait, cette fois, en être autrement ? Absolument aucune puisque chaque pays est libre de s’engager (ou non) et sera libre de respecter ses engagements (ou non). Le GIEC [2] estimait à 1000 Gt CO2éq [3] le « budget carbone mondial » qu’il nous restait en 2012 à consommer pour respecter le plafond des 2°C avant la fin du siècle. On en consomme environ 50 Gtonnes par an. Il nous reste donc 20 ans d’émissions à ce rythme-là, ce qui conduit le GIEC à considérer que seuls les scénarios qui prévoient une baisse de 40 à 70 % des émissions d’ici 2030 et des émissions nulles avant la fin du siècle ont une chance de pouvoir respecter l’objectif des 2°C [4]. Avons-nous vraiment le sentiment qu’un tel scénario a été choisi à Paris en décembre 2015 ?

Il y avait pourtant une mesure bien simple qui aurait changé radicalement la lecture qu’on peut faire de l’accord final : annoncer un arrêt des ouvertures de nouvelles mines de charbon (dont la consommation a doublé en 30 ans) et de nouveaux sites d’extraction des gaz et pétroles non conventionnels. Cette mesure est juste nécessaire et tout à fait insuffisante pour respecter le plafond des 2°C (et a fortiori des 1,5°C). Elle aurait une portée symbolique certaine en envoyant un signal fort au secteur de l’énergie et à ceux qui le financent.

Au lieu de mesures concrètes, on nous a servi des engagements, chiffrés et assortis de délais pour paraître crédibles. On nous a beaucoup parlé du coût de la transition énergétique mais on oublie vite le coût des « mauvaises décisions » (il faut des guillemets car elles ne sont jamais négatives pour tout le monde) alors qu’il est sans commune mesure avec le premier. Avoir encouragé les échanges de marchandises à travers le monde depuis plusieurs décennies est non seulement suicidaire mais incompatible avec nos engagements pour limiter le réchauffement. Si la question intéressait quelqu’un, on saurait estimer le surcroît d’émissions de CO2 ainsi généré pour appuyer la dénonciation de tous les accords commerciaux. Et pourtant, on s’engage pour limiter le réchauffement sans remettre en question le libre-échange et, a fortiori, sans même évoquer un retour aux échanges régulés. On ne décèle aucune volonté d’agir sur le vrai levier du changement climatique : la lutte contre le capitalisme mondialisé.

On peut proposer deux lectures différentes du graphique ci-dessus, publié par l’Agence Internationale de l’Énergie. Une lecture simpliste conduit à identifier très vite le mauvais élève de la classe : la Chine qui a multiplié par 4 ses émissions de GES depuis 1990. L’UE vertueuse serait sur une bonne pente. Une autre lecture, plus juste, permet de mettre en relation les émissions de GES avec la croissance du PIB et, plus précisément la croissance de la production de marchandises. La pollution en Chine (et le phénomène dépasse largement le cadre des émissions de GES) est non seulement la conséquence du rôle d’atelier du monde qui lui a été assigné par le partage international des activités mais également la cause. En effet, c’est bien parce qu’elle peut se permettre (encore !) de polluer que la Chine attire les investissements industriels et la réglementation environnementale laxiste joue un rôle majeur dans son développement, à côté du bas coût de la main-d’œuvre. Cependant, la pollution en Chine, et notamment la pollution de l’air dans les grandes villes, est devenue un problème majeur de santé publique. Les résistances sont telles que le plan prévisionnel des ouvertures de nouvelles mines de charbon ne se réalisera que très partiellement. La Chine a pris le tournant des énergies renouvelables qui fournissent déjà plus de 20% de l’électricité. Elle le fera avec d’autant plus d’efficacité qu’elle ne se fera dicter par personne sa politique énergétique.

Compte tenu de l’état catastrophique de l’industrie européenne et de sa très faible croissance démographique (inférieure à 3% sur 25 ans), il faudrait plutôt conclure que l’UE est en réalité un mauvais élève : elle devrait faire beaucoup mieux que 10 % de baisse des émissions de GES en 25 ans. Au lieu de développer une industrie sobre, axée sur la réponse aux besoins essentiels des populations et créatrice d’emplois, elle poursuit sa boulimie de consommation de biens d’importation peu durables sans s’inquiéter des conséquences à l’autre bout du monde.

Les peuples qui s’engageront dans une transition écologique de leur mode de production et de consommation le feront par une reprise en main à l’échelle nationale des questions d’autosuffisance énergétique, alimentaire et industrielle. Une nation comme la France qui a remis entre les mains de l’Union européenne et de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) tous les outils pour traiter ces questions ne pourra aborder efficacement la question du changement climatique qu’en retrouvant d’abord sa souveraineté.


Notes

[1Article 21 : Le présent Accord entre en vigueur le trentième jour qui suit la date du dépôt de leurs instruments de ratification, d’acceptation, d’approbation ou d’adhésion par 55 Parties à la Convention qui représentent au total au moins un pourcentage estimé à 55 % du total des émissions mondiales de gaz à effet de serre.

[2GIEC = Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat.

[3En GigaTonnes d’équivalent CO2 ; l’ensemble des émissions de gaz à effet de serre (méthane, protoxyde d’azote, gaz fluorés... ) est converti en quantité de CO2 ayant un effet de serre équivalent.

[4Programme des Nations unies pour le Développement : Rapport sur l’écart entre les besoins et les perspectives en matière de réduction des émissions : synthèse en français, 2014.

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Forum de l'article  -3 Messages

  • Accord sur le climat : "APA" de fourmi ou de géant ?

    31 décembre 2015 12:22, par LUCE Roger

    Bonjour,
    J’ai entendu ce matin -Inter ou Info- que le T° au Pôle Nord était légèrement supérieure à 0°C au lieu de -20°C...On est mal barré !
    Le CO2 émis émis ce jour qui reste dans l’atmosphère -env. 50% (le reste est absorbé par les océans qui s’acidifient et la biosphère terrestre -en gros 50-50)- sera efficace, réchauffera l’atmosphère dans une dizaine d’années et 20% sera encore efficace dans mille ans. Donc le réchauffement actuel est le produit du CO2 émis avant 2005...pour ne parler que du CO2.Sa croissance est de 3% par an. Dans 5 ans lorsque l’APA prendra effet -si ratification- , nous aurons émis 15% de CO2 en plus...On est mal barré.
    Vrai : la seule année où les émissions de GES ont baissé c’est en 2009-année de la récession mondiale- pour repartir de plus bel en 2010.Donc en cause le développement économique, la croissance...Le développement durable est une blague=intox-.
    Il ne s’agit pas seulement du libre-échange...
    Les sociétés (thermo) industrielles modernes ont été "développées" grâce à un crédit massif et à des énergies -fossiles- de plus en plus abondantes, pas chères, et en conséquence à des métaux de plus en plus abondants et pas chers.Grâce aussi à la croyance que c’était Le Progrès et donc que cela était un acquis de l’humanité, en fait de l’Occident...et ensuite des "occidentalisés" ou plutôt "américanisés"...
    La réalité est qu’il faut consacrer de plus en plus d’énergie (surtout pétrole) pour sortir la même quantité d’énergie que jadis et la même quantité de métaux...Les minerais sont de plus en plus pauvres...
    Actuellement, les "renouvelables" (énormes éoliennes, panneaux photo-voltaïques) sont le produit d’un pétrole abondant...encore pour une quinzaine d’années ("schistes" US) et après ? Ces "renouvelables" consomment plus d’énergie et de matériaux par KWh produit qu’une grosse centrale moderne...Et elles ne produisent que de l’électricité...!
    Je ne crois pas au miracle...Il est facile de prévoir le déclin de la société industrielle moderne et même son effondrement. Il y a beaucoup d’études sur ce sujet "la collapsologie".
    A l’avenir, nous aurons moins d’énergie et moins de métaux, et de moins en moins.
    avec une population toujours en croissance...
    Il est urgent de produire localement l’alimentation -"bio"-, les vêtements à partir de fibres végétales (et non pétrole...) d’où surfaces agricoles supplémentaires...-arrêter de les détruire-, et énergie de base...Monnaies locales.
    Agro-écologie, agro-foresterie, permaculture...
    Pour limiter les dégâts.
    Informer -Former. Mais nous sommes déjà entrés dans une zone de turbulences.

    Dès les années 70 -et même avant- les mises en garde ont été rejetées par les économistes, par la droite, par la gauche (j’entends encore Georges Marchais...).
    L’idéologie, les croyances priment encore sur la réalité des faits, sur les études scientifiques.
    Même le m-pep refuse encore cette réalité certes pas réjouissante et préfère le déni...

    Salut.

    Mais on va se souhaiter "Bonne année"...et on continuera comme si de rien n’était.
    Cette coutume -sympa tout de même !- remonterait à Babylone, lorsque les dieux se réunissaient pour fixer le destin des hommes, décisions secrètes et écrites (mektoub...?). Mais les hommes voulaient savoir et ont inventé des techniques de... divination...peu efficaces ! Restaient les souhaits.

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    • Accord sur le climat : "APA" de fourmi ou de géant ?
      1er janvier 2016 14:15, par ergocrate

      Bonjour,

      Je vous souhaite une très bonne année, mais j’aimerais en savoir plus lorsque vous affirmez : « Même le m-pep refuse encore cette réalité certes pas réjouissante et préfère le déni... »

      Pourriez-vous être plus précis sur cette affirmation ? Quelle réalité refuserions-nous ? En quoi préférerions-nous le déni ?

      Merci d’avance.

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    • Accord sur le climat : "APA" de fourmi ou de géant ?
      4 janvier 2016 17:56, par Viviane RISSER

      Bonjour,

      Il est certain que la production d’énergie et l’utilisation de certain métaux sera plus difficile à l’avenir. Cependant, il ne faut pas généraliser. L’électricité est facile à produire. Vous dites que les renouvelables ne produisent que de l’électricité mais ce n’est pas vrai de la biomasse qui produit aussi directement de la chaleur ; pas du carburant, c’est vrai et cela est plus problématique. Sur les métaux les plus utilisés (fer, aluminium... ), il n’y a pas de risque d’épuisement. on peut craindre pour les terres rares et surtout les plastiques, sous-produit du pétrole.

      Il s’agit de ne pas subir ces évolutions mais de les anticiper. Il existe de nombreuses études qui montrent que nous pouvons tout à fait imaginer une société plus sobre et qui ne serait pas pour autant une socité en déclin. Parmi les plus importantes, la dernière en date est l’étude de l’ADEME parue en 2015 sur une France sans nucléaire. Elle ne traite que de la question de l’énergie électrique mais il y a déjà un combat à gagner sur ce terrain.

      Dans notre parti, nous faisons le pari de relocaliser notre industrie tout en opérant une transition écologique des modes de production et de consommation (aliments, marchandises ET ENERGIE !). Pour l’instant, les marges de manoeuvre pour économiser l’énergie sont tellement importantes (isolation, transport... ) que nous sommes encore très loin de les avoir épuisées. Il ne faut donc pas etre pessimiste. La transition écologique est une chance pour les populations car elle doit leur permettre de se ré-approprier des sujets qui les touchent directement dans leur vie quotidienne et dont on les a complètement dépossédées en privatisant les services publics.

      Viviane
      Parti de l’Emancipation du Peuple

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