L’avenir du PS n’est pas au centre mais en bas

Résumé

La fin de l’union de la gauche telle qu’elle a été conçue au congrès d’Epinay en 1971 pose un problème électoral au Parti socialiste. Avec qui pourra-t-il s’allier pour gagner les élections ? Le problème, pour les dirigeants socialistes, est qu’ils limitent leur réflexion au seul aspect électoral, à court terme, et dans ce cadre à la seule question des alliances. Car la solution n’est pas au centre mais en bas, en renouant avec les classes populaires.

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L’AVENIR DU PS N’EST PAS AU CENTRE MAIS EN BAS

Ce raisonnement biaisé témoigne une nouvelle fois que la préoccupation principale du PS est celle du pouvoir pour le pouvoir, et que, dès lors, les alliances électorales sont conçues comme un simple jeu de lego où il ne s’agit que de changer les pièces de place. Peu comptent les contenus de ces alliances, car leur seul but est d’obtenir une majorité électorale.

C’est pourquoi, spontanément, la majorité des dirigeants du PS souhaitent une alliance avec le MODEM de François Bayrou puisque ce nouveau parti politique représente quelques pourcents de l’électorat. Le raisonnement est parfaitement cynique car il repose sur un véritable chantage vis-à-vis de l’électorat de gauche : « votez pour moi, ce sera de toute façon moins pire qu’avec la droite ». Ce langage est d’autant plus persuasif que la menace de droite – et d’extrême droite – aura été volontairement surévaluée pour susciter, par peur, un réflexe de vote utile sans états d’âme.

Dans ce cadre, l’alliance avec les communistes n’a pas de raison d’être remise en cause, mais le PCF ne peut guère apporter plus de 1, 2 ou 3 % des voix au PS, ce qui est insuffisant pour gagner une élection.

Une alliance avec tel ou tel groupe de l’extrême gauche est-elle possible ? Les partis trotskystes (LCR, LO, PT) ne veulent pas d’alliance avec le PS. Ils ne veulent pas, non plus, gouverner. Le PS, de son côté, ne veut pas d’alliance avec l’extrême gauche. La question est donc réglée : aucune alliance ouverte entre l’extrême gauche et le PS ne verra le jour.

A ce propos, il ne faut pas se tromper sur la signification du geste de la direction du PS qui a « donné » à Olivier Besancenot les signatures d’élus qui lui manquaient afin de participer à l’élection présidentielle. Il ne s’agissait pas des prémisses d’une alliance entre le PS et la LCR, mais d’une manœuvre de l’appareil du PS pour affaiblir Ségolène Royal, car Olivier Besancenot lui a pris des voix. Il s’agissait, pour les dirigeants du PS concernés, de faire l’impasse sur la présidentielle de 2007, de réduire tant qu’ils le pouvaient le score de Ségolène Royal, démontrant ainsi son incapacité à rassembler, l’écartant pour la présidentielle de 2012 et présenter leur propre candidature…

En restant dans cette arithmétique électorale, le PS, apparemment, n’a pas d’autre choix que de s’allier avec le MODEM. Cette stratégie est en marche. Elle a été tentée à l’occasion des élections municipales de 2008 où des listes communes PS-MODEM, avec parfois la participation de communistes, ont été présentées.

Le « centre », incarné par la candidature de François Bayrou, a représenté près de 7 millions de voix au premier tour de l’élection présidentielle 2007. Des forces très nombreuses se sont manifestées au sein du PS, Ségolène Royal en tête qui voulait même en faire son premier ministre, pour une alliance avec lui. Elles se reconnaissent par l’usage de mots-clés comme « poursuivre la rénovation de la gauche » (Ségolène Royal), « rénover la gauche » (Dominique Strauss-Kahn), « rénover le PS » (Pierre Moscovici), etc. Une fois munis de ce décodeur – « rénover » signifie s’allier avec le MODEM - il devient possible de comprendre qui veut quoi au sein du PS, même si les choses ne sont pas dites clairement.

Difficilement réalisable sur le plan pratique, même si les convergences idéologiques sont nombreuses entre la majorité des dirigeants du PS et ceux du MODEM, une alliance avec le « centre » serait en réalité une alliance avec une partie de la droite. Les caciques du PS et du MODEM sont d’accord sur l’essentiel : le type de « construction » européenne, l’atlantisme, les institutions, comme a pu le montrer le débat de l’entre-deux tour entre Ségolène Royal et François Bayrou. Si des divergences sont apparues sur le plan économique, leur minceur ne devrait pas constituer un obstacle à la définition d’une politique économique standard (d’inspiration néolibérale).

L’opération est donc extrêmement complexe pour le PS, elle est loin de pouvoir se réaliser, et elle provoquerait à coup sûr une profonde cassure en son sein.

Toute cette construction politique de la majorité des dirigeants du PS repose sur la conviction que ce parti ne dispose plus de partenaires à gauche. Evidemment, cette assertion est exacte si le raisonnement est purement électoral et à court terme. Mais il est totalement faux si on raisonne en termes de classes sociales. En effet, une politique de gauche s’attaquant réellement et de manière convaincante aux inégalités serait susceptible de rassembler très largement. Ce n’est donc pas simplement en termes d’alliances entre forces politiques qu’il faut raisonner, mais en termes d’alliances entre classes sociales.

Le PS, s’il veut gagner, doit donc se démarquer clairement de toute alliance avec le « centre ». S’il veut se « refonder » ou se « rénover », ce n’est pas par une alliance avec le centre – c’est une vieille politique datant de la IVe République -, mais en reprenant la lutte pour la réduction des inégalités.

Les « nonistes » du PS (amis de Laurent Fabius, Henri Emmanuelli, Jean-Luc Mélanchon) sont placés dans une situation difficile. Une alliance du PS avec le « centre » les obligerait à quitter le parti. Ils ne le quittent pas encore, car ils estiment, à juste titre, que la bataille interne n’est pas terminée et que rien n’est joué.

Mais pour que les « nonistes » du PS quittent leur parti, il faudra qu’une structure d’accueil cohérente puisse les accueillir. Ou plus exactement, qu’ils puissent immédiatement, à partir d’une structure déjà existante, participer à la création d’une nouvelle force politique authentiquement à gauche.

Pour y parvenir, beaucoup va dépendre du PCF et de ses militants.