Domenico Losurdo, Fuir l’histoire ?, Éditions Delga, 2007.
mardi 30 août 2011
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Fuir l’histoire ?

Auteur : Domenico Losurdo

Editeur : Delga, 2007

extrait de la préface :

En 1818, en pleine période de Restauration, quand la faillite de la Révolution française paraissait évidente, même
ceux qui l’avaient d’abord saluée favorablement se préoccupaient de prendre leurs distances avec l’évènement
historique commencé en 1789 : la Révolution française aurait été une erreur colossale ou, pire, une honteuse
trahison de nobles idéaux. Byron allait en ce sens lorsqu’il chantait "Mais la France s’enivra de sang pour vomir des
crimes/ Et ses Saturnales ont été fatales/ A la cause de la Liberté, en toute époque et pour toute la Terre".
Devons-nous aujourd’hui faire nôtre ce désespoir, en nous limitant seulement à remplacer la date de 1789 par celle
de 1917 et la "cause de la Liberté" par la "cause du socialisme" ? Les communistes doivent-ils avoir honte de leur
histoire ?
L’histoire des persécutions subies par des groupes ethniques ou religieux nous place devant un phénomène
singulier. Il arrive que les victimes elles-mêmes tendent à s’approprier le point de vue des oppresseurs et
commencent par conséquent à se mépriser et à se haïr elles-mêmes. Le Selbstha2 ou self-hate, l’autophobie, a été
étudiée surtout à propos des Juifs, qui pendant des millénaires ont été les victimes d’une campagne systématique de
discrimination et de diffamation. Mais quelque chose d’analogue s’est produit au cours de l’histoire, elle-même
tragique, des Noirs déportés hors de leur terre, soumis à l’esclavage, à l’oppression et privés de leur propre identité :
il est arrivé que les jeunes femmes afro-américaines, même celles d’une grande beauté, se soient mises à désirer et
à rêver d’être blanches ou, au moins, de voir s’atténuer le noir de leur teint. L’adhésion des victimes aux valeurs des
oppresseurs peut être à ce point radicale.