L’avenir incertain du PCF


Résumé

Après les élections présidentielles de 2007, la situation la plus difficile est celle du PCF, qui conserve pourtant des dizaines de milliers d’adhérents et des positions électorales loin d’être négligeables, mais reposant sur une poignée de maires exceptionnels. C’est l’effondrement du vote communiste chez les ouvriers. L’implosion du système soviétique a joué un rôle considérable dans l’effondrement des partis communistes, partout dans le monde, et la désaffection de leur électorat. Que signifie, dès lors, l’existence d’un parti communiste dont l’objectif n’est plus le socialisme et encore moins le communisme ?

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L’AVENIR INCERTAIN DU PCF

Le vote ouvrier à la présidentielle de 2002 avait été le suivant : Hue (PCF - 5,5 %) ; Extrême gauche (12 %) ; Jospin/Taubira/Chevènement (23,5 %) ; Le Pen/Megret (29 %). Au premier tour de la présidentielle 2007 il était le suivant : Le Pen (26%) ; Royal (24 %) ; Besancenot (7 %) ; de Villiers (5 %) ; Buffet (1 %).

Le vote utile a pénalisé la candidate du PCF car les transferts de voix par rapport à 2002 se sont effectué pour l’essentiel au profit du PS, avec 18 % des électeurs de Robert Hue qui n’ont pas voulu courir le risque d’un nouveau 21 avril. En quatrième position dans l’électorat de gauche (5 %), Marie-George Buffet conserve les deux tiers des voix du candidat communiste de 2002. Elle capte néanmoins 12 % des électeurs de Laguiller qui avaient sanctionné la gauche en 2002.

L’implosion du système soviétique a joué un rôle considérable dans l’effondrement des partis communistes, partout dans le monde, et la désaffection de leur électorat. Les partis communistes, en effet, luttaient pour la construction du socialisme, conçu comme une phase de transition vers le communisme. Nul, depuis déjà bien longtemps, n’entend plus parler de socialisme ou de communisme, ces expressions ne figurant même plus dans les textes de congrès du PCF.

Cette perspective s’est effacée. Que signifie, dès lors, l’existence d’un parti communiste dont l’objectif n’est plus le socialisme et encore moins le communisme ? Pour réanimer cette perspective, deux solutions s’offrent au PCF. D’une part, il faudrait que ce parti entreprenne un immense effort de réhabilitation de l’Union soviétique. La tâche parait impossible, et elle n’a pas été tentée. L’autre ligne stratégique que pourrait défendre le PCF serait d’essayer de convaincre que l’Union soviétique n’était pas socialiste et que le socialisme proposé par le PCF serait d’une toute autre nature. Cette stratégie a été tentée dans les années 70, mais vite abandonnée après la rupture de l’union de la gauche en 1977-1978, le 23e congrès du PCF, en 1979, reconnaissant le bilan « globalement positif » des pays socialistes.

Depuis, le PCF s’est positionné comme un parti d’appui aux luttes sociales, mettant notamment à disposition les moyens de ses élus. Ce soutien a toujours été très utile, en particulier pour l’aide logistique considérable accordée par les collectivités locales à direction communiste à l’organisation des Forums sociaux ou le rôle de caisse de résonnance joué par le journal L’Humanité. Mais cette stratégie a fait ressembler le PCF à un super syndicat plutôt qu’à une force politique ambitieuse et porteuse d’avenir. Cette aide aux associations et aux syndicats, en tout cas, n’a pas été payée de retour en termes électoraux.

Le PCF demeure lié aux accords électoraux passés avec le PS. Les refuser provoquerait la disparition de son groupe parlementaire, de tous les conseils généraux qu’il dirige encore (Allier et Val de Marne après la défection de la Seine-Saint-Denis), et la perte d’un grand nombre de cantons et de municipalités. Or, sans groupe parlementaire et exclu de la gestion municipale, un parti politique se rétracte très vite.

Rejetant le PS, des alliances entre le PCF et les forces antilibérales sont-elles alors possibles ? L’alliance semble impossible avec Lutte ouvrière (LO) et le Parti des travailleurs (PT), ces formations politiques la refusant au motif que le PCF est toujours allié au PS et qu’il s’agit pour elles de construire un « parti révolutionnaire », notamment sur les décombres du PCF. En outre, le PCF n’a jamais été demandeur et les cultures radicalement différentes de ces traditions politiques rendent très difficile une hypothétique alliance.

La situation est un peu différente avec la LCR. Des rencontres ont eu lieu à l’échelle nationale avec le PCF, tandis que des accords électoraux ont été conclus dans certains départements et certaines villes. Au-delà de ces aspects conjoncturels, on ne voit pas très bien de quoi serait porteuse une alliance entre le PCF et la LCR. Toute alliance politique est même interdite pour la période qui vient. Le PCF est trop divisé pour accepter une telle alliance avec la LCR, hormis pour des raisons électorales ponctuelles à l’échelle locale. Quant à la LCR, occupée à changer de nom pour changer de taille, sa stratégie est celle du cavalier seul et non de l’alliance.

Le PCF est très divisé, provoquant depuis plusieurs années sa paralysie politique. Quatre tendances, au moins, le traversent. Une première tendance, qualifiée d’ « orthodoxe », souhaite conserver le nom et revenir à une politique mieux marquée par la tradition communiste. Une seconde tendance, autour de la direction en place en 2007 (Marie-George Buffet), tente de maintenir l’équilibre et de concilier l’inconciliable. Une troisième tendance, autour de l’ancien secrétaire général, Robert Hue, serait favorable à l’intégration du PCF rénové dans une force politique plus vaste. Enfin, la quatrième tendance est celle des « communistes unitaires » qui a soutenu la candidature de José Bové aux élections présidentielles de 2007.

Il faut être sourd et aveugle pour ne pas comprendre que le mot « communisme » - quoiqu’on pense du mot et quoiqu’on pense de la chose – est définitivement disqualifié. Pour la masse des jeunes, à l’échelle planétaire, le communisme est désormais assimilé au nazisme, tous deux considérés comme des totalitarismes. C’est le résultat des crimes commis par les dirigeants de l’Union soviétique. Ajoutons que le spectacle donné aujourd’hui par la Chine communiste, qui réinvente le capitalisme du XIXe siècle, n’est pas de nature à clarifier l’identité du communisme.

Les idées communistes et le mot lui-même ne mourront jamais. Ils survivront. Des partis communistes se maintiendront encore longtemps en vie. Mais ils seront minuscules, coupés de la population, sans positions électives significatives, inaptes à la moindre innovation politique, à la traine des autres forces politiques.

La composante orthodoxe du PCF n’est pas de cet avis et a adopté une posture romantico-nostalgique, comme dans quelques autres rares pays. Elle considère qu’il faut conserver le mot « communiste » dans l’intitulé du parti et que ce dernier ne doit pas s’engager dans la construction d’une force politique plus vaste, dans laquelle, pourtant, la sensibilité communiste serait reconnue. Cette tendance a peut-être raison. On ne peut jurer de rien, et il lui reste à démontrer que le courant communiste peut à nouveau influencer une partie non négligeable de la population française.

Quant aux autres tendances du PCF, il faudra bien qu’elles se décident à prendre des initiatives et à mener un travail intellectuel pour exposer leurs idées, sauf à continuer leur lente agonie commencée il y a trente ans. La solution la plus prometteuse serait l’engagement du PCF et de ses militants au sein d’une grande force politique de la gauche de gauche, chaque composante conservant son identité et son indépendance.