Chronique de Jacques Nikonoff "Roosevelt doit se retourner dans sa tombe"
dimanche 21 octobre 2012
Auteur : par Jacques NIKONOFF

En janvier 2012, des organisations et personnalités, essentiellement proches du Parti socialiste mais critiques, ont publié le « Manifeste Roosevelt 2012 » et proposent « 15 réformes ». Roosevelt doit se retourner dans sa tombe !

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F.-D. ROOSEVELT DOIT SE RETOURNER DANS SA TOMBE  !

Chronique de Jacques Nikonoff du 22 octobre 2012.

Jacques Nikonoff est porte-parole du M’PEP et ancien membre du collège exécutif du PCF, ex-président d’Attac. Derniers ouvrages publiés :

  • « Sortons de l’euro ! Restituer au peuple la souveraineté monétaire » (Mille et une nuits, 2011).
  • « La confrontation. Argumentaire anti-FN » (Le Temps des Cerises, 2012).

En janvier 2012, un certain nombre d’organisations et de personnalités, essentiellement proches du Parti socialiste mais critiques, ont publié le « Manifeste Roosevelt 2012 » et proposent « 15 réformes ». On trouve à leur tête Stéphane Hessel qui fut l’un des principaux de Dominique Strauss-Kahn, avant qu’il ne se ravise.

http://www.roosevelt2012.fr/

Ce Manifeste reprend la thématique des « Cent-Jours » restée dans l’Histoire pour désigner la dernière période de l’empereur Napoléon Ier Bonaparte, de son entrée à Paris le 20 mars 1815, à sa seconde abdication le 22 juin de la même année. Nombreux ont été les hommes politiques, ensuite, à utiliser l’expression des « Cent-Jours » pour expliquer ce qu’ils envisageaient de faire au début de leur mandat. Ainsi, pour ne prendre qu’un exemple caricatural, Dominique Galouzeau de Villepin – un nain politique – lorsqu’il était Premier ministre de Jacques Chirac, spécialiste en rhétorique, s’est revendiqué des Cent-Jours. Ils devaient, selon lui, « redonner confiance aux Français ». Arrivés à leur terme, le 8 septembre 2005, hormis des flots de paroles, il ne s’était rien passé d’historique si ce n’est la poursuite consciencieuse des politiques néolibérales pour le malheur de la France et des Français.

Les propositions du Manifeste Roosevelt 2012 ont de quoi faire se retourner F.-D. Roosevelt dans sa tombe !

I.- DE BONNES INTENTIONS, CERTAINEMENT, MAIS TOTALEMENT INEFFICACES ET FONCTIONNANT COMME DE LA DIVERSION

Prenons chacune des 15 réformes qu’ils proposent :

1.- « Diminuer très fortement les taux d’intérêt sur la vielle dette »

Pourquoi ne pas directement annuler la dette, puis la restructurer, puisqu’une bonne partie de cette dette résulte d’opérations spéculatives, des politiques néolibérales et de la crise des subprimes venue des États-Unis ?

2.- « Créer un impôt européen sur les bénéfices des entreprises »

Excellente idée ! Mais, sans attendre, pourquoi ne pas faire pression sur notre gouvernement pour qu’il le mette en place lui-même à l’échelon national ? Parce que les signataires ont peur que cette mesure de justice fiscale entrave la « compétitivité » des entreprises françaises ? Mais alors, si l’Union européenne ne veut pas créer cet impôt, que fait-on ? Rien ?

3.- « Annuler une bonne partie des baisses d’impôts octroyées aux grandes entreprises et aux citoyens les plus riches »

Pourquoi simplement annuler « une bonne partie », et pas la totalité de ces cadeaux faits aux riches ?

4.- « Boycotter les paradis fiscaux »

Oui, tout à fait d’accord. Mais l’usage de la commande publique qui est proposé pose deux problèmes. D’abord, c’est interdit par les traités européens ; les signataires sont-ils prêts à « désobéir » à l’Union européenne ? Alors qu’ils le disent ! Ensuite, cette seule mesure ne suffit pas, il faut menacer de saisir les capitaux circulant dans les paradis fiscaux.

5.- « Limiter au maximum les licenciements »

Pourquoi ne pas préconiser directement l’éradication du chômage, par la mise en place d’un « droit opposable » à l’emploi comme le préconise le M’PEP, et par une politique de réindustrialisation ?

6.- « Sécuriser les précaires »

Oui, bien sûr, mais pourquoi ne pas lutter pour le droit opposable à l’emploi qui, par nature, fait disparaître la précarité ?

7.- « Séparer les banques de dépôt des banques d’affaire »

Oui, cette mesure est indispensable. Mais elle est loin de répondre aux besoins de la lutte contre la domination des marchés financiers et la spéculation. Il faut nationaliser les banques et les compagnies d’assurance, organiser le dépérissement de la Bourse, démanteler les marchés financiers.

8.- « Créer une vraie taxe sur les transactions financières »

Si elle se met en place à l’échelle du monde, tant mieux ! Mais si jamais elle venait à voir le jour (ce qui est hautement improbable compte tenu de la nature du pouvoir international d’aujourd’hui), elle ne règlerait pas la question de la dictature de la finance.

9.- « Imposer le respect des normes sociales et environnementales dans le commerce mondial en convoquant un nouveau Sommet de Philadelphie »

Il serait utile, en effet, qu’un tel Sommet se tienne, mais sur la base de la Charte de La Havane. En attendant, que fait-on ? Il faut prendre des mesures protectionnistes, à l’échelle des nations, dans la perspective de la Charte de La Havane. Et bâtir, entre les pays qui oseront ainsi rompre avec le néolibéralisme libre-échangiste, un nouvel ordre commercial mondial basé sur l’équilibre des balances des paiements. Si le but est de lutter contre les délocalisations, il faut faire voter une loi interdisant les délocalisations et organisant la relocalisation.

10.- « Investir dans une vraie politique du logement »

Oui, d’accord. Mais comment la financer, rien n’en est dit. Il faut faire appel aux avances de la Banque de France, sans intérêt et peut-être même non remboursables. Une fois que la souveraineté monétaire aura été reconquise.

11.- « Déclarer la guerre au dérèglement climatique »

Oui, entièrement d’accord. Mais pour cela il faut déclarer cette guerre immédiatement au niveau national, sans attendre des conférences internationales dont on voit depuis des années et des années qu’elles ne débouchent sur rien. Première mesure à prendre : la mutation écologique du mode de production. Elle ne sera toutefois qu’un nouveau gadget si elle ne repose pas sur des mesures protectionnistes pour protéger notre production qui, nécessairement, sera moins « compétitive » du fait des coûts associés à sa mutation écologique. Qui croira qu’une telle mutation se fera sans modifier la structure des profits ?

12.- « Développer l’économie sociale et solidaire »

Oui, il faut absolument le faire. Mais il faut aussi savoir que ce secteur économique restera marginal et qu’il n’aura aucun impact sur le plan macroéconomique.

13.- « Négocier un autre partage du temps de travail »

Mille fois d’accord ! Luttons pour obtenir la semaine de 32h en 4 jours !

14.- « Changer radicalement les institutions européennes »

Bien sûr, ce serait bien de parvenir à ce but. Mais est-ce possible au moment où les institutions européennes démontrent jour après jour leur acharnement à détruire l’acquis social et démocratique mis en place au lendemain de la Seconde Guerre mondiale ? En vérité, on ne pourra pas faire du neuf avec du vieux. Il faudra sortir de l’Union européenne et de la monnaie unique, et démanteler ensuite cette Union européenne pour en reconstruire une autre débarrassée de l’eurolibéralisme.

15.- « Négocier un vrai traité de l’Europe sociale »

Là aussi, ce serait bien. Mais il faut savoir que pour adopter un nouveau traité il faut que les 27 pays membres soient d’accord. Autant dire – si nous voulons un traité qui organise la démocratie, le plein-emploi, la neutralisation des marchés financiers, etc. – que cet objectif est hors d’atteinte.

Au total, ces bonnes intentions font office de diversion. Pendant qu’on disserte sur ces « 15 mesures » ont de discute pas des choses vraiment sérieuses : la sortie de l’Union européenne et de l’euro, la reprise en main de la politique monétaire, la nécessité absolue de restaurer l’indépendance nationale pour sortir de la crise.

II.- LES « CENT-JOURS » DE ROOSEVELT SONT À MILLE LIEUES DU TRAVESTISSEMENT QU’EN DONNE CE « MANIFESTE »

Les initiateurs du « Manifeste » auraient en avantage à s’appuyer réellement et sérieusement sur l’expérience du président des États-Unis, Franklin Delanoe Roosevelt (FDR). Ce dernier, en 1933, au plein milieu de la Grande Dépression, utilisa des méthodes totalement inédites pour s’attaquer au chômage - le New Deal (la nouvelle donne) - et redonner l’espoir à un pays qui n’en avait plus. FDR, en effet, n’est pas resté dans l’abstraction et les symboles. Roosevelt a fait preuve d’une volonté politique dont sont aujourd’hui privés nombre de nos responsables rongés par la tumeur libérale. En cent jours beaucoup pouvait être fait, l’exemple de Roosevelt en témoigne.

Les Cent-jours de Roosevelt

Aux États-Unis, en 1933, en plein milieu de la Grande Dépression, le Président Franklin Delanoe Roosevelt utilisa des méthodes totalement inédites pour s’attaquer au chômage et redonner l’espoir à un pays qui n’en avait plus. Le New Deal (la nouvelle donne) tel était le nom de ce plan permit de créer plusieurs millions d’emplois. Malgré son échec relatif, nous pouvons encore nous inspirer de son exemple.

Le New Deal fut une véritable renaissance des États-Unis

Dans la mémoire collective américaine, le New Deal reste gravé comme une époque mythique. Il a fonctionné comme une véritable « renaissance » de l’Amérique . De nouvelles relations humaines se sont établies, plus fraternelles, plus ouvertes, plus vraies. La culture a « explosé ». Les chefs d’œuvre littéraires de Dos Passos à Faulkner en passant par Les Raisins de la colère de John Steinbeck ont abondé. Plus de 3 000 artistes avaient été employés par les agences fédérales chargées de lutter contre le chômage.

La compréhension de ce que Roosevelt a fait, de son échec relatif, est aujourd’hui un sujet d’étude incontournable pour ceux qui veulent vraiment lutter contre le chômage. On ne peut qu’être frappé par l’audace de ses analyses et de son projet.

Une analyse qui demeure d’actualité

En 1933, 12,8 millions d’américains sont au chômage, contre 1,6 en 1929, soit 25% de la population active . Entre le crack boursier de 1929 et 1933, le revenu national baisse de moitié ; 27,5 millions d’américains n’ont plus aucun revenu ; un million de sans abris parcourent le pays. A Washington, les chômeurs et leurs familles s’agglutinent dans les incinérateurs municipaux pour se chauffer en hiver. Ils se battent entre eux pour la nourriture qui reste dans les bennes à ordures. L’investissement privé est au plus bas. Alors qu’en 1929 les salaires et profits s’élevaient à 15 milliards de dollars, ils tombent à 886 millions en 1932, soit une chute de 94%. Les banques sont fermées dans 22 États. La cause principale de cette crise fut une véritable « orgie de spéculation boursière » et la faiblesse des investissements des entreprises.

FDR estimait extrêmement nuisible le système alors en place des indemnités de chômage d’ailleurs très faibles ou inexistantes accordées aux chômeurs et aux nécessiteux.

Laissons le parler :

« Une dépendance continue aux aides publiques induit une désintégration morale et spirituelle fondamentalement destructrice de notre fibre nationale. Donner des aides dans ces conditions est comme administrer un narcotique, un subtil destructeur de l’esprit humain. Je ne veux pas que la vitalité de notre peuple soit sapée plus longtemps par l’octroi d’aides en argent, ou en nourriture, ou par quelques heures de travail hebdomadaires à couper l’herbe, ramasser les feuilles mortes ou nettoyer les papiers gras dans les parcs. Nous devons préserver non seulement le corps des chômeurs de la destruction, mais aussi le respect qu’ils ont pour eux mêmes, leur courage et leur détermination ».

Roosevelt propose alors un plan d’emplois publics qui remet au travail plusieurs millions de personnes. Son objectif est d’être utile à la fois à ceux qui en bénéficient directement les anciens chômeurs et à la nation dans son ensemble. La société n’est plus coupée en deux, entre ceux qui travaillent et ceux qui ne travaillent pas, et entre ceux qui payent (les salariés) et ceux qui reçoivent (les chômeurs et les indigents). Tout le monde peut se rassembler dans une même volonté de redressement, dans un effort collectif national. Ces travaux publics permirent la disparition de pratiquement tous les bidonvilles, la construction de logements, l’électrification rurale, la construction de grandes infrastructures comme des autoroutes, des ponts et des aéroports. Toutes ces infrastructures sont d’ailleurs toujours en place heureusement car depuis, peu a été fait.

C’est comme candidat du parti démocrate à l’élection présidentielle que FDR lance pour la première fois l’idée du New Deal : « je vous promets une nouvelle donne (a new deal). C’est plus qu’une campagne politique. C’est un appel aux armes ». Une époque « sans précédent » nécessitait des gestes « sans précédent » .

Les Cent-Jours

Le jour de sa nomination comme Président des États-Unis, le 4 mars 1933, il déclare : « Nous n’avons qu’une chose à craindre, c’est la crainte elle même, la peur sans nom, irraisonnée, sans justification. Nous ne sommes pas frappés par une invasion de sauterelles [...] Notre première tâche essentielle est de remettre les gens au travail. Ce n’est pas un problème insoluble si nous y faisons face intelligemment et courageusement. Cela peut être accompli en partie par un recrutement opéré directement par l’État lui même, s’attelant à la tâche comme il le ferait face à l’éclatement d’une guerre ».

Ainsi, dans les cent jours qui suivirent son entrée à la Maison Blanche, du 4 mars au 16 juin 1933, plus de 20 lois ont remis en ordre l’économie et restauré la société . Cette période est entrée dans l’histoire sous l’appellation des Cent Jours.

• Le 5 mars 1933 le lendemain de son entrée à la Maison Blanche Roosevelt ferme toutes les banques pendant 4 jours et interdit toute exportation d’or.

• Le 9, le Congrès vote une loi bancaire. En quelques jours le système financier se remet à fonctionner.

• Le 22 mars, la prohibition de l’alcool est abolie.

• Le 31 mars, le Civilian Conservation Corps est créé. Il recrute les jeunes chômeurs de 18 à 25 ans pour des travaux d’utilité collective.

• Le 10 mai est créée la célèbre Tennessee Valley Authority (TVA). Cette administration est chargée de mettre en valeur le bassin de ce fleuve (105 000 Km carrés). Des travaux gigantesques sont alors entrepris pour reboiser, électrifier, construire des barrages et des centrales électriques.

• Le 12 mai, avec le Agricultural Adjustment Act, l’État s’engage à verser des indemnités aux fermiers qui consentent à réduire leur production sur certains produits. Ceci a permis de faire face à l’énorme surproduction et à l’effondrement des prix qui avait atteint 50 %. Le même jour, la Federal Emergency Relief Administration est créée. Chargée de venir en aide aux collectivités locales, elle accorde des prêts pour tous les projets à caractère social.

• Le 16 juin, une loi décide de réduire les dettes des paysans. Le même jour, une nouvelle loi décide la relance de l’industrie .

Pourtant, le New Deal n’a pas de véritable philosophie politique et ne repose pas sur une théorie économique cohérente. C’est simplement un ensemble de mesures destinées à sortir les USA de la crise, fondé sur une grande volonté politique. Une anecdote témoigne bien de cette démarche. Concernant les questions industrielles, FDR avait demandé qu’un projet de loi soit élaboré. Il devait être la synthèse des opinions des économistes, des industriels et des syndicats. Pour atteindre ce but, FDR avait annoncé à la presse, sous forme de boutade, qu’il souhaitait que les gens soient enfermés dans une salle et n’en sortent qu’avec la synthèse demandée . La réunion eut bien lieu et dura une semaine...

Un dispositif totalement inédit

Au départ, le New Deal est le lancement de travaux afin de secourir les chômeurs. C’est un outil politique et économique de lutte contre la crise des années 30. Quatre types de mesures sont prises.

1.- Un système de travaux publics, dirigés par l’État, et effectués par les chômeurs. Plus de 3,3 millions de chômeurs ont été employés en même temps. Le bilan est impressionnant : 100 000 km de rues, 40 000 km de trottoirs, 850 000 km de routes réparés et modernisés ; 8 000 parcs créés ou rénovés ; 2 500 hôpitaux et 5 900 écoles bâtis ou améliorés ; des aqueducs et des égouts construits . Les salaires versés, plus élevés que l’indemnité de chômage, restaient cependant inférieurs à ceux de l’industrie privée afin d’éviter un phénomène d’ « habitude ». Au total, 18 millions d’américains sont passés par ce système.

2.- Un dispositif visant à faire redémarrer l’industrie et les embauches. Il prévoyait une organisation volontaire des branches industrielles sous la forme d’un code de concurrence loyale, la fixation de fourchettes de prix et de salaires, et la distribution de quotas de production entre fabricants. Le but était d’empêcher la spirale déflationniste. Un label un aigle bleu autour duquel était écrit We do our part était attribué aux entreprises qui suivaient le code. Une campagne permanente de communication engageait les consommateurs à n’acheter qu’auprès des entreprises pouvant arborer ce label. D’abord réticentes, ce sont en fait 96% des entreprises qui signèrent malgré tout le code. Les salariés ont désormais le droit de se syndiquer, la semaine de travail est ramenée partout à 36 heures contre 38 à 45 avant. Au total, 1,7 million d’emplois « économiques » ou non-marchands, sont créés. Le travail des enfants est supprimé, les salaires minimums s’appliquent tant aux Blancs qu’aux Noirs.

3.- Une politique de versement de crédits aux États, collectivités locales et entreprises est décidée . Ceux-ci avaient la charge de les utiliser dans des travaux publics ou pour accorder des aides aux nécessiteux. Son but était, comme on disait alors, « d’amorcer la pompe » et de stimuler l’économie par l’injection de crédits fédéraux.

4.- Des mesures particulières pour les jeunes de 18 à 25 ans. Il s’agissait de travaux d’utilité publique comme la construction de routes et de ponts, le reboisement, la lutte contre l’érosion des sols, l’entretien et le développement de parcs nationaux. Ces garçons les filles n’étaient pas admises étaient groupés dans des camps organisés militairement et encadrés par des officiers. Grâce à des cours du soir, beaucoup sortiront avec un métier. Deux millions de jeunes ont travaillé dans ces camps, de 1933 jusqu’à leur fermeture en 1941 du fait de la guerre.

L’échec relatif du New Deal nous ouvre des pistes

L’échec relatif du New Deal ne remet pas en cause son caractère exemplaire, même si la situation française, comme le contexte international, sont aujourd’hui profondément différents. On considère généralement que ce plan a échoué. Si le chômage diminue, passant de 12 millions en 1933 à 9 millions en 1936 et 7,7 millions en 1937, la crise redémarre en 1938-1939. Le chômage remonte à 10,4 millions et revient à 9,5 en 1939 . En fait, l’économie américaine ne sera sauvée que par la guerre en Europe. Plusieurs reproches sont formulés au New Deal.

L’absence de relance par la consommation. Au début, l’augmentation de la production arrête la déflation et fait remonter les prix, lesquels, compte tenu du faible pouvoir d’achat des gens, ne permirent pas la poursuite de la relance économique. L’État aurait dû montrer l’exemple en fixant un salaire minimum et en augmentant le traitement des fonctionnaires.

Des obstacles légaux. La Cour suprême des États-Unis, à majorité conservatrice, déclara plusieurs lois du New Deal inconstitutionnelles, entraînant FDR dans une lutte et un débat qui l’éloignèrent des problèmes concrets et le firent dévier des objectifs initiaux. L’offensive conservatrice des membres de la Cour suprême sema le doute dans les esprits. Viscéralement attachés à leur Constitution, les Américains se mirent à douter du bon fondé du New Deal.

Une très grande lenteur à traiter les dossiers de financement et à évaluer les projets. La médiocrité traditionnelle de l’appareil d’État américain, l’absence de sens du service public et de l’intérêt général chez beaucoup de fonctionnaires, coûtèrent cher à Roosevelt. La crainte, l’hésitation à mobiliser les fonctionnaires et les citoyens tua le souffle du départ.

Une grande méfiance des entreprises privées qui se sont senties agressées. Des valeurs et des critères comme la conception du droit des entreprises, du droit de propriété, du rôle de l’État étaient questionnés, remis en cause, critiqués. Les entreprises ont eu peur. On leur demandait de surcroît de reconnaître les syndicats. Au fond, les entreprises considérèrent le remède pire que le mal. Alors que les crédits fédéraux avaient précisément pour objet d’aider les entreprises, celles ci jugèrent le dispositif comme les menaçant.

Des travaux dont l’utilité fut parfois sévèrement remise en cause. Parce que ce système se développa en dehors d’une véritable mobilisation de la nation, que sa mise en œuvre était purement technocratique (c’est un général qui coordonnait l’action), que la démocratie et la concertation à la base étaient totalement absentes, des comportements bureaucratiques se sont évidemment développés.

Un favoritisme et une corruption importants. Là encore, l’absence de décentralisation, de transparence et de mobilisation populaire a permis de nombreux détournements de fonds, jetant la suspicion sur l’ensemble du dispositif.

L’insuffisance d’investissements publics et privés nécessaires pour instaurer le plein emploi. Le programme d’investissements ne fut jamais mis au niveau qui aurait été nécessaire. Potentiellement, le New Deal reposait sur deux piliers. Le premier, à court terme, visait à créer des emplois publics pour remettre les chômeurs au travail. Le second pilier, quant à lui, devait permettre le basculement des personnes en emploi public vers l’emploi marchand, grâce à la relance économique. Or, ce deuxième pilier a été insuffisant, entraînant l’écroulement de tout le système.

Une trop grande concentration des chômeurs dans les institutions mises en place. Ils représentaient en effet 90% des effectifs. Cela posa des problèmes d’encadrement, de productivité et de rentabilité des projets. Non seulement les chômeurs, en restant entre eux, ne furent pas socialisés, mais ils ne suivirent aucune formation. L’ardeur au travail était loin d’être la règle générale. Peu à peu, l’extraordinaire espoir du début se fissura.

Mais cet échec fut prometteur. Cette expérience a montré une nouvelle fois après les Ateliers nationaux de la Révolution de 1848 en France, qu’on pouvait prendre des mesures de nature politique pour s’attaquer au chômage. L’esprit des Américains est encore plein de cette époque .


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