François Bayrou : l’homme en réserve de l’oligarchie

Résumé

François Bayrou est la réserve de l’oligarchie, le deuxième fer qu’elle a au feu. Pour bien comprendre son rôle, il faut tenter de le qualifier politiquement, c’est-à-dire de définir où il est et où il veut aller. Bayrou est avant tout « bayrouiste ». Il ne s’inscrit pas dans la tradition de son courant politique d’origine, la démocratie-chrétienne (le « centre »), ne possède aucune doctrine, et ne cherche que le combat électoral pour en retirer des avantages personnel, notamment dans le cadre d’une stratégie essentiellement présidentielle.

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FRANÇOIS BAYROU : L’HOMME EN RESERVE DE L’OLIGARCHIE

Sur le plan politique, le « centre », dans l’histoire politique française, a toujours été à droite. Les candidats à l’élection présidentielle qui s’en réclamaient (Lecanuet, Poher, Barre) étaient des hommes de droite, comme François Bayrou lui-même dont la longue carrière politique a toujours été placée à droite. Le « phénomène » Bayrou n’est pas nouveau. Jean Lecanuet avait obtenu 15,57 % à la présidentielle de 1965, Poher 23,21 % en 1969, Raymond Barre 16,54 % en 1988. C’étaient tous des hommes de droite. Quant aux élus locaux de l’UDF, ils sont partout élus avec l’UMP et font alliance avec elle.

Le MRP est fondé en 1944 par Georges Bidault. Il se positionne comme le parti des résistants démocrates-chrétiens qui souhaitent dépasser le clivage gauche-droite. Il participe au système du « tripartisme » avec le PCF et la SFIO. Ce sont ses dirigeants, Robert Schumann et Pierre Pflimlin, qui lancent l’ « Europe » en 1946, le MRP fait 25,9 % des voix aux législatives, juste derrière le PCF.

Ce parti se divise ensuite à propos de la guerre d’Algérie, et certains vont se rallier à de Gaulle. D’autres, en 1966, comme Jean Lecanuet, vont fonder le Centre démocrate, qui deviendra le Centre des démocrates sociaux (CDS), composante de l’UDF. A l’élection présidentielle de 1974, le CDS va soutenir Valéry Giscard d’Estaing et à celle de 1988 il soutiendra Raymond Barre.

C’est en décembre 1994 que François Bayrou prend la présidence du CDS, soutenu par Pierre Méhaignerie et René Maunoury. En avril 1995, le CDS soutient Edouard Balladur au 1er tour de l’élection présidentielle. En novembre 1995, le CDS et le Parti social-démocrate (PSD) fusionnent pour fonder Force démocrate (FD) dont le président sera François Bayrou et le secrétaire générale Douste-Blazy.

Quand on cherche quel pourrait être le fond politique de Bayrou, on ne trouve rien. Et on ne retrouve pas, en tout cas, ce qui a alimenté la tradition démocrate-chrétienne qui est la doctrine sociale de l’Eglise. Celle-ci avait servi de référence au MRP, puis au Centre démocrate devenu CDS.

Alors que veut Bayrou s’il ne veut pas perpétuer la tradition démocrate-chrétienne ? D’abord, observons que s’il ne se situe pas dans cette filiation, c’est qu’il a compris qu’elle ne présentait aucun avenir. Il n’y a que quelques dirigeants du Parti socialiste, à la recherche d’une alliance avec le « centre », pour y croire !

En réalité, François Bayrou est un pur opportuniste. Il part de l’analyse que les Français rejettent désormais le système politique opposant l’UMP au PS, comme la succession des alternances semble en témoigner. Il considère qu’un espace politique existe pour rassembler les « modérés » des deux camps, dont il serait le pivot. C’est pour cette raison qu’il est tenu d’avoir un discours ferme vis-à-vis de la droite, puisqu’il en faisait partie et qu’il a besoin de clarifier son image personnelle et l’orientation de son nouveau parti, le Modem, entièrement à sa dévotion. Il ne s’agit donc que d’une aventure personnelle.

La création d’un « centre », même « indépendant », pour faire pièce à la bipolarisation en cours est une profonde illusion. Cette architecture politique, ne reposant que sur du vent, n’apporte aucune réponse au pays. Bayrou utilise le verbe, et non l’argumentation ; il le dit lui-même : « Un programme, ce sont des mesures. Un projet, c’est une vision ».

Il a la complaisance des grands médias.

La carte d’évolution du vote Bayrou semble refléter trois zones de forces, dans lequel il a de plus nettement progressé par rapport à 2002 et deux zones de faiblesses. La première zone de force s’apparente aux terres traditionnelles de la droite catholique : le grand Ouest, le Béarn, les Causses, la Loire, la Savoie, l’Alsace... La seconde zone se retrouve dans les villes, et les périphéries urbaines, notamment dans les quartiers de classes moyennes et aisés : l’effet est net dans les Yvelines, Angers, Caen, Grenoble, arrondissements parisiens. La troisième zone de progression correspond à certains espaces bien particuliers où l’extrême droite a beaucoup chuté depuis 2002 : l’Alsace, la grande couronne parisienne et la Savoie.

François Bayrou ne parvient pas en revanche à progresser dans deux grands espaces très marqués par la présence du FN : le grand Nord-Est et le midi méditerranéen, y compris en Corse.

Ce délabrement de la gauche nécessite une remise à plat totale et la construction d’une nouvelle force de gauche, à vocation majoritaire.