Chronique de Jacques Nikonoff Deux critiques au Front de gauche
lundi 19 novembre 2012
Auteur : par Jacques NIKONOFF

Deux déclarations faites récemment par des dirigeants du Front de gauche sont particulièrement inquiétantes. Elles ralentissent les mobilisations sociales immédiates et obscurcissent la perspective politique.

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DEUX CRITIQUES AU FRONT DE GAUCHE

Chronique de Jacques Nikonoff
Le 19 novembre 2012

Jacques Nikonoff est porte-parole du M’PEP et ancien membre du collège exécutif du PCF, ex-président d’Attac. Derniers ouvrages publiés :

  • « Sortons de l’euro ! Restituer au peuple la souveraineté monétaire » (Mille et une nuits, 2011).
  • « La confrontation. Argumentaire anti-FN » (Le Temps des Cerises, 2012).

Deux déclarations faites récemment par des dirigeants du Front de gauche sont particulièrement inquiétantes. Elles ralentissent les mobilisations sociales immédiates et obscurcissent la perspective politique. La première vient de Pierre Laurent, secrétaire national du Parti communiste français (PCF), et porte sur l’appartenance du PCF à la majorité avec le Parti socialiste (PS). La seconde émane de Jean-Luc Mélenchon, co-président du Parti de gauche (PG), et traite du système de l’Union européenne.

Les déclarations de Pierre Laurent sur l’appartenance du PCF à la majorité avec le PS

Dans une déclaration faite à la sortie d’un entretien avec le Premier ministre Jean-Marc Ayrault, rapportée par l’agence Reuters (8 novembre 2012), Pierre Laurent affirme que le PCF a « participé à la victoire d’une majorité politique au printemps et nous considérons que nous sommes dans cette majorité politique [...] mais il y a dans cette majorité un débat politique de fond ».

Cette orientation a été confirmée dans L’Humanité des 10 et 11 novembre 2012 par Eliane Assassi, présidente du groupe communiste républicain et citoyen (CRC) au Sénat, qui notait que « nous appartenons à la majorité parlementaire et nous travaillons à ce que la gauche réussisse ».

Dans un entretien publié par L’Humanité le 12 novembre 2012, Pierre Laurent affirmait encore que « le moment est donc venu pour les citoyens de gauche qui ont voulu le changement de réinvestir massivement le débat politique, de se mobiliser pour dire au gouvernement : c’est pour un autre cap que nous avons voté ». Pierre Laurent rappelait que « nous sommes dans la majorité qui a permis le changement ».

Cette ligne politique n’est pas nouvelle comme en témoigne un titre du journal L’Humanité du 18 juin 2012, page 9 : « Pas dans l’opposition mais dans la majorité pour réussir ». C’était une phrase issue d’un entretien avec Marie-George Buffet qui disait : « Nous ne sommes pas dans l’opposition mais dans la majorité de gauche de façon constructive, pour réussir ».

L’Agence France presse, dans une dépêche du 20 juin 2012, faisait état d’une déclaration d’André Chassaigne, président du groupe Front de gauche à l’Assemblée nationale, qui affirmait que son groupe se situera « clairement dans le cadre de la majorité de gauche ».

Il ne s’agit pas, ici, de faire un mauvais procès au PCF mais d’engager un débat politique de fond. Le PCF s’est mobilisé contre le TSCG. Il a voté contre la loi de programmation budgétaire 2012-2017. Il s’oppose souvent, au Parlement, aux textes du gouvernement. Cette attitude politique est conforme à ce qu’attendent du PCF les citoyens qui veulent un véritable changement. C’est pourquoi l’appartenance revendiquée du PCF à la majorité avec les socialistes est choquante.

La position du PCF invite à réfléchir à cinq questions :
-  Le PS est-il de gauche ?
-  Y a-t-il eu un « changement » après l’élection présidentielle et les élections législatives ?
-  Les électeurs du PS ont-ils voté pour le « changement » et pour un « autre cap » ?
-  La « gauche » peut-elle « réussir » ?
-  Quelles conséquences tirer de tout ceci ?

Le PS est-il de gauche ?

Pour le PCF (et le PG), la réponse est positive. Il est vrai qu’il existe encore au PS des militants de gauche, y compris à la direction de ce parti. Mais l’essentiel n’est pas là. L’essentiel est que le PS, depuis son revirement de 1982-1983, qu’il n’a jamais renié et dans lequel il s’est installé, mène des politiques néolibérales. Il a renoncé au changement de société et sert de marchepied à la carrière de gens pressés et ambitieux. C’est un parti de notables dont un certain nombre sont corrompus ou pratiquent le népotisme et le clientélisme.

Il y a longtemps – une trentaine d’années – que le PS n’est plus de gauche. Ses programmes, sa gestion locale, sa pratique gouvernementale en témoignent. Mais alors pourquoi le PCF et le PG considèrent-ils que le PS est toujours de gauche alors que rien, objectivement, ne permet de soutenir cette thèse ? Pourquoi aucun débat n’a lieu sur cette question ?

Y a-t-il eu un « changement » après l’élection présidentielle et les élections législatives ?

Le programme du PS est un programme parfaitement compatible avec la doxa néolibérale et les préceptes de l’eurolibéralisme. Il ne contient aucune avancée sociale digne des grandes poussées de la gauche comme en 1936, 1945, 1981. C’est même le contraire puisque le nouveau président de la République se fixe comme priorité le désendettement de la France, c’est-à-dire l’austérité, alors qu’il faudrait annuler et restructurer la dette publique, mener une politique de relance.

Avant même les élections il était parfaitement évident que le rapport des forces qui serait issu de la présidentielle et des législatives ne permettrait pas au Front de gauche de faire admettre la moindre proposition significative de son programme au PS. Seules des luttes sociales puissantes seront susceptibles de permettre des avancées sociales que le PS refuse aujourd’hui. Même si des millions de citoyens sont heureux de la disparition de Nicolas Sarkozy de la scène politique, son programme néolibéral continue par l’entremise de François Hollande.

Les électeurs du PS ont-ils voté pour le « changement » et pour un « autre cap » ?

Si le « changement  » désigne la volonté de battre Sarkozy, la réponse est oui. Si le « changement  » porte sur les politiques économiques et sociales, la réponse est non. Les électeurs qui ont voté pour les socialistes, dans leur grande majorité, ne voulaient pas de changement d’orientation économique et sociale car, d’une part, ce n’est pas ce que proposait le PS, et d’autre part ils ne croient pas que cela soit possible dans le cadre de la mondialisation. L’ « autre cap » que voulait une majorité d’électeurs du PS était de se débarrasser de Sarkozy.

La « gauche » peut-elle réussir ?

Quelle gauche ? Le PS ? Réussir à quoi ? Il serait temps de réussir à se libérer des illusions. Le PS n’a pas de politique de gauche et ne peut donc pas réussir à mettre en œuvre une politique pour laquelle il ne se prononce pas. Tout est déjà écrit. Le PS reste aligné – depuis 1982-1983 – sur les politiques néolibérales, c’était dans son programme (même si ce n’était pas écrit comme cela). Il va aggraver le chômage et les difficultés de la population, il sera battu aux prochaines élections, une droite plus dure reviendra aux affaires avec un FN encore plus menaçant. C’est écrit, et c’est cela qu’il faut faire capoter.

Quelles conséquences tirer de tout ceci ?

S’il veut être à l’offensive et se présenter comme une véritable alternative, le Front de gauche doit se placer dans l’opposition de gauche au gouvernement socialiste et se fixer l’objectif électoral de passer devant le PS.

La posture politique du PCF, qui se déclare faire partie de la majorité avec le PS, ne pourra pas rester telle quelle encore très longtemps. Idem pour le PG qui prône le « ni-ni » (ni dans la majorité, ni dans l’opposition). Elle signifie que n’étant ni dans la majorité ni dans l’opposition, le PG est nulle part ! La gauche radicale (le Front de gauche se revendique-t-il de la gauche radicale ?) ne peut pas et ne doit pas participer à un gouvernement avec le PS, sauf lorsqu’elle passera devant ce dernier. L’inverse n’est pas possible et signifierait l’alignement de la gauche radicale sur les positions social-libérales du PS.

Pour changer la vie, comme on disait dans les années 80, il faut qu’un bloc animé par la gauche radicale passe devant le PS. Il faudra, pour y parvenir, décrocher la gauche du PS. Mais là n’est pas l’essentiel. L’essentiel se trouve chez les abstentionnistes et les classes populaires : ouvriers, employés, chômeurs, travailleuses et travailleurs précaires, jeunes et moins jeunes… Ils attendent des paroles fortes, mais aussi des propositions concrètes et crédibles, opérationnelles, des mesures radicales rompant avec l’ordre ancien. Une perspective.

Comment peut-on expliquer l’obstination de la direction du PCF à maintenir l’appartenance de ce parti à la majorité avec le PS ? La réponse est probablement à rechercher du côté des élections municipales de 2014. Depuis trente ans, le PCF s’affaiblit dans les communes, élection après élection : perte du Havre en 1995 ; Nîmes et Argenteuil en 2001 ; Calais, Aubervilliers, Montreuil en 2008. Désormais le PCF ne gère plus qu’une seule ville de plus de 100 000 habitants (Saint-Denis) mais en a perdu le député en 2012. Si le PCF continue à voter les textes du gouvernement au Parlement (celui sur le budget sera décisif), le PS menace de transformer le premier tour des municipales de 2014 en primaires, notamment dans les villes encore dirigées par le PCF. C’est du chantage. La direction du PCF va-t-elle y céder ?

Les élus locaux du PCF, dans le cas le plus général, ont une bonne image auprès de la population. Ils devraient accepter la confrontation avec le PS. Pour mettre le maximum d’atouts de leur côté, ils pourraient largement rassembler autour d’eux et incarner, de cette manière, la nouvelle force qui aspire à devenir majoritaire à gauche. Dommage que le prochain congrès n’évoque pas ces questions pourtant fondamentales. De toute manière le PS attaquera sans vergogne les municipalités encore dirigées par le PCF. Ce dernier a donc tout intérêt – pas seulement pour lui mais pour les populations qui ont besoin d’avoir des élus bien à gauche - à faire les bonnes alliances et à se préparer à l’affrontement.

La position de Jean-Luc Mélenchon sur le système de l’Union européenne

L’entretien donné par Jean-Luc Mélenchon au journal du Parti ouvrier indépendant (POI), Informations ouvrières n° 224 du 1er au 7 novembre 2012, est très intéressant dans le sens où il confirme sa totale ambigüité sur les questions européennes. Certes, Jean-Luc Mélenchon réaffirme ce qu’il a déjà dit (mais pas le Front de gauche) : il s’agit pour lui de passer devant le PS aux élections européennes de 2014. Mais pour quoi faire ? C’est là que les choses se gâtent.

D’abord, selon lui, « la clé d’entrée [dans le Front de gauche] c’est le refus des traités européens, de tous les traités ». Mais alors pourquoi la lettre du PG qui, au contraire, explique que le M’PEP « porte deux revendications qui diffèrent franchement du programme du Front de gauche : la sortie de l’euro et de l’Union européenne. […] Il s’agit d’une divergence majeure. Et on voit bien du coup qu’il serait impossible à notre candidat [Jean-Luc Mélenchon] d’assumer cette contradiction interne au Front de gauche pendant la campagne. C’est toute la cohérence de cette dernière qui serait fragilisée ».

Jean-Luc Mélenchon et le PG ne jouent-ils pas un double jeu et ne pratiquent-ils pas le double langage ? En effet, en voulant sortir de l’UE et de l’euro, le M’PEP répond parfaitement au critère fixé par Jean-Luc Mélenchon pour entrer au Front de gauche : le « refus  » de tous les traités européens. A moins que Jean-Luc Mélenchon fasse une distinction, non explicite, entre «  le refus des traités européens » et la sortie de l’UE et de l’euro. Si on comprend bien, le PG estime que le « refus des traités européens » est la « clé  » pour entrer au Front de gauche, mais que ce « refus  » ne peut pas aller jusqu’a sortir de l’UE et de l’euro. Mais alors jusqu’où va ce « refus  » ? Jean-Luc Mélenchon ne le dit pas.

Ensuite, Jean-Luc Mélenchon reprend les positions habituelles du PG (« il faut sortir des traités européens ») et du Front de gauche (« s’affranchir des traités européens »). Nous ne savons toujours pas, à cette étape, ce que ces notions veulent dire puisque les notions de « sortir  » et « s’affranchir  » ne sont jamais définies. Il faut continuer la lecture de l’entretien de Jean-Luc Mélenchon avec Informations ouvrières pour découvrir que « si c’est moi qui avait été élu, j’aurais soumis à référendum l’abandon des traités actuels et une autre orientation européenne pour notre pays ». Cette position est celle de Jean-Luc Mélenchon et pas celle du Front de gauche qui ne propose pas de référendum sur la question des traités. Rappelons d’ailleurs que c’est ce que le M’PEP a proposé au Front de gauche en reprenant leur idée de référendum sur le nucléaire mais en l’appliquant à la participation de la France à l’UE et à la zone euro. Le Front de gauche, à l’époque, avait refusé.

Essayons de comprendre ce que signifient les propos de Jean-Luc Mélenchon. Si, par référendum, les Français « rejettent  » les traités européens (pour clarifier les choses, Jean-Luc Mélenchon devrait dire quelle serait la question posée aux Français et quels seraient les traités concernés), la conséquence pratique sera que la France ne fera plus partie de l’Union européenne. Est-ce cela que veut Jean-Luc Mélenchon ? Si oui, pourquoi ne le dit-il pas clairement ? Si non, s’il veut rester dans l’UE après que les Français aient rejeté par référendum les traités européens (en réalité seul compte le traité de Lisbonne), comment est-ce possible ? Pourquoi ne le dit-il pas pour être convaincant ? Ajoutons que le rejet par les Français des traités européens entraîne ipso facto la sortie de la France de la zone euro. Jean-Luc Mélenchon a-t-il compris cela ? Pourquoi ne le dit-il pas, s’il l’a compris ? Pourquoi dit-il pendant sa campagne « l’euro est à nous », et après la campagne qu’il faut un référendum pour « sortir  » des traités européens et donc sortir de l’euro ?

Pouvons-nous être d’accord avec cette façon de faire de la politique ? Ambigüités, calculs, imprécisions : tout est fait, en disant tout et son contraire, pour ratisser le maximum d’électeurs, peu importe si les bases sont floues.

L’exemple de la « désobéissance européenne » est, à cet égard, un véritable cas d’école

Beaucoup de militants s’étaient réjouis, en prenant connaissance du programme du Front de gauche, d’y lire qu’une référence à la « désobéissance européenne » y figurait. Certes, elle était particulièrement floue et n’engageait à rien, mais elle y était et on pouvait penser que c’était un premier pas qui serait suivi par d’autres, que le Front de gauche bougeait. Patatras, voilà ce que dit Jean-Luc Mélenchon dans son entretien avec le journal du POI : « dès lors que nous serions au pouvoir, nous entrerions dans un cycle de désobéissance. Mais attention : dans la conduite des affaires publiques, nous sommes intéressés à ce que les traités en général soient respectés. Notre pays aussi est engagé par sa signature » ! Comment comprendre qu’il soit possible, d’un côté, de « rejeter  » les traités par référendum, d’un autre côté de « désobéir  » à l’UE et donc aux traités qui la fondent et que l’on vient de « rejeter  », tout en « respectant  » ces même traités auxquels on vient pourtant de « désobéir  » et que l’on a même « rejetés  » ? Ce n’est pas sérieux !

Il est vrai que, le premier, j’avais utilisé l’expression « désobéissance européenne » lors d’un meeting du Front de gauche à Frontignan (34) en février 2009. J’ai commis une erreur car cette expression sert désormais de paravent au refus de sortir de l’UE et de l’euro, tout en masquant ce refus derrière une rhétorique pseudo-critique.


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Forum de l'article  -7 Messages

  • Chronique de Jacques Nikonoff Deux critiques au Front de gauche

    23 novembre 2012 19:13, par Yvette Genestal

    Cela veut-il dire que tu penses que le mot d’ordre de désobéissance européenne n’est plus pertinent ? Il me semble pourtant que si il pouvait grandir dans les luttes, il ouvrirait des perspectives politiques qui manquent cruellement aujourd’hui. Si par exemple sur certaines exigences du patronat, liées au TSCG, ( retraite, sécurité sociale, contrôle et taxes sur les importations de voitures - coréennes par exemple-, coopérations internationales et non délocalisations), ce mot d’ordre pourrait être repris par les salariés...Et dans ces moments là, la question de sortie de l’euro et de l’UE apparaîtrait comme une perspective politique crédible.
    Yvette Genestal

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    • Chronique de Jacques Nikonoff Deux critiques au Front de gauche
      3 décembre 2012 15:55, par Amiel de Ménard Gilles

      Oui on peut penser cela, et c’est d’ailleurs ce raisonnement qui avait motivé l’adoption de ce compromis. La réalité s’est chargée de l’invalider. Dans la pratique, le PG a vite compris que la désobéissance était un vecteur très bien adapté au flou artistique qu’il veulent à tout prix maintenir sur leur position quant à la "construction" européenne. Rien ne les obligeait à reprendre cette notion qui venait de personnes dont ils se méfiaient énormément, à tout le moins. S’ils l’ont néanmoins fait, c’est bien parce qu’ils ont vus une magnifique occasion pour eux de faire de nous des arroseurs arrosés. Ils savaient qu’en nous empruntant cette notion ils s’en réservaient l’interprétation, afin de la désamorcer, de la stériliser.

      En effet, jamais ils ne signifient clairement les conditions qui les feraient sortir ou pas de ces institutions dont ils dénoncent le contenu et certaines de ses formes tout en en célébrant l’esprit et la signification, pour eux "transcendantale" et non négociable, comme une sorte de valeur religieuse, seule possibilité pour ne pas revenir à la fatale, dangereuse et passéiste souveraineté nationale. Il ne parlent que de souveraineté populaire, de république, mais pour mieux faire croire que l’on ne peut les faire revivre qu’en les transposant à l’échelle de l’UE.

      Cette illusion, ils en font leur stratégie centrale quoique inavouée, car ils savent que la revendiquer explicitement, c’est la fragiliser en la mettant en débat, alors que les faits ne cessent de plaider en la défaveur de cette hypothèse délirante. Ils font donc tout pour garder cela implicite et flou.

      La notion de désobéissance européenne, dans ce contexte, est un magnifique service que nous leur avons rendu. Elle permet à bon compte de prendre une posture critique vis à vis des politiques européennes, tout en validant l’essentiel, à savoir l’autorité et la légitimité, ainsi que le caractère indépassable des institutions européennes. On ne désobéit pas à une institution dont on ne reconnaît pas la validité, on la désavoue et on en sort. Le général de Gaulle n’a pas "désobéit" au gouvernement de Vichy, il l’a désavoué, est parti et a organisé la résistance pour abattre cet ordre institutionnel jugé illégitime. On prend une attitude de désobéissance passive lorsque l’on pense que c’est la seule solution dans une situation jugée circonstancielle et temporaire. On prend par contre une attitude plus résolue de lutte active pour renverser un ordre institutionnel lorsque l’on pense que le problème est essentiel et structurel.

      Les gens qui rencontrent ce vrai faux concept de "désobéissance européenne" ne le rencontrent pas par notre biais mais par celui du PG, de la CGT ou d’ATTAC, donc au compte goutte et dans une optique où l’on a systématiquement désamorcé toutes les potentialités de critique radicale dont tu parles. L’effet est donc strictement inverse. Nous ne sommes pas connus. Le PG, la CGT, ATTAC le sont, eux, connus, et encore crédibles, hélas. C’est donc eux qui sont les seuls médiateurs crédibles pour interpréter, dans un sens anodin, cette vague notion de désobéissance européenne. Tous ceux qui pourraient donc passer d’une critique circonstancielle des politiques de l’Union européenne à une critique radicale des institutions européennes débouchant sur leur sortie sont donc arrêtés à mi chemin par cette interprétation dépolitisée et inoffensive de la désobéissance. Entre Le Pen et le PG, tout est là pour détourner la colère populaire de solutions politiques afin qu’elle se perde dans les sables.
      En voulant bien faire (pour pouvoir intégrer le Front de gauche sans renier notre orientation et en l’incitant à bouger progressivement dans notre sens), nous avons cru être habile en forgeant ce compromis. Comme souvent, rien ne vaut la clarté en politique (sauf pour les manœuvriers). Les difficultés temporaires qu’elle provoque éventuellement sont largement compensés par la cohérence et la crédibilité de long terme qu’elle seule peut générer.

      De manière plus générale, nous avons de solides raisons d’être "optimistes" à plus ou moins long terme : la justesse et la cohérence de nos vues, devenues denrées bien trop rares à gauche depuis des décennies, la situation qui nous donne systématiquement raison, et la progressive construction d’un programme et d’une stratégie qui s’affine et qui deviendra complète à terme.
      Par contre, je nous déconseille la méthode Coué, qui est à l’optimisme ce que l’astrologie est à l’astronomie. Non, le PG et encore moins le Front de gauche ne vont pas prôner la sortie de l’Union européenne, sauf lorsque cette dernière sera en train de s’écrouler devant leurs yeux, et encore. Même le pourrissement inéluctable de la crise ne les amènera pas à cette conclusion. Il n’y a qu’à regarder leur équivalent en Grèce, Syrisa , la situation préfigure ce qui pourrait nous arriver de pire, et pourtant ils sont encore le dernier rempart des institutions européennes comme le dit justement Jacques. On se demande donc quelle situation dramatique pourrait bien les amener à enfin proposer une sortie par le haut de ce piège toxique et très dangereux. La réponse est évidente : rien.
      Les conséquences délétères de la " construction " européenne sont parfaitement évidentes depuis les années 80 pour les plus longs à la détente, depuis le début pour les plus décillés. Si des gens possédant une solide culture historique et politique -comme c’est bien sûr le cas pour les responsables des partis de gauche européistes (c’est désormais un pléonasme)- n’en ont pas tirés et n’en tirent toujours pas la conclusion logique, c’est qu’ils ne veulent vraiment pas la tirer. Plutôt que d’espérer vainement qu’ils changent d’avis en tablant avec un peu de condescendance sur le fait qu’ils ne pensent pas comme nous parce qu’ils n’auraient pas compris alors que nous avons compris, nous ferions mieux d’assimiler une fois pour toute que leur position n’est pas circonstancielle mais constitue bien la base fondamentale de leur analyse politique. Et qu’ils en connaissent les implications et les dangers pour les peuples. Mais qu’ils passent outre étant donné des valeurs qu’ils jugent supérieures.
      Mais cela est un autre débat.
      Amicalement

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  • Bonjour à vous,
    J’ai cru, à un moment donné que JL Mélenchon était une sorte de Chavez à la française. Et j’ai compris au soir des élections, au moment où il récitait sa reddition sans condition que son rôle consistait à ratisser à gauche toute. Il pouvait pourtant mettre ses 4 millions de voix dans la balance pour exiger un référendum sur la question européenne. Bien sûr, il n’en a rien fait.
    En fait, il me fait penser à Danton...
    Il est totalement entre les mains du système : il bénéficie d’une couverture médias main-stream, il phagocyte le PCF, il est peu nuisible.
    Nos "élites" ne défendent plus le bien commun, n’entendent pas la volonté générale du peuple dont ils se disent "représentants". Quelle blague, ces élections !
    L’idée d’Etienne Chouard (tirage au sort) est à méditer. La démocratie athénienne l’a appliquée pendant 200 ans : c’était l’âge d’or !

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  • — Le problème de tout cela est qu’on parle toujours des PERSONNES et pas des programmes... Mélenchon et Pierre Laurent ne sont pas parfaits, certes... Jacques Nikonoff a souvent de bonnes analyses : je suis complètement d’accord avec son analyse sur les cadres dirigeants du PS... Mélenchon est plus "soft" avec l’aile gauche du PS et surtout les militants de terrain car il s’agit de stratégie électorale pour rassembler la gauche du PS (celle qui a voté contre le TSCG et/ou la loi de programmation budgétaire 2012-2017 par exemple...), inviter les "Montebourguiens" et les vrais écolos à se rapprocher du Front de Gauche, recomposer les rapports de force au sein de l’assemblée nationale pour faire pression sur le gouvernement etc... Rassembler à gauche pour avancer, pour pouvoir mettre en place l’éco-socialisme. C’est une lutte CONCRÈTE et pas un vent de bla-bla chipoteur... Car il y a bel et bien URGENCE !
    — Les chipotages de l’extrême gauche : Je ne vois pas l’intérêt de dire par exemple < Le PG qui prône le "ni-ni" (ni dans la majorité, ni dans l’opposition) [...] signifie que n’étant ni dans la majorité ni dans l’opposition, le PG est nulle part ! > : Pourquoi la gauche qui se dit "radicale" (ou "extrême gauche", pour reprendre une autre terminologie) tire-t-elle systématiquement contre son propre camp plutôt que de se confronter aux VRAIS ennemis (libéraux, capitalistes, Front National etc.) et faire VRAIMENT de l’éduc. pop.???
    — Mélenchon explique fort bien que les "2 partis uniques" UMP-PS sont en pleine déconfiture par leur incapacité à proposer une alternative aux dogmes libéraux et politiques austères dictés par les banquiers et patrons voyous. Il observe une recomposition des rapports de force au sein même de l’assemblée nationale et au delà, en affirmant JUSTEMENT que ce schéma de pensée rigide et bipolaire opposant "droite" et "gauche" n’est plus d’actualité !!! Il veut rassembler autour d’idées et pas de postures artificielles et binaires !
    — < L’essentiel se trouve chez les abstentionnistes et les classes populaires : ouvriers, employés, chômeurs, travailleuses et travailleurs précaires, jeunes et moins jeunes… Ils attendent des paroles fortes, mais aussi des propositions concrètes et crédibles, opérationnelles, des mesures radicales rompant avec l’ordre ancien. Une perspective. > On est d’accord !
    MAIS justement, QUI fait de l’éducation populaire en s’adressant via les médias de masse à ces catégories de populations sus-citées ???!!! C’est bien Mélenchon !!!
    Pas les obscurs "POI", M’PEP, ATTAC et consorts (même si je suis d’accord sur le fond avec la plupart de leurs idées), qui restent à débattre entre initiés sans arriver à toucher "les masses" !!! QUI est capable de déchiffrer les indigestes "newsletters" d’ATTAC et consorts ? A part les "initiés", c’est à dire les gens qui ont déjà une culture politique ? Même-moi, qui ai un peu de cette culture politique, je suis rebutée par leurs pavés arides et compacts sans paragraphes, sans retours à la ligne (etc) : croit-on vraiment que ce soit de "l’éducation populaire" ???!!!
    — Ces gens qui se revendiquent de l’éducation populaire en font-ils vraiment ? J’ai plutôt l’impression qu’ils ronronnent entre-eux au chaud (et pas que l’impression, du vécu aussi...). Ces < Ouvriers, employés, chômeurs, travailleuses et travailleurs précaires, jeunes et moins jeunes > dont-ils parlent, en sont-ils proches ? Essaient-ils de les atteindre par une vulgarisation susceptible de les intéresser et les mobiliser ? Jacques Nikonoff et ses pairs ne ronronnent-ils pas entre "bobos" (affreux terme caricatural mais que tout le monde comprendra dans le contexte de mon raisonnement...) ?
    — Certes, on est en droit (et en devoir) de critiquer les "mass-médias" abreuvant le peuple sus-cité d’inepties idéologiques libérales et de divertissement décérébrant (et Mélenchon ne s’en prive pas il me semble !). Mais passer par ces médias de masse n’est-il pas néanmoins un moyen, justement, de toucher ces catégories sociales exploitées, exténuées et précarisées ???!!! S’exprimer dans des revues et blogs confidentiels ou dans le (néanmoins excellent) Monde Diplomatique suffit-il pour atteindre ces personnes ???
    — BREF, ceci n’est qu’un aperçu des critiques que je ferais à cette extrême gauche, certes intelligente, mais sans stratégie politique concrète "ici et maintenant" et qui tire systématiquement des balles dans les pieds de son propre camp ! Elle peut toujours critiquer les guerres intestines au sein de "l’UMPS", la focalisation sur les personnes et non sur les idées : elle fait exactement la même chose en divisant au sein de la gauche anti-capitaliste et en descendant systématiquement ses plus populaires représentants !!!
    — Comment les gens comme Nikonoff veulent-ils s’y prendre au juste pour faire passer leurs idées ??? En refusant de manière autiste la réalité de la démocratie représentative (certes à réformer...) comme dans un déni de réalité ? En descendant dans la rue ? En signant des pétitions (hou, le CAC40 a peur !!!) ? En passant à la lutte armée comme Action Directe ??? Je ne comprends vraiment pas leur stratégie, qu’on m’explique !
    — > Dénoncer des contradictions chez les représentants anti-capitalistes quelque peu populaires et connus du grand public ne devrait pas leur épargner de réfléchir sur leurs propres contradictions, que j’ai essayé de résumer ici le plus brièvement possible...

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    • Chronique de Jacques Nikonoff Deux critiques au Front de gauche
      3 décembre 2012 09:37, par Jacques Nikonoff

      Bonjour,
      Ma chronique ne repose que sur deux sujets afin d’en débattre (on a le droit de débattre sans être accusé de "tirer" sur ceux avec lesquels on n’est pas d’accord, non ?) :

      1.- Le fait que le PCF se revendique de la majorité politique avec le PS est une idée à combattre. Vous ne vous prononcez pas sur le sujet.

      2.- La position de Jean-Luc Mélenchon, et du PG, est incohérente. Vous n’évoquez pas non plus ce 2e point de mon texte.

      Sur le reste de ce que vous dites on peut toujours discuter, mais mon papier mettait simplement les deux points ci-dessus en débat.

      Jacques Nikonoff

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    • Chronique de Jacques Nikonoff Deux critiques au Front de gauche
      5 décembre 2012 19:30, par Chieragatti Rémy

      J’adhère au M’PEP, j’investis du temps pour sortir d’une situation politique qui mène au désastre à brève échéance. j’ai plus de 50 ans et c’est ma première participation à une organisation politique. Je n’ai pas voulu entrer à Attac ni au PG ou au PCF pour des raisons diamétralement opposées mais conduisant au même résultat : l’immobilisme, le "gueule toujours"ou au tout changer pour que rien ne change. Sans culture politique j’arrive à faire la différence entre des mouvements que vous mettez dans le même sac, "l’extrême gauche". J’ai connu les socialistes des années 80, ils m’ont trompé. Je connais les slogans vides de sens ou irréalistes conduisant aux lendemains qui déchantent. Je les retrouve dans le FdG (l’euro est à nous, transformons l’Europe de l’intérieur...). Marre de la politique politicienne où l’on considère que les gens sont incapables de comprendre.Plus le temps de se tromper, de se faire tromper. Le problème dans cette société c’est le verrou institutionnalisé des chiens de garde ce n’est pas la complexité du discours, c’est la propriété du porte-voix et sa bande passante. Mélenchon passe bien...

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  • Sur l’Europe, ce qui m’inquiète ce sont les propos caricaturaux et douteux de Mélenchon sur nos voisins allemands. "Les Allemands c’est Merkel, Merkel c’est la nazis." Bon, c’est comme dire "les Français c’est Sarkozy. Sarkozy c’est Buisson. La France c’est Pétain".
    Critiquer la politique du gouvernement conservateur allemand est une chose. Dire "l’Allemagne" à tire larigo, c’est autre chose. Si on disait "les musulmans" ou "les arabes" pour dénoncer des consersateurs islamiques... ! Et si Copé passe en 2017, alors la France, que ne dira-t-on pas de nous !
    Il est normal que l’Allemgane ait une politique de puissance comme n’importe quel autre pays. La France aussi joue ses cartes de son côté. Il faut trouver des équlibres. L’Europe a un sens d’abord de Paix (et on le mesure aujourd’hui).
    On ne peut pas ramener l’Allemagne à son seul passé nazi. L’Allemgane est un des phares historiques de l’Europe (avec les France, l’Italie, l’Agnleterre, etc.). C’est une culture énorme complèetement imbriquée à la notre. On a des liens plus importants qu’on le croit. Le Rhin n’existe pas, c’est le Traité de Verdu de 843 qui a fait d’un seul peuple, deux pays différents. Il faut faire attention à ce qu’on dit.
    Et ne pas oublier que dès mars 1933, à Dachau, ce sont des milliers d’allemands qui ont été internés et massacrés.

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