La déclaration de Cocoyoc sur l’environnement est un texte fondateur pour le M’PEP
mercredi 20 novembre 2013
Auteur : par Texte du Parti de l’émancipation du peuple (ex. M’PEP)

La Déclaration de Cocoyoc du 23 octobre 1974 est l’aboutissement des travaux d’un colloque organisé par les Nations Unies dans la ville éponyme du Mexique, réunissant des experts internationaux pour débattre de « l’utilisation des ressources, de l’environnement et des stratégies de développement ». Elle est la déclaration la plus radicale sur l’environnement. Sitôt publiée, elle fut rejetée en totalité et unilatéralement par les Etats-Unis. Censurée par les Nations Unies, ignorée des écologistes, il s’agit d’un texte important de l’histoire de l’écologie politique qui anticipe le débat sur la démondialisation.

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 LA DECLARATION DE COCOYOC SUR L’ENVIRONNEMENT EST UN TEXTE FONDATEUR POUR LE M’PEP

Par le Mouvement politique d’émancipation populaire (M’PEP).

Le 20 novembre 2013.

Résumé

La Déclaration de Cocoyoc du 23 octobre 1974 est l’aboutissement des travaux d’un colloque organisé par les Nations Unies dans la ville éponyme du Mexique, réunissant des experts internationaux pour débattre de « l’utilisation des ressources, de l’environnement et des stratégies de développement ». Elle est la déclaration la plus radicale sur l’environnement. Sitôt publiée, elle fut rejetée en totalité et unilatéralement par les Etats-Unis. Censurée par les Nations Unies, ignorée des écologistes, il s’agit d’un texte important de l’histoire de l’écologie politique qui anticipe le débat sur la démondialisation.

La souveraineté nationale est au cœur de cette déclaration : les Etats doivent garder la pleine maîtrise de leurs ressources naturelles, assurer leur autonomie dans le processus de leur développement et de coopérer pour gérer les ressources naturelles et répondre aux problèmes environnementaux.

La Déclaration de Cocoyoc peut être considérée pour la protection et la gestion de l’environnement comme un texte aussi fondamental que l’est la Charte de La Havane pour le commerce international. La Déclaration de Cocoyoc est le seul texte international sur l’environnement à vouloir rompre avec l’ordre économique mondial établi.

 COMMENTAIRES DU M’PEP

 1.- Historique

La Déclaration de Cocoyoc du 23 octobre 1974 est la déclaration la plus radicale sur l’environnement issue des Nations Unies. Sitôt publiée, elle fut rejetée en totalité et unilatéralement par les Etats-Unis, sous la forme d’un long telex de près de 1 m de long signé par le Secrétaire d’Etat de l’époque, Henry Kissinger. Censurée par les Nations Unies (le site Internet
n’y consacre qu’un seul extrait), ignorée des écologistes, il s’agit pourtant d’un texte important de l’histoire de l’écologie politique qui anticipe la réflexion sur la démondialisation.

C’est à Aurélien Bernier qu’il revient le mérite d’avoir sorti la Déclaration de Cocoyoc des archives oubliées de l’ONU dans un article du Monde Diplomatique (décembre 2011) « A la Conférence de Cocoyoc, le Sud liait écologie et égalité » et dans son ouvrage publié en 2012 « Comment la mondialisation a tué l’écologie ».

Pour situer la nature de cette déclaration, il faut la replacer dans le contexte de la première Conférence internationale sur l’environnement qui s’est tenue à Stockholm en 1972. Le texte préparatoire à la Conférence postule que « la pauvreté est la pire des pollutions ». Pour défendre le droit à l’industrialisation des pays pauvres et lutter ainsi contre la pauvreté, le rapport préconise le libre-échange comme la bonne stratégie à mettre en œuvre. La Conférence de Stockholm entérine cette position et adopte la doctrine du GATT, notamment en ce qui concerne la relation entre le commerce international et l’environnement : on ne peut invoquer la protection de l’environnement comme prétexte à des politiques discriminatoires vis-à-vis du marché. La pratique environnementale doit s’adapter à la réalité de l’ordre économique néolibéral qui est en train de se mettre en place.

Plusieurs pays du Sud n’acceptent pas cette position et réclament l’instauration d’un nouvel ordre économique international. C’est dans cette perspective qu’un colloque de l’ONU, organisé par le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) et la Commission des Nations Unies pour le Commerce et le Développement (CNUCED), réunit dans la ville de Cocoyoc (Mexique) des experts internationaux pour débattre « de l’utilisation des ressources, de l’environnement et des stratégies de développement ». Les rapporteurs sont Barbara Ward pour les questions de ressources naturelles et Johan Galtung pour les questions de développement. Barbara Ward est une économiste britannique, imprégnée de valeurs chrétiennes et très impliquée dans la défense des pays du Sud. Johan Galtrung est un chercheur norvégien, diplômé en mathématiques et en sociologie, dont les prises de position sont plus radicales, il ne croit pas aux vertus d’une économie de marché sans une forte régulation des Etats. Le Président du Mexique, Luis Echevarria, participe aux travaux du groupe, on retrouve également parmi les participants l’économiste franco-égyptien Samir Amin.

Plusieurs éléments essentiels éclairent la prise de conscience des membres du colloque et vont orienter leurs travaux :

  • la reconnaissance d’une double menace, celle qui pèse sur la satisfaction des besoins humains fondamentaux (les « limites intérieures ») et celle qui pèse sur l’intégrité physique et biologique de la planète (les « limites extérieures ») ;
  • la nécessité de concilier à la fois les besoins humains fondamentaux, la bonne utilisation des ressources naturelles et la protection de l’environnement ;
  • les solutions à rechercher ne peuvent se limiter aux seules solutions technologiques ;
  • la recherche d’un nouvel ordre économique et social doit permettre de répondre aux enjeux du développement tout en préservant le patrimoine de la planète.

 2.- Constat de la situation du moment

La Déclaration de Cocoyoc débute sur un constat de la situation du moment. Il est souligné :

  • l’échec depuis la Charte des Nations Unies de créer une vie meilleure pour l’humanité toute entière, c’est-à-dire de satisfaire les besoins humains fondamentaux ;
  • l’apparition de nouvelles préoccupations liées à la dégradation de l’environnement et la pression constante sur les ressources naturelles ;
  • une évolution démographique croissante.

L’échec n’est pas lié à un manque de ressources, mais relève plutôt d’iniquités économiques et sociales et d’un mauvais usage des ressources naturelles. L’oligarchie économique est mise en cause, conséquences historiques de cinq siècles de colonialisme.

La première partie du texte fait apparaître le lien entre développement humain, démographie, ressources naturelles et dégradation de l’environnement, l’illusion de la soi-disant autorégulation des problèmes soulevés par les mécanismes du marché, le besoins de réformer l’ordre économique actuel, face aux enjeux du développement et de protection de l’environnement.

Le constat apporté se singularise par rapport aux recommandations de la Conférence de Stockholm qui prône le développement du libre-échange, position qui ne sera plus modifiée par la suite aux autres Sommets de la Terre, à Rio (1992) avec le concept du développement durable et à Rio +20 (2012) avec celui de l’économie verte.

 3. Développement

Il est rappelé que le développement est au service des hommes et vise à satisfaire leurs besoins fondamentaux (nourriture, sécurité, logement, habillement, éducation, santé). Tout autre processus de croissance travestit l’idée de développement et relève de l’exploitation. L’idée d’une croissance d’abord et d’une répartition des bénéfices ensuite est une illusion. Le développement englobe également la liberté d’expression, la culture, le droit de travailler ce qui signifie non seulement le droit d’avoir un travail, mais de ne pas être aliéné par des procédés qui utilisent l’homme comme seulement un outil.

Il est souligné que la stratégie visant au développement n’est pas unique, elle doit prendre en considération la singularité des pays, leur histoire, leur culture. Il y a par conséquent le rejet d’une pensée unique basée sur le seul modèle historique des pays riches. La satisfaction des besoins fondamentaux introduit des planchers (manger pour vivre) et des plafonds (trop manger, consommation matérielle excessive). La surconsommation viole les « limites intérieures » de l’homme et les « limites extérieures » de la nature. Ceci conduit à l’appel à une modération dans le comportement des pays prospères, ce qui explique le refus unilatéral des Etats-Unis (« le mode vie américain n’est pas négociable »).

La stratégie de base pour le développement, dans le respect de la diversité, passe par l’amélioration de l’autonomie nationale. Ceci n’est pas synonyme d’autarcie. L’autonomie implique des bénéfices mutuels issus du commerce, de la coopération et d’une plus juste redistribution des ressources. L’autonomie signifie une coopération internationale et non une concurrence entre les peuples et les nations.

La Déclaration de Cocoyoc se situe à l’opposé de la pensée idéologique adoptée par l’OMC, le FMI, la Banque mondiale et l’Union européenne en matière de développement.

 4.- Propositions d’action

Les propositions avancées visent à satisfaire les besoins fondamentaux des plus pauvres, à assurer la conservation des ressources et la protection de l’environnement. On peut en extraire les plus significatives :

  • la gestion des ressources et de l’environnement doit s’envisager à un niveau global, mais en partant d’un principe de base qui est la souveraineté nationale sur les ressources naturelles ;
  • la mise en place de régimes internationaux pour l’exploitation des biens communs ;
  • l’accès aux biens communs par la mise en place d’une taxation au bénéfice des pays les plus pauvres. La mise en œuvre d’un système de taxation internationale permet des transferts de ressources pour l’aide au développement ;
  • l’éducation à l’environnement doit trouver sa place dans un projet éducatif au lieu de culpabiliser l’individu (« chacun a le droit de comprendre pleinement la nature du système dont il fait partie comme producteur, consommateur, et surtout comme l’un des milliards d’habitants de la planète.... » ;
  • une science et une technologie orientées vers l’intérêt général (ex. agro-écologie, politiques de santé) et en évitant la dégradation de l’environnement (ex. politique des brevets).

 5.- Conclusion

La Déclaration de Cocoyoc, écrite il y a près de 40 ans, constitue un cadre général liant développement, ressources naturelles et environnement. La faiblesse du texte réside dans le fait qu’il n’a pu être adopté par les gouvernements au sein de l’enceinte des Nations Unies, du fait du veto immédiat des Etats-Unis. S’il ne précise pas les menaces technologiques qui pèsent aujourd’hui sur l’environnement (nucléaire, nouvelles technologies, géo-ingénierie), le texte conserve toutefois une singulière actualité par rapport, d’une part à l’hyperconsommation imposée par un productivisme mondialisé, source de pillage des ressources naturelles et de destructions sociales, d’autre part sur la vision qu’il apporte sur l’accès et la gestion des biens communs qui contraste radicalement avec le concept d’économie verte, traduction concrète d’une volonté d’une financiarisation de la nature et de son contrôle économique.

La Déclaration de Cocoyoc insiste par ailleurs sur quatre exigences :

  • la souveraineté nationale, les Etats doivent récupérer la pleine maîtrise de leurs ressources naturelles ; une nation doit pouvoir être autonome dans son processus de développement ;
  • la souveraineté populaire qui est l’expression de la souveraineté nationale exercée dans un cadre démocratique, dans l’intérêt des peuples et don d’une classe dirigeante ;
  • la rupture avec l’ordre économique mondial, c’est-à-dire (même si ces mots ne figurent pas explicitement dans la déclaration) la sortie du capitalisme et du libre-échange ;
  • l’internationalisme, c’est à dire la coopération entre les Etats ayant retrouvé leur souveraineté, notamment pour gérer ensemble les ressources naturelles et répondre aux problèmes environnementaux.

Le M’PEP considère la Déclaration de Cocoyoc comme un texte fondateur pour la protection et la gestion de l’environnement, aussi fondamental que l’est la Charte de La Havane pour le commerce international, aussi le M’PEP le range-t-il parmi ses textes de référence. La Déclaration de Cocoyoc est le seul texte international sur l’environnement à vouloir rompre avec l’ordre économique mondial établi.


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Forum de l'article  -1 Message

  • "L’internationalisme, c’est à dire la coopération entre les Etats ayant retrouvé leur souveraineté, notamment pour gérer ensemble les ressources naturelles et répondre aux problèmes environnementaux ... "

    Ou Communauté Internationale en charge de nos destins -commun-s

    « Monsieur le Président, vous qui avez une si haute idée de la mission de notre pays et de l’éthique qui l’inspire, ne tardez pas. Incitez la communauté internationale, responsable de nos destins communs, à trancher ce nœud gordien. Donnez enfin aux Israéliens et aux Palestiniens les conditions d’une vie pacifique à laquelle ils aspirent pour aujourd’hui et pour demain. » Le Monde - Lettre ouverte d’ambassadeurs français - 1er mars 2010

    Cela est écrit en 2010, et pas il y a 40 ans ... Et pour demain, c’est ça le développement ?

    Comment redescendre sur terre et s’émanciper des chartes écrites par des idéo-sociologues politiciens regardant la pauvreté comme un fléau à éradiquer ou encore comme la pire des pollutions ?

    repondre message

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