Le Congrès du parti de gauche reste dans le flou.
mardi 7 mai 2013
Auteur : par webmaster

Le Parti de gauche a tenu son congrès à Bordeaux du 22 au 24 mars 2013. Pour le préparer, le Conseil national de ce parti, les 15 et 16 décembre 2012, a adopté une « plateforme de synthèse » intitulée « Osons ! ». Rappelons que le PG, contrairement au PCF, ne se situe pas dans la « majorité politique » avec le Parti socialiste. Ce ne sont pas les bonnes idées et les analyses pertinentes qui manquent dans ce texte. C’est le cas du jugement porté sur les partis socio-démocrates, dont le Parti socialiste. La recherche d’une « stratégie de prise du pouvoir  » à laquelle le PG réfléchit est exactement ce qu’il convient de faire du point de vue du M’PEP. La lutte contre l’austérité est clairement annoncée par le PG. La préoccupation environnementale est omniprésente, le PG se réclamant désormais de « l’écosocialisme ».

C’est sur le reste des sujets que les choses se gâtent. Dans plusieurs domaines les positions du Parti de gauche demeurent trop floues pour permettre de comprendre vraiment où veut aller ce parti. Une « VIe République », la « révolution citoyenne », l’ « écosocialisme », l’accès au gouvernement sont des ambitions séduisantes. Mais quel est le contenu de ces formules ? Pour le moment, sur des sujets cruciaux, le PG évite le débat. Il n’ose pas supprimer le chômage, sortir de l’euro et de l’Union européenne, pilier de l’ordre néolibéral. Comme dans son texte de congrès il affirme qu’ « il ne faut pas craindre les controverses démocratiques », le M’PEP, ci-dessous, relève le gant !

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 LE CONGRES DU PARTI DE GAUCHE RESTE DANS LE FLOU

Par le Mouvement politique d’émancipation populaire (M’PEP).

Le 7 mai 2013.

Résumé

Le Parti de gauche a tenu son congrès à Bordeaux du 22 au 24 mars 2013. Pour le préparer, le Conseil national de ce parti, les 15 et 16 décembre 2012, a adopté une « plateforme de synthèse » intitulée « Osons ! ». Rappelons que le PG, contrairement au PCF, ne se situe pas dans la « majorité politique » avec le Parti socialiste. Ce ne sont pas les bonnes idées et les analyses pertinentes qui manquent dans ce texte. C’est le cas du jugement porté sur les partis socio-démocrates, dont le Parti socialiste. La recherche d’une « stratégie de prise du pouvoir  » à laquelle le PG réfléchit est exactement ce qu’il convient de faire du point de vue du M’PEP. La lutte contre l’austérité est clairement annoncée par le PG. La préoccupation environnementale est omniprésente, le PG se réclamant désormais de « l’écosocialisme ».

C’est sur le reste des sujets que les choses se gâtent. Dans plusieurs domaines les positions du Parti de gauche demeurent trop floues pour permettre de comprendre vraiment où veut aller ce parti. Une « VIe République », la « révolution citoyenne », l’ « écosocialisme », l’accès au gouvernement sont des ambitions séduisantes. Mais quel est le contenu de ces formules ? Pour le moment, sur des sujets cruciaux, le PG évite le débat. Il n’ose pas supprimer le chômage, sortir de l’euro et de l’Union européenne, pilier de l’ordre néolibéral. Comme dans son texte de congrès il affirme qu’ « il ne faut pas craindre les controverses démocratiques », le M’PEP, ci-dessous, relève le gant !

 Texte complet

Le Parti de gauche a tenu son congrès à Bordeaux du 22 au 24 mars 2013. Pour le préparer, le Conseil national de ce parti, les 15 et 16 décembre 2012, a adopté une « plateforme de synthèse » intitulée « Osons ! » :

http://www.m-pep.org/spip.php?article3308

Ce ne sont pas les bonnes idées et les analyses pertinentes qui manquent dans ce texte.

C’est le cas, en premier lieu, du jugement porté sur les partis socio-démocrates qui est particulièrement sévère puisqu’ils sont accusés – à juste raison – de devancer les exigences néolibérales « avec enthousiasme ». Concernant le Parti socialiste – dont une partie des dirigeants du PG est issue – le PG considère qu’il faut renoncer au rôle « d’aiguillon » que la « gauche de gauche » a longtemps joué et que le PCF pratique encore. Cette évolution doctrinale est très intéressante si elle va jusqu’au bout, c’est-à-dire si elle conduit à renoncer à considérer, comme le fait encore le PG, que le PS est à gauche. La volonté qu’exprime le PG, et que ne partage pas la direction du PCF, que le Front de gauche se fixe l’objectif de passer devant le Parti socialiste, est déterminante. Ne pas adopter cette perspective reviendrait à accepter la posture de satellite éternel du PS. Deux occasions se présentent pour tester cette volonté : les élections municipales et européennes de 2014. Le PG prône une ligne « d’autonomie lors de ces deux scrutins », en voulant participer à un rassemblement des forces « opposées à l’austérité ». C’est-à-dire – on peut l’imaginer – opposées à l’UMP et au PS.

En second lieu, la recherche d’une « stratégie de prise du pouvoir  » à laquelle le PG réfléchit est exactement ce qu’il convient de faire du point de vue du M’PEP. On peut certes discuter de ce qui est proposé par le PG, mais l’objectif est essentiel. Il tranche nettement avec une partie de l’extrême gauche et du mouvement altermondialiste qui refuse, par principe, toute prise du pouvoir pour se limiter à la posture triste et inefficace des contre-pouvoirs.

La lutte contre l’austérité est clairement annoncée par le PG. C’est une position courageuse car certains des alliés du PG au sein du Front de gauche se réclament encore de la majorité gouvernementale. Sur ce plan le PG est très net à propos de François Hollande : « nous ne sommes pas dans sa majorité ».

La préoccupation environnementale, enfin, est omniprésente, le PG se réclamant désormais de « l’écosocialisme », la formule « socialisme du XXIe siècle », qui était jusqu’à présent la perspective du PG, ayant disparu du texte. Rien n’est dit sur les raisons de cette substitution.

C’est sur le reste des sujets que les choses se gâtent. Dans plusieurs domaines les positions du Parti de gauche demeurent trop floues pour permettre de comprendre vraiment où veut aller ce parti. Une « VIe République », la « révolution citoyenne », l’ « écosocialisme », l’accès au gouvernement sont des ambitions séduisantes. Mais quel est le contenu de ces formules ? C’est une chose très positive que d’affirmer une stratégie de prise du pouvoir. Mais le texte du PG fait apparaître une séparation entre la stratégie et le but, ce dernier n’étant pas clairement exprimé. Prendre le pouvoir, certes, mais pour faire quoi ? C’est certainement la conscience de cette lacune qui a conduit le PG à lancer, après son congrès, « l’élaboration d’un programme politique ». Des « conventions seront organisées et déboucheront sur un rendez-vous national et une première synthèse au deuxième semestre 2014. Une commission du programme établira notre plan de travail, dans lequel nous inscrivons dès à présent les questions de la propriété des moyens de production, de la place de la finance dans l’économie, de la planification écologique, du protectionnisme solidaire que nous voulons, de la rupture avec la Cinquième République et du dépassement de la démocratie représentative, de la reconstruction de l’État, de nos propositions pour un nouvel ordre international, de la refondation des médias ». Tout ceci est très intéressant, mais pourquoi le PG va-t-il élaborer son programme après les deux grands rendez-vous électoraux de 2014 que sont les municipales et les européennes ?

Si le texte du PG contient une condamnation très nette de la politique d’austérité menée par le gouvernement socialiste, il reste particulièrement flou sur le projet. De nombreuses formules rhétoriques tentent de masquer la faiblesse des propositions. En ce sens, le texte de congrès du PG ressemble au texte de congrès du PCF, intitulé « Il est grand temps de rallumer les étoiles », qui était boursouflé de volutes littéraires visant au même camouflage de l’insuffisance des propositions.

Pour le moment, sur des sujets cruciaux, le PG évite le débat. Il n’ose pas supprimer le chômage, sortir de l’euro et de l’Union européenne, pilier de l’ordre néolibéral. Comme dans son texte de congrès il affirme qu’ « il ne faut pas craindre les controverses démocratiques », le M’PEP, ci-dessous, relève le gant !

 I.- LES SILENCES DU PG SUR L’EMPLOI, LA QUESTION SOCIALE, LES SERVICES PUBLICS, LA DOMINATION DES MARCHES FINANCIERS ET LE SYSTÈME DE PROPRIÉTÉ DANS LA SOCIETE

Sur toutes ces questions le texte de congrès du PG est muet.

 A.- Le plein-emploi n’apparaît pas comme un objectif du PG

Qui veut vraiment comprendre ce que propose un parti politique commence par chercher ce qu’il préconise pour mettre fin au chômage et à la précarité. Car le chômage et la précarité sont la principale cause de souffrance sociale. Ils provoquent une dynamique destructrice de la société et des personnes et restent placés, depuis trente ans, en tête des préoccupations populaires. En stérilisant une immense force de travail, le chômage empêche la création de richesses qui permettraient de répondre aux besoins de tous et interdit aux chômeurs d’être utiles aux autres. Comprendre ce qu’un parti politique envisage de faire contre le chômage et la précarité est une sorte d’épreuve de vérité sur ses intentions et ses ambitions.

En la matière, le Parti de gauche semble ne rien vouloir, précisément au moment où le chômage bat des records historiques en France et dans la zone euro. Il n’annonce aucune intention pour mettre un terme à ce monstrueux scandale du système capitaliste qu’est le chômage désormais entretenu depuis plus de trente ans par les différents gouvernements. A quoi bon voter pour le PG et le Front de gauche si rien ne change s’ils parvenaient au pouvoir, pour les millions de chômeurs et précaires et leurs familles ? D’autant que, de surcroît, la suppression du chômage est, sur le plan strictement politique et électoral, la question essentielle. Le processus d’éradication du chômage créera en effet un rapport de force favorable au monde du travail. C’est la manière la plus efficace d’affaiblir le capitalisme, de recréer un monde du travail unifié, fier et confiant. Sans la suppression du chômage et de la précarité, toutes les autres ambitions affichées par tel ou tel parti ne seront que de l’eau versée sur du sable.

Dans le texte préparatoire à son congrès, le PG n’a pas écrit une seule fois le mot « emploi », ni « plein-emploi ». Pour lui, ce ne sont pas des sujets à évoquer. Il aurait pu, par exemple, comme pour les problèmes relatifs à la propriété des moyens de production, botter en touche en signalant que des réunions, conventions, etc., allaient se tenir dans les mois qui viennent pour traiter le problème. Mais il n’y a rien.

Le mot « chômage » apparaît une fois, pour dénoncer le scandale, certes, mais pas pour indiquer vigoureusement que la ligne du PG était de le supprimer purement et simplement. Ou, plus modestement, de s’y attaquer sérieusement. Le mot « chômeurs » apparaît deux fois. Non pour affirmer avec force que cette situation inacceptable devait cesser, mais pour uniquement dénoncer la situation qui leur était faite.

Aucun parti politique ne peut être crédible et avoir le moindre avenir s’il ne commence pas par le début : expliquer comment il envisage de supprimer le chômage et la précarité. C’est au nom de la suppression du chômage et de la précarité que tout le reste doit être fait.

 B.- Rien sur la question sociale

L’expression « Sécurité sociale » n’apparait qu’une fois dans le texte de congrès du PG. Ainsi on ne saura pas ce que veut le PG en matière d’assurance-maladie, d’assurance-vieillesse, d’allocations familiales, de dépendance… Bien sûr, un texte de stratégie politique n’est pas un programme. Il semble cependant nécessaire de préciser, dans ses grandes lignes, à quoi sert la stratégie politique. Cela évite de donner l’impression qu’elle ne vise que le pouvoir pour le pouvoir.

 C.- Les services publics sont absents

Les services publics sont évoqués trois fois dans le texte du PG. Malheureusement, c’est pour simplement dénoncer – à juste-titre – leur affaiblissement par les gouvernements successifs et non pour proposer leur redressement. On ne sait donc pas, dans leurs grandes lignes, ce que sont les intentions du PG en matière de transports collectifs publics, de production et de distribution d’eau, de gaz et d’électricité, de Poste et de téléphone, d’hôpitaux publics…

 D.- La domination des marchés financiers n’est pas évoquée

L’expression « marchés financiers » n’est pas évoquée. Cette carence est particulièrement regrettable car les marchés financiers ont aujourd’hui étendu leur domination à l’ensemble de la société. Dire, en quelques mots, ce que l’on veut en faire est essentiel.

 E.- Le système de propriété dans la société est abordé, mais il n’y a pas de conclusion

Le PG parle dans son document de congrès de « transformation des rapports de propriété ». Il évoque les luttes sociales et note que s’y exprime « le débat sur la nationalisation de la sidérurgie et les projets de coopératives ouvrières comme chez Fralib ou à Seafrance. Cette renaissance du combat pour le contrôle ouvrier doit être prise au sérieux et encouragée car elle élargit la conscience que des formes de propriété non capitaliste sont possibles, et réintroduit dans le débat la question de la socialisation des moyens de production, qu’il s’agisse de nationalisations sous le contrôle des salariés ou de projets de coopératives ». Toutefois le PG ne prend pas vraiment position. Il pourrait dire, par exemple, qu’il préconise la nationalisation de la sidérurgie, de la marine marchande…

 II.- LE PG PERSISTE A CROIRE QU’IL EST POSSIBLE DE TRANSFORMER L’UNION EUROPÉENNE DE L’INTERIEUR

Le PG, dans son texte de congrès, a des mots très durs pour l’Union européenne. Il insiste cependant sur le caractère supposément nouveau des nuisances de l’Union européenne. Les mesures qu’il préconise sont confuses, inefficaces et parfois même dangereuses. Quant à son programme européen, il est faible et illusoire.

 A.- Pour le PG, la nocivité de l’Union européenne serait nouvelle

Toute l’argumentation du PG, en apparence très musclée dans le verbe contre l’Union européenne, est systématiquement pondérée par des adjectifs qui en amenuisent le caractère intrinsèquement nocif. L’idée qui se dégage est d’accréditer la thèse que sa nocivité ne serait que récente. Ainsi :

  • Dans le texte initial rédigé par le Bureau national du PG il était écrit : « la construction européenne a pris un caractère ouvertement anti-démocratique ». Non ! Pourquoi ajouter « a pris », comme s’il s’agissait d’une évolution récente ? Le caractère antidémocratique de l’UE est consubstantiel à la « construction » de l’UE, il est inscrit dans ses gènes. Voilà, pour ne prendre qu’un exemple, ce que disait Pierre Mendès France dans un discours prononcé à l’Assemblée nationale le 18 janvier 1957. Il s’opposait au traité de Rome : « Le projet de marché commun tel qu’il nous est présenté est basé sur le libéralisme classique du XXème siècle selon lequel la concurrence pure et simple règle tous les problèmes. L’abdication d’une démocratie peut prendre deux formes, soit elle recourt à une dictature interne par la remise de tous les pouvoirs à un homme providentiel, soit à la délégation de ses pouvoirs à une autorité extérieure, laquelle au nom de la technique exercera en réalité la puissance politique, car au nom d’une saine économie on en vient aisément à dicter une politique monétaire, budgétaire, sociale, finalement une politique au sens le plus large du mot, nationale et internationale. » Pierre Mendès France serait-il plus à gauche que le PG ? Le congrès du PG a modifié la rédaction initiale pour donner une appréciation plus conforme à la réalité : « la construction européenne confirme son caractère ouvertement antidémocratique qui s’aggrave chaque jour  ».
  • « La construction européenne est aujourd’hui entièrement mise au service de la généralisation des politiques austéritaires ». Pourquoi utiliser le mot « aujourd’hui » ? Y a-t-il eu dans l’histoire de la « construction » européenne une seule période marquée par des politiques de progrès social, démocratique et économique ? la logique « austéritaire » était inscrite dans le traité de Maastricht, dès 1992. Les fameux « critères de convergence » (limitation absurde à 3% du PIB du déficit budgétaire et à 60% du PIB de la dette publique, obsession anti-inflationniste…) en constituaient déjà la preuve.
  • « L’Union européenne n’est pas la solution mais elle est devenue le problème ». Pourquoi ajouter « est devenue » ? L’Union européenne a toujours été le problème dans le sens où ses « pères fondateurs » et leurs rejetons ont toujours cherché à remettre en cause la souveraineté des nations, et ceci dès les lendemains de la Seconde Guerre mondiale. Or jusqu’à présent, c’est au sein des nations que la démocratie a pu s’exercer.
  • « L’Union européenne est maintenant totalement soumise à une logique de confiscation de la souveraineté économique et budgétaire des peuples par des institutions illégitimes et non-élues, au premier rang desquels la Commission européenne et la Banque centrale européenne ». Pourquoi ajouter « maintenant » ? Certes, c’est vrai, l’accélération des tendances à la tyrannie de l’Union européenne est un fait incontestable. Mais la limitation du pouvoir des États en matière budgétaire en constitue le dernier exemple. La Commission européenne existe depuis les origines du système européen et la BCE qui annihile la souveraineté monétaire des nations a vu le jour il y a déjà plus de vingt ans après le référendum sur le traité de Maastricht en 1992.
  • « L’Europe austéritaire est incapable de résoudre la ‘‘crise de l’euro’’ ». Évidemment, puisque c’est « l’Europe austéritaire » qui l’a provoquée !

On sent néanmoins que le PG est en train d’amorcer un virage. Il cherche manifestement à tenir compte de la pression populaire qui monte contre le système de Bruxelles. Il reste malheureusement au milieu du gué et ne montre aucun signe qu’il veut parvenir à l’autre rive, celle du retour à la souveraineté nationale. C’est pourquoi il tente de fabriquer une position en deux temps : premier temps l’Union européenne était une bonne idée (même s’il ne dit pas les choses comme cela mais les sous-entend) ; deuxième temps aujourd’hui cette bonne idée a été dévoyée. Peu importe, après tout, si notre désaccord avec le PG porte sur l’essence de l’Union européenne. Ce qui compte le plus pour nous est l’action, ensemble, contre le système.

 B.- Les mesures européennes préconisées par le PG sont confuses, inefficaces et parfois même dangereuses

Le PG l’affirme : « un gouvernement du Front de gauche refuserait d’appliquer l’euro tel qu’il est ». Pourquoi utiliser le conditionnel et pas le futur ? Pourquoi ne pas dire « refusera » ? Cette formulation permet de conditionner ce qu’envisage le PG à l’obtention de quelque chose… qui n’est pas dit ! En tout cas ce « refus » n’est pas certain puisqu’il est conditionné. De toute manière cette déclaration n’a que peu de sens. L’euro, en effet, en tant que monnaie unique, repose sur une politique et des institutions monétaires (la BCE) définies dans le traité de Lisbonne. Le triptyque monnaie (l’euro) / politique monétaire (appliquant la théorie monétariste à la sauce allemande) / institutions monétaires (la BCE) a été conçu, par construction, pour organiser un ordre monétaire néolibéral répondant exclusivement aux besoins et aux intérêts des marchés financiers et des propriétaires du capital. C’est cela l’Union européenne, et c’est cet ensemble qu’il faut abattre.

Néanmoins, on pourrait se réjouir d’observer, enfin, une évolution critique du PG sur l’euro. Rappelons que pendant la campagne de l’élection présidentielle de 2012, Jean-Luc Mélenchon répétait inlassablement, malheureusement : « l’euro est à nous ». L’évolution est donc très nette et témoigne de la difficulté, sous la pression populaire, de tenir une position pro-européenne trop ouverte. On aurait aimé, cependant, que le texte du PG réponde à la question « pourquoi » ? Pourquoi envisage-t-il maintenant de refuser « d’appliquer l’euro tel qu’il est » ? Quels sont les faits et les arguments qui l’ont conduit à cette conclusion ? En absence de réponse, le doute demeure.

Le refus « d’appliquer l’euro tel qu’il est » - disons plus simplement le refus de l’euro - se justifie, à nos yeux, pour les raisons suivantes :

  • La zone euro n’était pas optimale au moment de sa création, elle l’est encore moins aujourd’hui, les déséquilibres s’aggravent entre pays. Une zone monétaire « optimale » signifie que plusieurs conditions de réussite sont réunies : accord politique entre les pays sur la politique macroéconomique à suivre, proximité des structures économiques des pays concernés, budget central qui permet des transferts financiers entre pays, mobilité des facteurs de production… Ces déséquilibres et divergences aggravés, ne suscitant aucune réaction efficace des oligarques européens, provoquent l’austérité, la montée de l’extrême droite et des tensions politiques croissantes entre pays.
  • L’euro est une arme de destruction massive contre l’emploi. Le cumul de l’interdiction de la limitation des mouvements de capitaux, du principe général de concurrence libre et non faussée et du libre-échange accélère les destructions d’emploi notamment par délocalisations. L’impossibilité de dévaluer maintient les déficits de balances commerciales et empêche le retour à l’équilibre. L’objectif de la politique monétaire étant la lutte contre l’inflation et non le plein-emploi, le système fonctionne pour protéger le rendement des capitaux en maintenant de façon permanente et volontaire un taux élevé de chômage. Ajoutons que la stratégie des dirigeants allemands, de déflation salariale et de délocalisation de la production dans les pays de l’Est, afin de gagner en compétitivité, écrase les autres pays en enfonçant leurs balances commerciales. L’euro « fort », contrôlé par la classe dirigeante allemande, interdit le progrès des exportations hors de la zone euro.
  • L’euro est un piège pour les salaires. La pression permanente exercée sur le coût du travail par le principe de concurrence libre et non faussée et le libre-échange, couplée à l’obsession anti-inflationniste des traités européens, empêche le progrès du niveau de vie et du pouvoir d’achat.
  • Les soubassements théoriques de la création de l’euro sont exposés dans l’article 120, ex-article 98 TCE : « Les États membres et l’Union agissent dans le respect du principe d’une économie de marché ouverte où la concurrence est libre, favorisant une allocation efficace des ressources... » On retrouve dans ces termes la théorie de l’ « efficience des marchés financiers » qui constitue en effet la justification théorique de la mise en œuvre de l’euro et de la politique monétaire appliquée par la Banque centrale européenne, en conformité avec les traités qui contiennent ses statuts. Selon cette théorie, rien n’est plus urgent que de développer les marchés financiers et de les faire fonctionner sans « entraves », c’est-à-dire avec le minimum de réglementation. La raison ? Ils seraient (contrairement à l’État) le seul mécanisme d’ « allocation » efficace du capital. Autrement dit, ils seraient capables de distinguer les « bons » projets à financer (ceux qui rapportent le plus) en évitant à coup sûr les gaspillages de ressources financières. Toutes les politiques menées par l’Union européenne reposent sur cette croyance. C’est pourquoi la « libéralisation » des marchés de capitaux a été organisée en Europe afin de construire un marché financier mondialement intégré. Les élites europiomanes persistent à croire – ou font semblant de croire -, malgré les crises à répétition, que les marchés financiers sont toujours le seul mécanisme efficace d’allocation du capital. Inutile d’aller chercher ailleurs une réponse simple à la cause de leur aveuglement ou de leur duplicité : pour elles, les marchés financiers ont la primauté absolue sur toutes les autres politiques, notamment sociales. Tel est leur crédo. Les traités, en interdisant aux banques centrales de prêter directement aux États les ont livrés, en toute connaissance de cause, aux marchés financiers. Du coup la zone euro attire la spéculation, l’euro étant devenu la variable d’ajustement du système monétaire international : c’est la monnaie dont on se débarrasse en fonction de la conjoncture. Conséquence : une volatilité accrue de l’euro qui perturbe les agents économiques.

C’est une liste de cette sorte que nous aurions aimé lire dans le texte du PG. Il y aurait eu un contenu placé derrière l’étrange formule qu’il utilise : « un gouvernement du Front de gauche refuserait d’appliquer l’euro tel qu’il est  ».

Si le PG ne répond pas à la question « pourquoi ? » il ne veut pas « appliquer l’euro tel qu’il est », il répond en revanche à la question « comment ? ». Et il fait trois propositions :

  • « si le ministre français du budget suspendait les paiements de la France, le budget européen serait en cessation de paiement et une partie des fonctionnaires européens ne seraient plus payés » ;
  • « si le gouverneur de la Banque de France remettait en cause les règles de fonctionnement de la BCE, le système européen des banques centrales se gripperait » ;
  • « si le ministre de l’économie retirait la garantie de la France au Mécanisme Européen de Stabilité, celui-ci s’effondrerait ».

Reprenons point par point.

1.- L’arrêt du paiement de la contribution de la France au budget européen que préconise le PG provoquerait une crise européenne sans intérêt et même dangereuse

En 2011, la contribution de la France au budget de l’Union européenne était de 19 milliards d’euros, soit 17% du budget de l’UE (la France est le deuxième contributeur, derrière l’Allemagne). En retour, la France reçoit des financements européens, 13 milliards d’euros, qui se répartissent ainsi : agriculture (PAC) pour 9,9 milliards d’euros ; « cohésion » pour 1,5 milliard ; « compétitivité pour la croissance et l’emploi » pour 1,3 milliard. La France est contributeur net pour près de 6 milliards d’euros.

a.- La décision de suspendre le versement de la contribution de la France au budget de l’UE devrait relever du Parlement et non du ministre du Budget

Refuser de verser la contribution de la France au budget européen, comme le propose le PG, serait une décision politique majeure. Pour lui donner les meilleures chances de succès, ce ne sont pas les logiques institutionnelles et les discussions entre ministres de l’Union européenne qui auront du poids. Ce sont les dynamiques populaires. Les citoyens français devront soutenir activement la mesure proposée pour qu’elle ait une chance de succès. Le meilleur moyen est d’en faire un débat politique national, et non une simple modalité technique gérée par un ministre. C’est pourquoi il faudrait un vote du Parlement et non une simple décision de ministre.

b.- Contrairement à ce qu’imagine le PG, le budget européen ne serait pas mis en « cessation de paiement »

La France contribue pour 19 milliards d’euros et reçoit 13 milliards d’euros : elle est contributrice net pour 6 milliards d’euros. Si la France suspendait le versement de sa contribution, il manquerait 6 milliards d’euros au budget de l’Union européenne sur un budget total de 283,7 milliards d’euros en 2013 composé de 150,9 milliards d’euros en crédits d’engagements (c’est-à-dire pour le paiement des factures à venir pour les projets de longue durée financés par l’UE) et de 132,8 milliards d’euros en crédits de paiement (pour honorer les engagements antérieurs). Soit un manque à gagner d’un peu plus de… 2% ! Ce n’est pas avec un manque à gagner aussi modeste que le budget de l’UE serait « en cessation de paiement » comme l’affirme le texte de congrès du PG. Il serait simplement en déficit. Rappelons cependant que le budget de l’UE doit être obligatoirement équilibré en recettes et en dépenses (article 268). Le budget pourra être équilibré par une annulation de crédits de 6 milliards d’euros, ou par une augmentation de la contribution des autres pays membres pour la même somme. L’article 269 prévoit en effet que « le budget est, sans préjudice des autres recettes, intégralement financé par des ressources propres. Le Conseil, statuant conformément à une procédure législative spéciale, à l’unanimité et après consultation du Parlement européen, adopte une décision fixant les dispositions applicables au système des ressources propres de l’Union. Il est possible, dans ce cadre, d’établir de nouvelles catégories de ressources propres ou d’abroger une catégorie existante. Cette décision n’entre en vigueur qu’après son approbation par les États membres, conformément à leurs règles constitutionnelles respectives. »

Si le PG espère faire plier les autres pays avec la menace que la France ne verse plus sa contribution, il se trompe. La défaite d’une telle stratégie est déjà annoncée.

c.- La menace exercée par le PG sur les fonctionnaires européens se trompe de cible

Pourquoi prendre les fonctionnaires européens en otage et menacer de ne plus les payer ? Et pourquoi seule « une partie » de ceux-ci subirait ce sort ? Laquelle ? Pourquoi pas tous les fonctionnaires européens ? Cette proposition du PG est contreproductive. Certes, parmi les fonctionnaires de l’Union européenne – comme parmi les fonctionnaires français – il existe une haute hiérarchie dont l’imbrication avec les grands médias, les milieux d’affaires et les partis européistes est connue. Mais ce n’est pas le cas de la plupart des fonctionnaires de l’UE. Ils ne sont pas responsables du système mis en place, ce sont les chefs d’États et de gouvernements. Ne les utilisons pas comme des boucs-émissaires ! Avec les propositions du PG, la France deviendrait très vite impopulaire parmi les citoyens des autres pays membres de l’UE.

d.- La suspension du versement de la contribution de la France au budget européen que demande le PG n’est associée à aucune demande concrète

Le PG veut « suspendre » le versement de la contribution de la France au budget de l’UE. En échange de quoi ? Que demande-t-il pour que la France reprenne le versement de sa contribution et sa place dans le système ? Le PG ne le dit pas. Il se contente d’une formule générale abstraite : « un gouvernement de gauche refuserait d’appliquer l’euro tel qu’il est ». C’est insuffisant pour mobiliser les citoyens français, pour faire comprendre la position de la France aux peuples de l’Union européenne, et pour engager des négociations sur des bases aussi floues.

e.- L’idée de « suspendre » le versement de la contribution de la France est déjà un aveu de faiblesse qui annonce la défaite

Le PG ne dit pas qu’il veut mettre un terme au versement de la contribution de la France au budget de l’UE, il dit qu’il veut simplement la « suspendre ». Cette formulation a deux conséquences politiques. D’une part, le message envoyé aux citoyens français est le suivant : « nous voulons rester dans l’UE mais nous voulons la faire changer, c’est pourquoi nous suspendons le versement de la contribution de la France à son budget en espérant revenir très vite dans le système ». Un tel message serait dévastateur car il indiquerait clairement que le PG (le Front de gauche) ne veut pas s’attaquer réellement au système qui provoque la crise (ce dont un nombre croissant de citoyens se rendent compte). Un nouveau boulevard serait ouvert au Front national. D’autre part, la seconde conséquence politique est le message envoyé aux dirigeants de l’UE. L’idée de « suspendre » les versements sera interprétée comme un aveu de faiblesse. Ces dirigeants seront conduits à adopter une ligne dure en ne cédant pas aux demandes françaises (si ces demandes sont formulées clairement, à plus forte raison si elles ne le sont pas !). Comme la menace est faible (6 milliards d’euros de manque à gagner pour le budget de l’UE, soit un peu plus de 2% de son budget), l’UE ne bougera pas, laissant la France s’empêtrer dans ses contradictions.

f.- Les conséquences juridiques de la suspension du versement de la contribution française sont ignorées par le PG

Si la France suspend le versement de sa contribution, la Cour de justice sera saisie dans le cadre de plusieurs recours directs destinés à garantir ou sanctionner le respect du droit communautaire par les États membres ou la Commission. Les recours en manquement visent à sanctionner la violation par un État membre d’une obligation communautaire qui lui incombe en vertu des traités et du droit dérivé. Le traité de Lisbonne permet à la Cour, si la Commission le demande, d’infliger à un État des sanctions pécuniaires dès le stade du premier arrêt en manquement. Le gouvernement français sera empêtré dans une série de considérations juridiques qui feront porter le débat sur ces problèmes dérisoires. Cette véritable diversion obscurcira la seule perspective intéressante : sortir de l’Union européenne et de l’euro.

g.- Un chantage qui diviserait les peuples européens

Une telle action menée par la France serait nécessairement mal vécue par les autres peuples qui verraient à juste titre une forme de chantage. Au lieu de rassembler les peuples européens, cette initiative les diviserait. Chaque pays serait alors fondé à procéder de la même manière : menacer de ne plus verser sa contribution si l’Union européenne ne satisfait pas telle ou telle revendication. Ces revendications, d’ailleurs, pouvant être contradictoires entre elles.

h.- La France doit respecter la souveraineté des autres nations membres de l’Union européenne

Cette proposition du PG de « suspendre » le versement de la contribution de la France au budget de l’Union européenne résume bien l’insuffisance de la réflexion de ce parti – et du Front de gauche – sur la question européenne. Sa ligne politique (et celle du Front de gauche) est de faire changer l’Union européenne de l’intérieur. Pour y parvenir, il y a deux méthodes : celle des coups de force et celle de la révision des traités européens. Dans les deux cas il existe un préalable : identifier les adversaires et les alliés objectifs. L’adversaire notamment de la France est l’Allemagne. Ce pays est quasiment le seul à profiter de la zone euro car sa politique d’accumulation d’excédents commerciaux a mis la plupart des autres pays en déficit extérieur. Aucune solution ne pourra être trouvée à la crise de la zone euro sans remise en cause des excédents commerciaux allemands. Cette stratégie allemande est couplée à une conception très restrictive de la politique monétaire qui est également une des explications de la crise de l’euro. Les alliés objectifs de la France sont en particulier tous les pays du sud de l’Europe.

Le PG ne propose pas d’alliance aux pays victimes de l’euro. Après tout, il aurait très bien pu adopter une position consistant à dire que la suspension des versements de la contribution au budget de l’UE serait le fait, outre la France, du Portugal, de l’Espagne, de la Grèce. L’Italie et Chypre sont jusqu’à présent des contributeurs nets. Sur le papier, cela aurait donné davantage de poids à la démarche. Problème : tous ces pays sont des bénéficiaires nets, seule la France est contributeur net. Autrement dit, la suspension du versement de leur contribution n’est pas une arme pour ces pays. Car s’ils ne versaient plus, l’UE, en représailles, pourrait aussi cesser ses versements. La France gagnerait 6 milliards d’euros, mais les autres pays perdraient (sur la base du budget 2009) : Grèce (3,2 milliards d’euros), Portugal (2,2 milliards), Espagne (1,4 milliard).

Le PG, faisant preuve de réalisme politique, a compris qu’il n’y avait aucun front commun possible avec ces pays qui, pourtant, objectivement, devraient être des alliés potentiels de la France. C’est pourquoi il envisage un coup de force unilatéral. La réhabilitation de l’action unilatérale de la France est excellente. Tout dépend, cependant, du but de cette action. En la matière, il est difficile d’avoir une appréciation car le PG ne dit pas ce qu’il veut en dehors de la formule bizarre « un gouvernement du Front de gauche refuserait d’appliquer l’euro tel qu’il est ». Que demande le PG ? Un régime spécial de l’euro appliqué à la France, ou une modification générale de « l’application » de l’euro pour tous les pays membres de la zone ? Si le PG veut un régime spécial de l’euro pour la France, il doit le dire et détailler sa proposition pour permettre le débat. Si le PG veut un nouveau régime de l’euro pour tous les pays de la zone, les choses se compliquent. Chacun sait que les conceptions de politique monétaire, incluant le statut et le rôle de la BCE, sont différentes selon les pays. De quel droit la France organiserait-elle un coup de force pour imposer ses vues à des pays qui ont d’autres conceptions, même si nous ne les partageons pas ? On retombe alors sur une autre réalité politique, que le PG semble avoir identifiée sans le dire : il n’est pas possible de réviser les traités européens, à court et moyen termes, pour obtenir une politique monétaire « accommodante ». C’est sans doute ce qui conduit le PG à proposer ce coup de force.

Au total, en suivant la première proposition du PG, la France s’engagerait dans une démarche qui provoquerait la division et la confusion, qui serait inefficace et qui ne porterait aucun projet émancipateur à l’échelle de l’Union européenne.

2.- La « remise en cause » des règles de fonctionnement de la BCE proposée par le PG est illusoire

La deuxième proposition du PG, qui consiste à ce que le gouverneur de la Banque de France « remette en cause les règles de fonctionnement de la BCE  » est de la même eau que la précédente.

a.- Si une telle décision devait être prise, elle devrait l’être par le Parlement et non par le gouverneur de la Banque de France

La Banque de France est actuellement « indépendante » selon les traités européens signés par la France. Cela signifie que le gouvernement ne peut pas, selon ces traités, donner de consignes au gouverneur. Pour qu’un gouverneur de la Banque de France fasse ce que le PG préconise, il existe deux solutions : une initiative individuelle du gouverneur, ou son limogeage et son remplacement par un gouverneur acquis à une politique monétaire de rupture avec la BCE.

Dans le premier cas, une telle éventualité a peu de chances de se produire. Les gouverneurs des banques centrales du SEBC (Système européen de banques centrales), en effet, sont soigneusement choisis sur des critères idéologiques et leur allégeance au monétarisme. Il est fort peu probable qu’un tel personnage change radicalement de profil. En outre, ce serait une étrange politique, pour un gouvernement prétendant « refuser d’appliquer l’euro tel qu’il est », de s’en remettre au bon ou mauvais vouloir du gouverneur de la Banque de France. Car si ce dernier refuse d’obéir aux injonctions qui lui sont adressées par le gouvernement, que se passe-t-il ? Le pouvoir exécutif renonce, face aux refus du gouverneur ? C’est peu crédible, et un tel gouvernement serait la risée de tous, en France, en Europe et ailleurs.

La deuxième solution est la meilleure : limoger le gouverneur actuel et le remplacer par un gouverneur favorable à la politique du gouvernement. Néanmoins, il faut être conscient des obstacles juridiques qui se dressent sur cette voie, ceux venant des traités européens et ceux relatifs au statut de la Banque de France.

L’article 101 du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne stipule : « Il est interdit à la Banque centrale européenne et aux banques centrales des États membres, ci-après dénommées ‘banques centrales nationales‘, d’accorder des découverts ou tout autre type de crédit aux institutions, organes ou organismes de la Communauté, aux administrations centrales, aux autorités régionales ou locales, aux autres autorités publiques, aux autres organismes ou entreprises publics des États membres ; l’acquisition directe, auprès d’eux, par la Banque centrale européenne ou les banques centrales nationales, des instruments de leur dette est également interdite. » L’article 108, de son côté, précise que « Dans l’exercice des pouvoirs et dans l’accomplissement des missions et des devoirs qui leur ont été conférés par les traités et les statuts du SEBC et de la BCE, ni la BCE, ni une banque centrale nationale, ni un membre quelconque de leurs organes de décision ne peuvent solliciter ni accepter des instructions des institutions, organes ou organismes de l’Union, des gouvernements des États membres ou de tout autre organisme. Les institutions, organes ou organismes de l’Union ainsi que les gouvernements des États membres s’engagent à respecter ce principe et à ne pas chercher à influencer les membres des organes de décision de la Banque centrale européenne ou des banques centrales nationales dans l’accomplissement de leurs missions. »

Les statuts de la Banque de France (Section 4, « Le gouverneur et les sous-gouverneurs », Art. L. 142-8.), stipulent que « Le gouverneur et les deux sous-gouverneurs sont nommés par décret en Conseil des ministres pour une durée de six ans renouvelable une fois. » Ils ajoutent : « Il ne peut être mis fin, avant terme, à leurs fonctions que s’ils deviennent incapables d’exercer celles-ci ou commettent une faute grave, par révocation sur demande motivée du conseil général statuant à la majorité des membres autres que l’intéressé. »

Par ailleurs la Section 2 traite du Conseil général (Art. L. 142-2.) et stipule que « Le Conseil général administre la Banque de France. » Le Conseil général de la Banque de France comprend (Art. L. 142-3.) : « le gouverneur et les deux sous-gouverneurs de la Banque de France ; deux membres nommés par le président de l’Assemblée nationale et deux membres nommés par le président du Sénat ; deux membres nommés en conseil des ministres, sur proposition du ministre chargé de l’économie ; un représentant élu des salariés de la Banque de France ; le vice-président de l’Autorité de contrôle prudentiel. » Il est précisé que « Le mandat des membres du conseil général est de six ans ». Le renouvellement des membres du Conseil « s’opère par moitié tous les trois ans. Lors de chaque renouvellement triennal, un membre est nommé par le président de l’Assemblée nationale et un membre est nommé par le président du Sénat. » Pour terminer, « Un censeur, ou son suppléant, nommé par le ministre chargé de l’économie, assiste aux séances du Conseil général. Il peut soumettre des propositions de décision à la délibération du Conseil. Les décisions adoptées par le Conseil général sont définitives, à moins que le censeur ou son suppléant n’y ait fait opposition. »

On le voit, la complexité juridique est telle qu’un gouvernement mettant en œuvre ce que propose le PG s’embourberait rapidement et lasserait l’opinion publique.

Pour que la Banque de France remette quoi que ce soit en cause vis-à-vis de la BCE, il faudrait une loi qui abroge le statut d’indépendance de la Banque de France et qui redonne à la France sa souveraineté monétaire. C’est parfaitement possible si une majorité parlementaire est trouvée. Ce serait le meilleur moyen pour « remettre en cause les règles de fonctionnement de la BCE ». Toutefois, chacun doit comprendre les conséquences d’une telle décision. Le Conseil constitutionnel, saisi par tout ce qui compte d’européistes, annulera cette loi, à coup sûr. Elle serait en effet incompatible avec le titre XV de la Constitution (« De l’Union européenne ») et notamment l’article 88-1 (« La République participe à l’Union européenne constituée d’États qui ont choisi librement d’exercer en commun certaines de leurs compétences en vertu du traité sur l’Union européenne et du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne, tels qu’ils résultent du traité signé à Lisbonne le 13 décembre 2007 »). Un gouvernement qui aurait suivi la proposition du PG se retrouverait alors le bec dans l’eau. Hormis la honte et le ridicule qui frapperaient le gouvernement, les conséquences politiques seraient désastreuses. L’impression que le système de l’Union européenne est inébranlable serait renforcée. Si le PG ne veut pas aboutir à ce résultat, il doit s’y prendre autrement.

b.- La « remise en cause des règles de fonctionnement de la BCE » ne veut rien dire

Le flou de la proposition du PG n’est pas acceptable pour un parti qui aspire à gouverner. Que signifie « remettre en cause les règles de fonctionnement de la BCE » ? Pourquoi le PG ne dit-il pas clairement ce qu’il attend, précisément, de l’action du gouverneur de la Banque de France ? Et quelles sont ces « règles » qu’il faudrait remettre en cause ?

c.- Une attitude arrogante vis-à-vis des autres pays

En procédant comme le préconise le PG, la France ferait preuve d’arrogance, et au lieu de rassembler les peuples européens dans une perspective émancipatrice universaliste, elle se les mettrait à dos. Car de quel droit la France, seule, pourrait s’arroger le privilège de « remettre en cause les règles de fonctionnement de la BCE » ? On sait que l’Allemagne en particulier a des conceptions monétaires obsessionnelles issues de son histoire. D’autres pays – toutes forces politiques confondues ou presque – ont des conceptions monétaristes. La solution ne passe pas par le coup de force proposé par le PG car ces règles de la BCE sont fixées par le traité de Lisbonne, et pour changer ces règles il faut modifier le traité de Lisbonne. Autant dire mission impossible à court et moyen termes !

Cette prétendue « remise en cause des règles de fonctionnement de la BCE » n’est qu’un artifice rhétorique. Vide de contenu, cette formule ne fait qu’embrouiller des choses pourtant simples. La question n’est pas de changer les règles de la BCE car ce n’est pas possible à court et moyen termes, elle est de récupérer la souveraineté monétaire de la France (et de chaque pays) en s’émancipant. Le problème est que le PG n’envisage pas que la France retrouve sa souveraineté monétaire.

3.- La troisième proposition du PG consistant à « retirer la garantie de la France » au Mécanisme européen de stabilité (MES) est tout aussi inconsistante que les deux précédentes

Le Mécanisme européen de stabilité (MES) est le dernier dispositif de gestion des crises financières mis en place au sein de la zone euro. Initialement prévue pour juillet 2012, son entrée en vigueur a finalement eu lieu le 8 octobre 2012, après sa ratification par tous les États membres de la zone euro. Il remplacera, après une période de transition, le Fonds européen de stabilité financière (FESF) et le Mécanisme européen de stabilité financière (MESF), élaborés en réponse à la crise de la dette publique en Europe et qui prennent fin le 1er juillet 2013. Ces deux dispositifs temporaires avaient été mis en place en urgence en 2010 pour venir en aide aux banques grecques, irlandaises, portugaises. Parce que pour ce qui est d’ « aider » ces pays, on repassera… La création d’un mécanisme permanent a été décidée dans l’optique de « rassurer » durablement les marchés.

Un paragraphe a été ajouté au Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne, stipulant que les « États membres dont la monnaie est l’euro sont autorisés à instituer un mécanisme de stabilité qui sera activé si cela est indispensable pour préserver la stabilité de la zone euro dans son ensemble. L’octroi, au titre du mécanisme, de toute assistance financière nécessaire, est subordonné à une stricte conditionnalité » dans le pays qui en fait la demande.

Le MES disposera d’une capacité de prêt de 500 milliards d’euros, auxquels ajouter les 200 milliards d’euros du FESF qui prendra fin le 1er juillet 2013 et les 100 milliards d’euros du MESF. Cette somme sera versée d’ici 2014 par chacun des dix-sept pays membres de la zone euro, au prorata de leur participation au capital de la Banque centrale européenne. La participation de l’Allemagne s’élèvera ainsi à 27,15% des contributions (190 milliards d’euros). La France participera quant à elle à hauteur de 20,39% (142 milliards) et l’Italie de 17,91% (125 milliards). Ces 142 milliards d’euros ne sont pas à verser, par la France, au MES. Ils représentent une garantie qui peut être appelée en cas d’impossibilité, pour un autre pays de la zone euro, d’emprunter sur les marchés. Si aucun pays ne se trouve dans ce cas (ce qui est assez peu probable), la garantie ne jouera pas. Le cas le plus probable est que d’autres pays, en plus de la Grèce, de l’Irlande, du Portugal et de Chypre, ne puissent plus emprunter sur les marchés tellement les taux d’intérêt auront augmenté. Ils devront donc faire appel au MES. Avec la proposition du PG les 142 milliards de la France lui manqueront alors cruellement. Mais l’UE, comme elle l’a fait jusqu’à présent, trouvera d’autres solutions pour résoudre (temporairement) le problème, y compris l’accélération de l’austérité pour les peuples de l’Union européenne.

Le retrait de la garantie de la France au MES compliquera la vie des oligarques bruxellois, mais ne représentera en rien une pression.

 C.- Le programme du PG sur les questions européennes est faible et illusoire

Le lecteur du texte de congrès du PG est heurté par l’énorme contradiction qui existe entre une proclamation enflammée du type « un gouvernement du Front de gauche refuserait d’appliquer l’euro tel qu’il est », et la crainte que ce parti manifeste du « risque d’un éclatement de l’euro ». Le PG parle abondamment dans son texte de « souveraineté populaire », mais jamais de souveraineté nationale. Pourquoi ? La souveraineté populaire est-elle possible in abstracto, en suspension dans l’atmosphère, sans que le peuple se constitue en corps collectif dans un territoire particulier sur lequel exercer sa souveraineté et qui a pour nom la nation ?

1.- Le PG est prisonnier de l’illusion que l’ « Europe » ne peut pas fonctionner sans la France

Le PG croit que « l’Europe ne peut pas fonctionner sans la France  ». Pour poser correctement le problème, encore faudrait-il utiliser les termes adéquats. En l’espèce, le PG a utilisé le mot « Europe » à la place de l’expression « Union européenne ». Ce n’est pas du tout la même chose. L’Europe est un continent qui compte 49 pays, c’est une réalité géographique au même titre que les continents africain ou américain. La France fait partie du continent européen, et il est probable que cet état de fait risque de durer encore quelques siècles. Affirmer que « l’Europe ne peut pas fonctionner sans la France » n’a donc strictement aucune signification. En réalité le PG voulait parler de l’Union européenne, système politique rassemblant 27 pays. La vraie question est donc : l’Union européenne peut-elle fonctionner sans la France ? La réponse est oui. Faut-il rappeler, ici, que la « construction » européenne n’est que la construction du néolibéralisme à l’européenne ? Que l’UE n’est qu’un système de domination et d’aliénation des nations ? Que ce système a été mis en place pour servir les intérêts exclusifs des classes dirigeantes en contournant les processus démocratiques nationaux ?

Que la France soit ou non dans l’UE n’est pas négligeable. Surtout si la France fait des actes politiques d’émancipation invitant les autres pays à suivre le mouvement. Si la France quitte l’UE, cette dernière continuera… L’Allemagne, par exemple, a trop besoin de l’euro pour quitter le navire, même si la France n’est plus là. La menace de quitter l’UE n’en est donc pas une.

2.- La mauvaise référence du Parti de la gauche européenne (PGE)

Le texte de congrès du PG affirme que « le PG renforcera son action dans tous les cadres où il opère. Au niveau européen, il s’agit notamment du Parti de la Gauche européenne ». Rappelons que le PGE est aux partis politiques ce que la Confédération européenne des syndicats est aux syndicats : une courroie de transmission de l’Union européenne. Ainsi le traité de Maastricht a offert la possibilité aux partis des États membres de l’Union européenne de s’associer pour constituer des « partis européens » représentatifs. L’objectif poursuivi par cette décision est clairement défini dans le traité relatif à la Communauté européenne : « les partis politiques au niveau européen sont importants en tant que facteur d’intégration au sein de l’Union. Ils contribuent à la formation d’une conscience européenne et à l’expression de la volonté politique des citoyens de l’Union ». Quant au Parlement européen, qui décide de leur agrément, il précise dans son règlement que les activités d’un parti européen se doivent de « respecter, notamment dans son programme et par son action, les principes sur lesquels l’Union européenne est fondée ». Depuis 2003, les partis européens sont habilités à recevoir des fonds communautaires jusqu’à hauteur de 85% de leurs budgets. Les documents du Parlement européen de mars 2013 montrent que ce dernier a subventionné le PGE pour 947 500 euros en 2013. Signalons que cette information n’apparaît pas sur le site du PGE dont les états financiers s’arrêtent à 2007... Cette attitude du PGE consistant à encaisser les subventions en faisant allégeance au système de Bruxelles aurait pu être acceptable à une condition : qu’il publie un texte exprimant son opposition à la concurrence libre et non faussée, au libre-échange, à l’interdiction de toute entrave au mouvement des capitaux, etc. Malheureusement ce texte n’existe pas.

En juin 1998, à la veille des élections européennes, les représentants de plusieurs partis de gauche, socialistes, communistes et rouge-verts de l’Union européenne se sont rencontrés à Berlin. Le site du PGE précise que « ayant vécu une période difficile de réorientation politique suivant les bouleversements de 1989/1990, de nombreux partis de la Gauche européenne transformatrice arrivent à la conclusion qu’il est grand temps de concrétiser leur coopération, en vue de donner un profil commun à la Gauche européenne. » Différentes étapes conduiront à une réunion à Athènes, en février 2004, où ces partis annoncent vouloir organiser le Congrès fondateur les 8 et 9 mai 2004 à Rome.

Pour comprendre les positions du PGE, un seul texte figure dans la rubrique « Documents  » de son site Internet, intitulé le « Manifeste du Parti de la Gauche Européenne  » datant de 2004. Certes, une profession de foi anticapitaliste introduit ce document puisqu’il s’agit, pour le PGE, de résister à « l’imposition d’un capitalisme “voie unique” qui constitue une tentative de piéger l’humanité dans une nouvelle régression sociale et culturelle. » Le crédo européiste reprend néanmoins très vite le dessus et on comprend que le PGE s’inscrit parfaitement dans le système de Bruxelles :

  • « L’Union européenne […] est un nouvel appui pour une politique de transformation ».
  • « Nous voulons construire un projet pour une autre Europe et donner un autre contenu à l’UE ».
  • « Nous voulons agir pour que les institutions élues, le Parlement européen et les Parlements nationaux, ainsi que les comités représentatifs (Comité économique et social et Comité des régions) aient plus de pouvoir d’action et de contrôle ».
  • « Nous nous efforcerons sans cesse d’élargir l’action, la participation et le contrôle des citoyens à tous les niveaux et à toutes les étapes de la construction de l’Europe ».

Avec de telles références, le PG n’ira pas bien loin. Le PG devrait se désolidariser du PGE pour construire sur le plan européen une alliance avec les partis progressistes qui combattent réellement l’Union européenne.

3.- Une « désobéissance européenne » sans contenu

Depuis quelque temps le PG utilise cette expression « inventée » par le M’PEP après l’avoir moquée. Dans son texte de congrès il affirme : « avec le Front de gauche, nous avons déjà réuni les forces qui, opposées au TCE puis au Traité de Lisbonne, défendent notamment la désobéissance européenne, le contrôle démocratique de la BCE, la rupture avec la politique de l’euro fort et une harmonisation fiscale et sociale par le haut ».

Il ajoute que « La conjonction d’une désobéissance européenne de la France avec la mobilisation des citoyens européens victimes de ses politiques créerait une dynamique irrépressible permettant de sortir nos peuples de l’Europe austéritaire ».

Cette évolution témoigne de la pression populaire contre le système de Bruxelles et de la tentative du PG d’y répondre. Mais par de fausses solutions !

4.- Une stratégie inadaptée pour les élections européennes

Le congrès du PG s’est donné quelques premières orientations pour les élections européennes de mai 2014. Ainsi « le projet écosocialiste contre l’austérité peut devenir majoritaire à gauche lors de l’élection européenne ». Le PG (le Front de gauche) veut ainsi passer devant le PS. Mais pour quoi faire ? Le scrutin européen de 2014 « peut se transformer en un référendum européen contre les politiques austéritaires ».

Cette orientation pour les élections européennes confirme le choix du PG de rester dans le système eurolibéral. Son échec est écrit. Ce qu’il faut, et ce qu’attend une majorité de citoyens, c’est de rompre avec le système de Bruxelles. Le véritable enjeu des élections européennes serait de les détourner pour en faire un référendum pour la sortie de l’UE et de l’euro, pour la souveraineté de la France.

Ce qui est frappant, dans le texte de congrès du PG, est qu’à aucun moment la souveraineté populaire et nationale des autres pays n’est prise en compte. Si ces pays (leurs dirigeants) veulent rester dans l’Europe austéritaire, de quel droit leur imposer un autre choix ? C’est bien pour cette raison que la décision de quitter l’Union européenne et l’euro ne peut être qu’unilatérale, condition pour, ensuite, créer des coopérations avec les pays qui le souhaiteront.

 III.- UNE AVANCÉE AMBIGUË SUR LE PROTECTIONNISME

Le constat fait par le PG dans son texte de congrès est parfaitement juste : « le libre-échange obère notre souveraineté. Il organise en effet un nivellement général des normes sociales et environnementales. Comment choisir souverainement notre modèle de développement quand les productions sont délocalisées ? ». Le PG ajoute avec raison que « le libre-échange est un moteur important de la crise écologique qui menace l’humanité ».

Oui, avec le PG, le M’PEP peut affirmer que « le pays doit produire à nouveau ici ce dont nous avons tous besoin : du textile à l’électronique, en passant par l’électroménager, sans oublier la chimie, la métallurgie et la transformation des matériaux (plasturgie, ameublement, etc.). Cette reconstruction d’une capacité de production nationale est impossible sans de fortes mesures de protection commerciale. Le protectionnisme solidaire est donc un puissant levier pour réorienter la production et la consommation vers les besoins humains, tout en favorisant la solidarité internationale des travailleurs ».

Cet excellent constat, hélas, n’est suivi d’aucune orientation précise ni mesures concrètes.

Ainsi, la notion de « protectionnisme solidaire » n’est pas définie. Elle n’est associée à aucun contenu ni à aucun périmètre d’application. On ne voit donc pas à quoi elle correspond. Néanmoins, l’aspect positif de cette posture tient au fait que le mot « protectionnisme », tabou de la bien-pensance politique, figure dans le texte du PG. C’est un progrès très net par rapport à il y a encore quelques mois quand les militants du M’PEP, quand ils parlaient de protectionnisme, étaient traités de « souverainistes » ou de « nationalistes » par les dirigeants du PG.

On peut également se demander si ce « protectionnisme solidaire » a vocation à s’exercer sur le plan national ou sur celui de l’Union européenne. S’il s’agit de la seconde solution, ce « protectionnisme solidaire » ne serait alors qu’une illusion. Car aucun accord n’existe à l’échelle des Vingt-Sept pour une telle orientation. Seules des mesures protectionnistes prises unilatéralement à l’échelle nationale sont crédibles et efficaces. La majeure partie du commerce des pays de l’UE (dans le cadre intouchable des traités européens imposant le libre-échange), est intra-européen. Le protectionnisme indispensable, même « solidaire », devra s’effectuer avant tout vis-à-vis des pays appartenant pour l’instant à l’UE, et notamment l’Allemagne. Tant qu’on ne le dit pas en parlant de protectionnisme, on parle dans le vent…
On regrettera enfin que le texte du PG n’évoque pas la charte de La Havane de 1948. Il aurait pu donner un contenu à son concept de « protectionnisme solidaire » qui apparaît dès lors comme un simple embellissement littéraire. Il est probable que la direction du PG ne pouvait être plus claire, un virage trop net aurait déboussolé certains militants. On peut espérer que la ligne esquissée sur le protectionnisme se confirmera dans la pratique.

 IV.- LE JEU DES MONTAGNES RUSSES AVEC LE PS

Le texte de congrès du PG fait deux analyses très contestables du Parti socialiste : d’une part il prétend que son alignement néolibéral serait récent ; d’autre part il persiste à classer le PS à gauche.

 A.- Il y a plus de 30 ans que le PS n’est plus de gauche

On ne peut manquer de s’étonner, à la lecture du document de congrès du PG, de la naïveté avec laquelle le Parti socialiste est parfois traité. Ainsi le texte déplore, après l’élection de François Hollande à la présidence de la République et d’une majorité PS à l’Assemblée nationale, que « le changement n’a pas été au rendez-vous ». « Alors que s’est-il passé ? », « qu’est devenu le PS ? » s’interrogent ingénument les auteurs du texte. Ils donnent leur réponse : « la social-démocratie a changé d’orientation » puisqu’elle « organise désormais le démantèlement de l’État social » ; le PS « est passé de la social-démocratie au social-libéralisme ».

Qui peut croire que François Hollande promettait le « rendez-vous » du « changement » lors de l’élection présidentielle de 2012 ? Rien, dans son programme présidentiel, ne pouvait le laisser supposer. Au contraire, il était parfaitement clair – où aurait dû l’être - que le programme de François Hollande était celui de la continuité des politiques néolibérales, modulées par un verbiage sociétal. Rien de nouveau n’était à noter. Le Parti socialiste, depuis le « tournant de la rigueur » de 1982-1983 s’est aligné sur les politiques néolibérales. Il a confirmé cette orientation lors de l’épisode calamiteux de la « gauche plurielle » entre 1997 et 2002. Depuis trente ans, le Parti socialiste n’a pas modifié sa stratégie. Il serait temps que les forces qui se déclarent à gauche de la gauche s’en aperçoivent et en tirent toutes les conséquences. L’alignement du PS sur le néolibéralisme ne date pas de la dernière présidentielle, cela fait 30 ans que ça dure.

 B.- La notion inadaptée d’ « autre gauche »

Pour le PG, le Parti socialiste reste un parti de gauche. Ainsi écrit-il « ces dernières élections ont fait du Front de gauche la deuxième force politique à gauche ». Derrière qui ? Le PS qui est donc qualifié de gauche ! Plusieurs expressions sont habituellement utilisées pour désigner les forces qui déclarent se placer à la gauche du Parti socialiste : « gauche de gauche », « vraie gauche », « gauche radicale », « gauche anticapitaliste »... Et peut-être d’autres encore qui sont oubliées ici. Le PG, lui, a choisi « autre gauche ». Comme toutes les autres appellations, celle-ci fait du PS un parti de gauche et laisse donc supposer que la famille de gauche pourra, un jour ou l’autre, se réconcilier. Ce n’est que pure illusion. Le PS, s’il comprend encore des militants réellement de gauche au sens historique, n’a plus de programme et de pratique politique de gauche depuis trente ans. Il serait quand même temps de s’en apercevoir. D’autant que la différence entre la gauche et la droite, sur le plan programmatique et de la pratique politique, a désormais l’épaisseur d’une feuille de papier à cigarettes.

Les ambiguïtés des formulations du PG laissent entrevoir une alliance possible avec le PS. Cette illusion doit être combattue car elle entrave la recomposition politique nécessaire qui doit se faire contre le PS et l’UMP et leur allié objectif le FN.

 Conclusion

Le texte de congrès du PG est très décevant. Il survole les problèmes, demeure approximatif, cultive le flou sur les véritables intentions du parti.

L’orientation globale qu’il préconise est une impasse. Son refus obstiné de rompre avec l’ordre eurolibéral et d’organiser la lutte pour la sortie de l’UE et de l’euro le condamne – et avec lui le Front de gauche – à végéter électoralement. On l’a vu récemment dans l’Oise lors d’une élection législative partielle. Dans ces conditions il n’incarnera pas l’alternative politique qui est indispensable. D’autant que sa stratégie d’ « agir pour une Constituante et la VIe République » met les choses à l’envers. Un peuple privé de sa souveraineté ne peut lancer de processus constituant pour fonder une nouvelle République. Il faut d’abord reconquérir la souveraineté populaire et nationale pour changer de régime. Le PG n’en est pas là, il ne fait pas de la souveraineté nationale son cheval de bataille et n’en parle jamais. De fait il est englué dans le système eurolibéral.


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  • La monnaie actuelle, l’€uro, étant détenue et instrumentalisée au profit d’usurpateurs dont elle matérialise un crédit fictif à l’encontre des peuples débiteurs réduits à être leurs obligés et pire, leur serfs, il est temps de disposer d’une nouvelle monnaie, humaine, rationnelle, et outil d’égalité autant que moyen de développer une solidarité de "services" entre les individus. Les outils actuels, informatiques en particulier, rendent cette idée relativement aisée à mettre en place. Parallèle à l’€uro dans un premier temps, elle matérialiserait de son côté les échanges de services entre les citoyens, ainsi que les échanges de biens non marchands, c’est-à-dire non soumis à taxes d’état. Le principe en cas de succès pourra même convenir dans les échanges inter-entreprises, et servir les ambitions d’une économie réellement solidaire. Le principe d’égalité peut aisément, et par statut, être atteint, puisqu’il suffit que la distribution se fasse sur la base de l’égalité pure entre adhérents à cette monnaie, par une distribution à intervalle régulier de la même somme pour tous, libre aux citoyens de se répartir cette somme au gré de leurs échanges. Par statut également, on peut restreindre la somme maximale accumulable par un individu à un montant au delà duquel, l’état ou le système administrateur de la monnaie, prend tout. Ultime rempart contre les spéculateurs : par statut, cette monnaie n’est pas convertible en une autre monnaie, même si certains utilisateurs pourront bien sûr réaliser ce type d’échange ou de conversion. Non convertible car sa création et la génération de son volume réparti est régit par une règle non basée sur la raréfaction de son matériau générateur, puisqu’elle repose sur un bien immatériel : tout individu reçoit la même somme à intervalle de temps régulier, et ne peut thésauriser au delà d’un montant fixé, le même pour tous lui aussi.... Bref, s’il reste un peu de place sur les strapontins d’une réunion de réflexion, je serais heureux de développer cette idée avec des camarades.
    Bien à tous, Amicalement

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    • @ Jeffcool

      Pour avoir fait mes classes et pas mal d’amitié avec le père Holbecq (d’ailleurs passé membre du M’PEP — salut à toi AJH si tu passe), la technique monétaire ne m’effraie guère et je peux sans doute dire que vos propos sont bien fondés et plein de bon sens.

      A un gros détail près. Du moins une condition qui détermine tout : comme toute institution par excellence, une monnaie n’est pas un machin qu’on crée et qu’on gère dans son coin, sauf à faire joujou quelques mois (*), et pour aller droit au but, la dernière des choses à faire est de considérer l’idée d’une monnaie parallèle comme un moyen de court-circuiter le problème (ô combien décisif) du cadre de la décision politique en général, et en l’occurrence, donc, notamment ce point de détail qu’est l’Union européenne...

      Maintenant, il m’arrive de rêver à une monnaie, la MAGIQUE... pour Monnaie Alternative Gratuite Incitant à Quitter l’Union Européenne... (aïe, pas su’ la têt’...)

      Mais pour commencer, il faudrait qu’elle permette de maintenir ou de créer de l’emploi, et pas juste des "plus", du "hors commerce", non, du qui fabrique des produits industriels. On pourrait imaginer par exemple que des boîtes qui menacent de fermer, pour cause de compétitivité tralala, puissent, avec l’accord des salariés, réduire les salaires et compenser par 10% de monnaie magique... ou encore payer ainsi 20% de leurs taxes et impôts locaux. Cette monnaie irait payer un tas de choses, à commencer par ce qui se produit localement — l’idée est justement de soutenir l’emploi local (puis national, par extension) — et ainsi circuler dans une communauté de gens de plus en plus grande. Oui, et ensuite ? Ça durera un temps, puis les dirigeants de la boîte demanderont de passer à 20-40% pour ne pas licencier, etc. Et les actionnaires, là-dedans ? Et puis il faudra bien limiter la masse monétaire. Si les boîtes en question sont exportatrices (alors raison valable, à leur échelle, pour nous faire le coup de la compétitivité), et si elles manquent de rentrées en euros (hypothèse de départ), comment vont-elles donc acheter les brouzouffes magiques avec lesquels elles paient une partie des salaires, taxes et impôts (voire aussi fournitures) ? En euros (chers) ? Manière de voir que le problème, quand on veut soutenir l’emploi local, c’est aussi celui d’une production destinée à une consommation locale.

      (*) Je lisais encore dernièrement les CR toulousains sur leur monnaie "violette". Là comme ailleurs, la technique monétaire et surtout le bon usage de la monnaie servent mais il est clair qu’on ne fait pas de miracles. Le soufflé est redescendu rapidement au bout d’un an. Ça a touché en gros un quartier, quelques dizaines de commerçants et moins de mille personnes. Et puis les réunions interminables pour décider plus démocratiquement, plus personne ou presque n’y va. D’ailleurs c’est très loin...

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  • Le Congrès du parti de gauche reste dans le flou.

    7 mai 2013 19:06, par Michel Taupin

    Je soutiens activement le Front de Gauche tout en n’adhérant pas à un parti. Je ne veux pas être encarté, c’est mon choix. J’ai acquis la conviction que seule l’union des forces de gauche non social-démocrates ou social-libérales pourra convaincre un peuple déboussolé. Mais cette union pluraliste qui regroupe en son sein des convictions différentes se doit d’être solide pour reconstruire l’espoir. Critiquer les autres n’est pas la bonne méthode pour convaincre, elle ne sert qu’à permettre d’exister.Je ne dis pas que vous avez tort. Je dis que je ne sais pas si vous avez raison. Votre analyse est intéressante, crédible et digne d’être débattue mais pour autant doit-elle faire l’objet d’une sorte de "c’est à prendre ou à laisser" ? Les autres ne comprendraient-ils rien ?! Je pense que la variété des idées, des expériences, des convictions est une richesse qui leur permet de se frotter les unes aux autres. Mais parce que le peuple ne peut pas attendre d’être convaincu par l’une ou l’autre, la condition nécessaire et sans doute pas suffisante est qu’elles se frottent et s’expérimentent dans l’humilité, les unes AVEC les autres et non les unes CONTRE les autres. C’est à dire dans une union consistante, bigarrée et durable qui peut séduire le peuple qui souffre. Les querelles de chapelle réduisent le peuple au doute et à la démoralisation. Si le bien du peuple est le seul objectif des composantes d’une gauche anti-capitaliste, alors elles doivent d’abord s’entendre et offrir au peuple la possibilité réelle d’être enfin aux commandes du pays. Loi de Ross Ashby à méditer : "Seule la variété détruit la variété."

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  • Le Congrès du parti de gauche reste dans le flou.

    7 mai 2013 21:14, par Jack Freychet

    Au delà des déclaration grandiloquentes le PG est comme le PS un parti social démocrate mais il n’indique pas comment il pourra tenir ses promesses. Mon dernier échange avec sa représentante locale, peut être même la seule adhérente qui prétend avoir des responsabilités nationales, portait en partie sur la transition énergétique je lui ai demandé ce qu’elle entendait par là, j’attends toujours la réponse que je connais déjà car j’ai lu Melenchon, je ne m’y reconnais pas mais ça n’empêche pas d’argumenter à partir de l’état des connaissances sur le dossier.

    J’échange depuis quelques semaines avec elle et avec les rares communistes encartés locaux que je connais tous personnellement. Après quelques travaux d’approche j’ai explicité ma position dans un texte que je leur ai adressé puis publié sur mon Blog. Après semble-t-il bien des tergiversation j’ai été invité a une réunion, 4 communistes, 2 sympathisants Front de Gauche, mais sans le PG retenu par ailleurs, ou mon point de vue a été adopté à l’unanimité j’ai même un compte rendu rédigé par l’un des présents mais aucune suite concrète n’a été donnée, il semble même qu’après avoir étalé leurs divergences ils s’apprêtent à faire cause commune sur la base des orientations du Front de Gauche qui ne tient pas le M’pep en odeur de sainteté.

    Ci après le texte que je leur ai adressé et publié sur mon blog sous le titre : L’enjeu des prochaines élections municipales, des suivantes si nécessaire Donner un coup d’arrêt aux politiques d’austérité, dire un non ferme aux nouveaux semeurs d’illusions quels qu’ils soient

    A moins d’un an des prochaines municipales madame le maire de Villiers sur Orge poursuit son petit bonhomme de chemin pour aboutir à un bilan qui lui permette de sauver les apparences, d’affirmer sa présence, du moins aux yeux de ceux qui ne sont pas très au fait de la réalité locale.

    Il restera certes beaucoup à faire mais une partie de la voirie aura été rénovée sous l’égide de la communauté d’agglomération du Val d’Orge.

    Le nombre de logements sociaux tend à se normaliser, au niveau bas, à la suite de l’aménagement du plateau des Molières mais surtout grâce à la transformation de la Seigneurie en résidence sociale à la suite d’une rénovation superficielle. Il en faudra d’autres pour être en conformité avec la législation en vigueur.

    Les écoles maternelles et primaires vont être agrandies (densifiées) afin de faire face à l’accroissement de la population scolaire à la suite de l’arrivée de nouveaux habitants sur les programmes en cours d’achèvement. Sans plus, car c’était un objectif de fin de mandat qui laissera le problème entier pour les élus qui prendront la relève et ne devront pas être pris de frénésie immobilière. Notons également que le centre de l’enfance montre lui aussi ses limites, rien n’est envisagé pour l’agrandir. La question n’est même pas posée par les élus.

    Elle pourra également se targuer d’avoir mené à son terme la réalisation de l’espace Colette incluant une salle de danse et ses annexes dans un espace trop restreint conçu par l’équipe Simons qui de cet aspect ne s’en prévaudra pas mais portera ses critiques, à moins que ce soit son fondé de pouvoir, sur les erreurs de gestion qu’il lui impute à tort ou à raison et qui resteront jusqu’à l’élection de mars 2014 au centre d’un débat bien loin des besoins et des préoccupations d’une majorité de Villiéraines et de Villiérains.

    Mais il faut noter que la majorité sortante est divisée, un de ses membres aurait décidé de faire cavalier seul au premier tour. Il en restera fatalement des séquelles au second au cas où il y aurait regroupement.

    La troisième liste devrait être conduite par monsieur Simons, ou son successeur désigné, qui tenterons l’un ou l’autre de s’approprier une part du bilan. Encore de belles joutes en perspective sur des points secondaires avec éventuellement la participation de monsieur Fraysse qui lui aussi voudra tirer son épingle du jeu.

    Les uns et les autres, dont les positions ne sont pas très éloignées de celles de la majorité UMP à laquelle ils ne s’opposent qu’en de rares occasions pour s’en démarquer en prévision de élections suivantes, n’ont de chance d’obtenir un score honorable que dans l’hypothèse ou ils feraient liste commune dès le premier tour.

    Un tract récent laisse à penser que le Front de gauche pourrait être de la partie. Ses partisans, qui n’ont pas jugé bon de s’exprimer depuis 2008 sur la gestion communale, pourraient décider de sortir de leur léthargie ce qui leur permettrait de mesurer l’amplitude de leur audience réelle dans l’opinion à l’aune des proposition de leur Hérault d’armes Mélenchon qui prétend laver plus blanc que blanc, au fil de l’eau, c’est plus écolo.

    Ainsi nous irions vers des échanges du genre de ceux qui ont eu lieu, à fleurets mouchetés, au sein du conseil municipal depuis les présidentielles, chacune des parties soutenant son poulain : C’est pas lui (Sarkozy) le responsable c’est l’autre (Hollande) élargi avec l’arrivée des représentant d’un troisième Larron qui prétend demain raser gratis tout en situant comme les autres sont action dans le cadre des traités européens dont il refuse de s’affranchir tout en affirmant péremptoirement le contraire.

    Il faudra bien sur y revenir mais ce n’est pas l’objet du présent article, qui souhaite simplement attirer l’attention des Villiéraines et les Villiéraines sur le fait que Mélenchon et ses amis ne sont, comme les autres, que des semeurs d’illusions dont ils n’ont rien à attendre en l’état de leurs propositions. Une alternative à l’austérité existe mais elle est impossible à mettre en œuvre dans le cadre de l’Union Européenne dont les textes verrouillent, au plan national, toute initiative pouvant aller dans ce sens. L’Allemagne et sa cour Constitutionnelle y veillent attentivement.

    Pourtant la situation des collectivités locales est préoccupante. Cette année notre commune dépensera plus qu’elle n’aura de recette de fonctionnement, c’est écrit dans le budget approuvé par la majorité le 26 mars, qui n’a pu être équilibré que par des restrictions drastiques, jugées insuffisantes par monsieur Simons, de crédits en dépenses de fonctionnement, et par la reprises des excédents de l’année précédentes, qui vont fondre comme neige au soleil, jusqu’à disparaître avec l’aggravation de la politique d’austérité, la nécessité de faire aux charges induites par l’arrivée de nouveaux habitants, la réforme Peillon dite de des rythmes scolaires qui pour Villiers représenteraient l’équivalent de deux à trois emplois d’équivalents temps pleins sans compter les aides supplémentaires qu’il faudra accorder à la vie associative contrainte elle aussi de s’adapter.

    Il est vraisemblable qu’à la veille des municipale, début 2014, l’actuelle majorité fera l’impasse de la progression des taux d’imposition des ménages comme de celle du coût des prestations servies pour en laisser la responsabilité à l’équipe suivante. D’ici là les candidats à la relève comme les sortants en seront réduits à faire assaut de démagogie les uns marqués à l’encre indélébile pour avoir cautionné l’austérité version UMP ou le bînôme-PS-écolo, les autres par l’absence de lucidité et de courage politique de leurs donneurs d’ordres.

    Les uns ou les autres n’auront qu’une marge de manœuvres des plus réduites : Rogner encore les dépenses et augmenter les charges qui pèsent sur les ménages. L’essentiel du scrutin des municipales, c’est vrai pour les suivants, n’est donc pas là mais dans la possibilité qu’il nous offre d’une part d’exprimer notre ras le bol de politiques qui nourrissent le chômage, les exclusions, les déficits alors que l’argent coule à flot vers les paradis fiscaux, d’autre part de pousser vers la retraite tous ceux et celles qui sont responsables de cette situation, ou qu’ils se situent sur l’échiquier politique par un gigantesque coup de balai, Mélenchon compris.

    Que faire alors ?

    Même si l’abstention a pu assurer la prééminence du NON au démembrement de la République lors du référendum du 7 avril en Alsace c’est aussi une pratique courante qui laisse le champ libre à des majorités relatives de plus en plus réduites par rapport au nombre d’inscrits. Ce n’est pas la solution.

    Resterait alors à faire en sorte que l’expression du mécontentement, qui tend à devenir majoritaire s’il ne l’est pas déjà à Villiers sur Orge, et ailleurs, puisse se cristalliser sur une liste alternative porteuse de propositions « anticrise » accompagnées des conditions de leur mise en œuvre au plan national en toute indépendance de l’UE, du FMI, de la banque mondiale et de l’OMC qui nous tiennent en tutelle.

    Une liste, non pas apolitique, mais indépendante des partis politiques et de leurs accords occultes à quelque niveau que ce soit, national, département, ou plus localement au sein de l’agglomération ou les uns et les autres se tenant par la barbichette se livrent à un chantage du type : « tu me soutiens ici sinon je t’élimine ailleurs ».

    Le devenir de notre cité est d’abord l’affaire de ceux et celles qui y vivent et non pas celle d’états major politiques coupés de la réalité et aux yeux rivés sur les strapontins disponibles.

    Une liste composée de personnes, ou qu’elles se trouvent sur l’échiquier politique, avec celui qui croit au ciel comme celui qui n’y croit pas, l’essentiel étant d’être laïc, à l’exclusion de l’extrémisme de droite qui va bien au-delà du Front National, sur la base d’un programme élaboré en concertation avec la population, en réalité avec la situation locale et les contraintes extérieures, non pas pour les subir mais pour les combattre.

    Je pourrais encore m’engager en faveur d’une telle démarche, de type gaullien, mais je n’irai pas sous l’égide de partis politiques qui tout en se réclamant de la gauche gèrent à droite, détricotent à l’instar du MEDEF ce qui reste du programme du Conseil National de la Résistance, sont engagé dans une démarche colonialiste ou la cautionnent, pratiquent le double langage, ne proposent rien de concret comme le fait le Front de Gauche dont les dirigeants rejettent toute contestation de leurs vérités révélées.

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  • 1) Confédéralillusionnisme

    « un gouvernement du Front de gauche refuserait d’appliquer l’euro tel qu’il est » […] « si le ministre français du budget suspendait les paiements de la France, le budget européen serait en cessation de paiement et une partie des fonctionnaires européens ne seraient plus payés » […] « si le gouverneur de la Banque de France remettait en cause les règles de fonctionnement de la BCE, le système européen des banques centrales se gripperait » […] « si le ministre de l’économie retirait la garantie de la France au Mécanisme Européen de Stabilité, celui-ci s’effondrerait » […]

    N’en jetez plus !… C’est sûr, quand on n’est de toutes manières pas résolus à dénoncer des traités, du fait que cela signifierait mécaniquement sortir de l’UE, on en vient vite à des contorsions qui font franchement pitié…

    Mais la conclusion la plus gênante qu’on devrait tirer de ce manège, je vous la renvoie : le problème principal, ce n’est pas même le fait qu’il faille l’unanimité des 27 pour réviser un traité, c’est qu’il n’y a rien à réviser. En l’espèce, il y a qu’une monnaie unique ne peut tout bonnement pas tenir dans un système reposant sur des traités, autrement dit dans le cadre d’un système confédéral.

    L’erreur cardinale s’exprime dans l’interprétation malheureuse du "théorème de Mundell" (ou devrais-je plutôt dire, si on en juge par son propre penchant européiste, dans sa formulation malheureuse) : une zone monétaire « optimale » signifie que plusieurs conditions de réussite sont réunies : accord politique entre les pays sur la politique macroéconomique à suivre, […] budget central qui permet des transferts financiers entre pays, […]

    Tout le problème, c’est que la nature dudit "accord" est telle que lorsqu’il est établi on n’en parle même plus et même qu’il n’existe plus. Pour le dire autrement, tant que l’accord existe il est justement menacé d’être rompu. Or il ne peut s’agir ici, précisément, que d’un "accord" qui ne peut plus être remis en question par ceux qui l’ont passé. C’est exactement comme si vous aviez un match de football dans lequel les règles du jeu peuvent être changées à tout moment par le résultat d’on ne sait quel "accord" entre les joueurs : il n’y a plus de règle puisque la règle peut être changée par ceux là mêmes à qui elle s’applique, au moment où elle était censée s’appliquer. Il s’agit donc d’un accord de mariage définitif, irréversible. Un truc qu’on met chez le notaire et chez le maire et non pas un truc que monsieur et madame, ensuite, peuvent décider, eux seuls, de rompre d’un commun accord. Par définition, un accord entre pays est un traité, mais on n’aurait justement pas idée de le désigner comme tel quand les États en question se sont fédérés dans un nouvel État. On ne dit évidemment pas du Dakota du Sud et du New-Jersey, ou bien du Bade-Wurtemberg et du Brandebourg, qu’ils ont établi un accord. Justement parce que cet accord historique qui les a unis, ils n’ont absolument plus le droit d’y toucher. Cet accord ne les lie d’ailleurs même plus eux-mêmes, il lie l’ensemble des citoyens de l’État fédéral, entité sur laquelle les entités fédérées ne sauraient plus avoir aucun droit de regard… sans quoi ledit État n’en serait pas un. C’est cela qui fait tout la différence, le reste en découle inévitablement : le fait que les parties à l’accord aient ou non le droit d’y toucher. Or ce qui fait le fédéralisme, donc l’État (fédéral), c’est que les États fédérés n’ont pas, plus, aucun droit d’y toucher. C’est non seulement distinct mais même le contraire de la confédération.

    Pas plus que la Haute-Loire et la Seine-et-Marne, en tant que tels, via leurs dirigeants départementaux, n’ont leur mot à dire quand il s’agit de modifier la constitution française, ils ne sont impliqués lorsqu’il s’agit de légiférer, au plan national, sur l’ensemble des règles en matière de fiscalité, de péréquation, d’allocations ou de subvention qui font qu’au final, implicitement, les Yvelines passent leur temps à donner de l’argent à la Lozère (et qu’on s’en fout complètement, car la "dette des Yvelines" ou celle de la Lozère n’est à personne, les habitants d’un départements pouvant très bien aller travailler et payer des impôts dans un autre département).

    Par ailleurs, vous parlez d’un accord "sur la politique macroéconomique". Or non seulement c’est déjà restrictif mais en réalité il ne peut s’agir que d’un accord sur TOUT, au point que ces États qui "s’accordent", en l’occurrence, en créent un autre, d’État, "au-dessus" (accord sur tout, donc, hors quelques compétences gardées par les États qui se lient ainsi). Il y a tellement "accord" qu’il disparait ensuite et qu’il y a, oui, de vastes transferts financiers mais des transferts qui ne sont même plus décidés par ceux qui ont passé ledit accord.

    L’euro ne peut pas marcher, tout simplement parce que c’est aux dirigeants allemands, néerlandais, autrichiens — que ce soit via le Conseil, via le Conseil européen ou via le traité lui-même — de décider s’ils veulent ou non donner des compensations financières à la Grèce, à Chypre, au Portugal, etc., et combien ils "donnent". POINT BARRE.

    Imaginez d’ailleurs qu’ils donnent tant, à tel moment : non seulement ce sera toujours en dernier ressort mais ils renverront bien sûr la facture aux prolos maison. A qui on dira que c’est l’Europe, le fédéralisme, etc. Pur contresens : le fédéralisme, c’est très précisément si le parlement européen décidait lui-même que les excédents commerciaux d’un État membre seront automatiquement reversés aux États membres en déficit. Ledit parlement mériterait alors d’arborer le sobriquet mais pour la même raison lesdits "États membres" n’auraient plus même le pouvoir de lui retirer les siens, de pouvoirs, et d’ailleurs, dans ce cas, on ne devrait même plus parler d’ "États membres", lesdits états n’étant plus liés par des traités mais par un accord passé entre tous les nouveau citoyens du nouvel État fédéral européen. Bien entendu, une telle situation n’arrivera jamais, du moins pas avant de nombreuses décennies.

    Pourquoi diable n’explique-t-on jamais ça clairement aux gens ?
    Et pourquoi le M’PEP ne le fait-il jamais, tandis qu’il continue à hurler avec les loups quand il s’agit de dénoncer la soi-disant tendance de la "construction européenne" à évoluer vers le "fédéralisme" ? Ce silence et ce confusionnisme sont tellement contreproductifs que je ne peux que conclure que vous n’avez pas assimilé vous-mêmes ce point de raisonnement élémentaire.

    Il n’y a strictement rien de fédéral dans l’UE, et surtout elle ne montre pas la moindre tendance effective à l’évolution vers le fédéralisme (son taux de fédéralisme est proportionnel aux pouvoirs du machin à distraire et à assimiler qu’on nomme "parlement" européen). Prenez d’ailleurs le MES et comparez à avant, c’est-à-dire à une situation où BCE était malgré elle, pour sauver l’euro, obligée de monétiser indirectement des dettes publiques nationales en cas de crash obligataire, renvoyant implicitement et in fine pour de bon la facture à ses principaux actionnaires, à commencer par l’Allemagne : c’était déjà fédéral très virtuellement et seulement en dernier ressort… mais là, en matière d’évolution vers le fédéralisme, c’est clairement une marche-arrière : le MES est un mécanisme purement confédéral, aussi bien de par les modes de décision (entièrement sous contrôle des gouvernements nationaux) que de par les règles de contribution (absence de solidarité on ne peut plus complète). C’est d’ailleurs parce que ses avatars précédents étaient encore un peu trop de type fédéral qu’on a été jusqu’à nous pondre cet horrible truc qu’est le MES.

    De toutes manières, le fédéralisme, ça ne se décrète pas, et cela tient à la même raison centrale que j’ai exposée : dès lors que ce son les "États membres" qui signent l’accord ENTRE EUX, donc dès lors qu’il s’agit d’un traité, accord révisable par eux-mêmes, c’est un système confédéral. Système non seulement distinct du système fédéral (État) mais antagoniste avec, on devrait maintenant l’avoir bien compris.

    En tous cas les économistes Robert Alexander Mundell et Jacques Généreux ne sont pas plus constitutionnalistes qu’Albert Einstein était fleuriste… (en ce sens, disons que je souhaite une fois de plus envoyer des fleurs à l’autre Jacques, Jacques Nikonoff, pour tester ses aptitudes ou du moins son intérêt pour les affaires constitutionnelles… ) Ce qui leur permet d’appliquer parfaitement à contre-sens des théorèmes qui seraient sans doute fort valides dans un cadre adapté.

    (*) Voilà ce qu’on peut — aussi — lire sur la page Wikipedia de Mundell : "… Mundell mit en évidence la manière dont les échanges commerciaux peuvent contraindre les politiques macroéconomiques nationales. En ce sens, Mundell a été, depuis le début des années 70, un grand défenseur de l’unification monétaire européenne. Mundell est d’ailleurs surnommé un des pères de l’euro (€) ; Mundell aida à sa création avec notamment le travail qu’il effectua sur la théorie de l’optimalité de l’union monétaire en 1961."

    En attendant, il est parfaitement évident que l’euro ne peut pas tenir, et sauf pour les bâtisseurs d’empire les plus cyniques, la question ne se pose évidemment pas de savoir si le timing et autres conditions permettant de viabiliser ce machin sont compatibles avec la gestion de la crise capitaliste monumentale que nous n’en finissons déjà plus d’aborder (avec pour nous l’effet de cocotte-minute de l’euro, effet multiplicateur et surtout archi-bloquant). Les travailleurs et les peuples européens sont de plus en plus menacés de crever la gueule ouverte tandis que des affreux jojos européistes comme Méluchon et Généreux, par jeu de la politique du pire, veulent nous forcer à rester dans l’euro et dans l’UE car devoir affronter le pire, c’est justement le seul moyen de forcer les peuples européens à s’unir au point de créer un État européen... Bien entendu, ceux qui les retrouveront dans les ruines seront tentés de les pendre avec des tripes de banquiers et de la peau de zobe de commissaire UE déchu... mais nous voilà bien avancés. Alors quoi, vous autres, nom de nom, arrêtez donc de flipper devant une tendance fédéralisante qui n’est que pure illusion et expliquez donc aux gens pourquoi une monnaie unique ne peut tout bonnement pas marcher hors du cadre d’un État fédéral, c.à.d. d’un État — autant dire qu’une monnaie unique ne peut pas marcher, point.

    Plus largement, confédéralisme et souveraineté populaire, ou confédéralisme et état de droit, ou même confédéralisme et politique, confédéralisme et union, cela fait toujours deux. Le confédéralisme est une merde, ça ne marche pas, jamais. Sauf, bien sûr, pour entuber "la base". Notamment dans les confédérations syndicales. Pour ça, c’est le top, au contraire. Et pour cette même raison, comme on devrait le remarquer, dans le monde aucun État (produit d’une construction avérée tenable car historiquement durable) ne fonctionne comme ça. Même en Allemagne, en Bosnie-Herzégovine et en Russie, pays qui sont les plus mauvais exemples au sens où ils ont tous deux, chacun à leur manière, une certaine composante confédérale prononcée, non seulement cette dernière reste tout de même nettement en retrait par rapport à la composante fédérale mais il est tenu pour évident (jusqu’à nouvel ordre...) que les entités fédérées n’ont ni le droit de sécession ni celui de décréter chacune dans leur coin des redécoupages de frontières ou des redistributions entre entités fédérées, ou encore de changer eux-mêmes la constitution fédérale pour s’approprier ou se réapproprier des compétences. Sinon, dans ce registre, la palme revient aux Émirats Arabes Unis et à la Malaisie, les deux seuls États fédéraux où la composante confédérale, savoir un conseil de sultans, domine sur le papier (l’édifice tenant en partie à un cadre idéologico-religieux fort). Dans une bonne moitié des États fédéraux, il n’y a tout simplement aucune composante fédérale : le sénat fédéral soit n’est aucunement contrôlé par les représentants des États fédérés — dans la majorité des cas, il est élu au suffrage universel direct (Argentine, Australie, Brésil, États-Unis, Mexique, Nigeria, Suisse), sauf dans un cas (Canada) où c’est un pouvoir de nomination de type monarchique — soit n’existe pas (système monocaméral au Venezuela, aux Comores et en Micronésie, plus l’Irak en attendant le bon vouloir de l’envahisseur) et dans ces cas seulement, à part les exceptions citées en premier, le sénat a beaucoup de pouvoir, autant et même plus que la chambre basse. Dans les autres cas, et à part les quatre exceptions citées en premier, les assemblées des entités fédérées nomment elles-mêmes "leurs" sénateurs, mais en général le sénat, ainsi plus confédéral, a un pouvoir faible (Autriche, Inde, Pakistan, Pays-Bas, Éthiopie). Restent quelques cas rares comme celui de la Belgique, dans lesquels il convient de remarquer que si la tendance confédérale s’exprime voire tend à dominer, cela ne tient justement pas à la disposition des institutions nationales, au mode de composition du sénat fédéral ou aux mécanismes de décision législatifs, mais au fait qu’on tend à reconnaître aux entités groupées du pays la possibilité voire aussi la volonté de se séparer.

    **

    Vous écrivez : La Commission européenne existe depuis les origines du système européen. Oui et non. Elle s’appelait à l’origine "haute autorité", je crois, mais elle a bien été créée précocement, et surtout pas par hasard : d’après un médecin allemand (qui a le malheur de noyer son propos voire de se discréditer auprès de nombreuses personnes qui pourraient être intéressées, du fait qu’il promeut de supposées recettes naturelles contre le cancer) son fondateur officiel et futur premier président durant 10 ans de la Commission européenne alors renommée et bien logée, Walter Hasltein, aurait commencé sa carrière comme théoricien du droit formé puis employé aux frais de l’IG Farben avant de donner des conférences sur la future grande Allemagne à des hauts cadres du régime nazi. Projet intégrationniste dans lequel le libre-échange tenait naturellement une place de choix.

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  • 2) Scientisme verdâtre

    Pour finir, je rebondis sur cette remarque : "[…] l’ « écosocialisme » […] Mais quel est le contenu de ces formules ? Pour le moment, sur des sujets cruciaux, le PG évite le débat." Je lis encore (texte du PG) : "le projet écosocialiste contre l’austérité […]" (rien que le nom m’ "amuse").

    Je tiens à vous (re)dire que les agences supposément "vertes" parmi celles dites onusiennes ne font aucunement exception dans la liste des instances intergouvernementales dont il faut sortir, celle des agences internationales dont vous condamnez régulièrement certaines des plus connues : OTAN, FMI - BM, OMC, UE.

    Le GIEC est, comme le FMI, une plateforme envahie par les charlatans (pour le volet scientifique), les lobbyistes et les rats de cabinets ministériels. Formellement, cette agence "onusienne" "verte" a été créée à la demande du G7 (devenu ensuite G8) alors chapeauté par Reagan et Thatcher (qui a adoré l’idée vu que les syndicats de mineurs, les plus gros, étaient les seuls qu’elle n’arrivait pas à casser). Ses textes fondateurs officiels relayaient déjà, il y a trente ans, l’affirmation doublement ridicule selon laquelle il existait un consensus scientifique pour affirmer que le CO2 ceci... Non seulement c’était on ne pleut plus grotesque du point de vue sondagier (99,99% des scientifiques n’en pensaient rien du tout et les quelques zozos qui faisaient leur business médiatique et politique dans ce créneau hurlaient à la glaciation imminente encore quelques années auparavant...) mais l’idée est d’autant plus ridicule, et la propagation du ragot crapuleuse, que la science ne marche qu’à la preuve, la seule, la vraie, et que le consensus est précisément ce qu’on cherche à obtenir quand il n’y a pas de preuve... donc de science.

    S’agissant du contexte, et pour ne pas parler de choses plus connues : la généralisation d’une tendance dramatique à prostituer la science (ce qui la tue, par définition) au business en même temps qu’à soumettre la politique à la science, c’est à dire en réalité au scientisme s’est combinée ici avec le délire de tant de chers bisounours verts-citoyens-du-monde qui ne tarderaient pas à découvrir les joies du marketing et du lobbying subventionné au plan supranational, ou encore le recyclage de services satellites de la NASA qui sinon partaient pour la poubelle (aucune agence n’aime crever).

    Sur le plan opérationnel, un coup décisif a été la dynamique instituante qui a mené au sommet de la Terre. Or qui était derrière, à part et au-dessus de la horde des zozos sunommés ? Une poignée de crapules notoires, notamment un certain Maurice Strong dont la carrière a alterné entre le commerce de peaux chez les esquimaux (dont il disait aimer leur coutume à vous prêter leur femme pour se réchauffer), la direction de multiples entreprises pétrolières, les visites à Rockefeller qui le paraine depuis ses 18 balais, un abandon familial sans chichi pour aller vivre dans une réserve avec une déjantée new-age comme on se demande s’il en existe encore, mais aussi développement d’agences onusiennes "vertes" (toute sa jeunesse il a rêvé de rentrer à l’ONU, au point qu’il y a commencé comme agent d’entretien puis réceptionniste) avant de se finir comme évadé en Chine sous le coup d’un mandat international pour détournement d’un million de dollars dans l’affaire pétrole contre nourriture. En matière de CV rempli d’étrangetés, Al Gore est pas mal aussi (j’ai adoré en particulier les histoires de son père dans certains business avec l’URSS).

    Le GIEC patronne en fait un scientisme extrêmement morbide — un scientisme, c’est un montage sans fin sur bases sableuses (on brode infiniment sur le mensonge, tandis que la lumière fait converger vers du limpide et du vérifiable), c’est un truc où il y a tout sauf ce qui fait la science : la preuve dont l’absence signifie en principe inévitablement le rejet d’une thèse. Cette fiction, écologisme et soixante-huitatardisme obligent, est devenu sorte de mouvement de pensée, et une maison à fric et à pubs dorées (vertes), aux portes et fenêtres bien ouvertes à tous les charlatans qui se disent croient écolo (quand c’est pour la cause, on peut tout oublier du B-A-Ba de l’épistémologie) dont le potentiel en termes d’idéologie politique et de débouchés économiques est évidemment colossal.

    Mais où sont donc les explications bien savantes ? Evidemment, pas dans les tracts militants. Le problème, c’est que les parutions supposées scientifiques, elles, racolent beaucoup avec des extraits de tracts militants, tandis que les médias se plaisent évidemment à vendre de la peur et du spectacle.

    Lisez ou relisez donc tous ces textes militants et vous ne trouverez rien que des rabâchages de grandes formules abstraites (et fausses).

    Par ailleurs, presque toujours quand on parle de "crise écologique" (supposément en cours), vous pouvez aisément constater que le seul argument est... le climat. Au passage, on attend toujours la première étude scientifique qui montrera qu’un changement climatique a fait disparaître une espèce à notre ère (celle où l’homme est présenté à la fois comme surpuissant et impuissant...)

    En réalité, ce sont les variations de températures qui induisent les variations du CO2 atmosphérique, pas l’inverse, ça a toujours été ainsi sur Terre et ça reste évidemment le cas même quand des couillons d’animaux dénaturés se mettent à fantasmer sur les pouvoirs, en n’imaginant pas à quel point leur part au cycle du carbone reste dérisoire, à part le fait que le CO2 n’a pas du tout les effets qu’ils disent. Mieux, tout est bon dans le CO2 qui est d’ailleurs la substance la plus vitale, devant même l’air et l’eau. Quant au chaud, en l’occurrence, il est synonyme de stabilité, condition importante, principe vérifié à toutes échelles spatiales et temporelles, et pour la même raison l’idée d’un climat s’emballant dans le chaud est à mourir de rire : il ne s’emballe justement que du côté froid.

    Non seulement le CO2 ne menace pas de réchauffer la planète, pas même les pôles (les tropiques ont leur thermostat, merci) mais pour des raisons parfaitement naturelles (phase de grand calme du Soleil) nous sommes menacés, d’ici une ou deux décennies et pour les quelques suivantes par un climat de froid et pour cette raison plus instable, mal "temporisé" et plus largement pourri, qui lui risque de causer bien du dégât. Dommage d’ailleurs que nous ne soyons même pas capables d’inonder l’atmosphère plus de quelques semaines avec nos bribes de CO2, car si effet de serre atmosphérique il existait, du moins au sens ou on le présente (ce qui reste entièrement à prouver), le CO2 ne réchauffe de toutes manières pas la Terre, par contre il pourrait ralentir son refroidissement.

    En tous cas, créer un faux problème global, un état de terreur et d’urgence, ça sert précisément à faire régner ceux qui vous disent : faites ce qu’on vous dit et pas ce qu’on fait et à vendre comme soi-disant réponse unique un système bien entendu supranational. Alors que tous les problèmes écologiques véritables appellent en réalité une bonne politique nationale, du temps et de la mesure.

    De la mesure, j’y insiste. Car au-delà du délire climatique, il y a un vrai gros problème dans l’idéologie écologiste telle que la perçoivent la plupart des gens. Le fait est que l’homme n’a jamais autant bousillé son environnement que lorsqu’il était un nomade doté de la productivité qui était celle d’il y a 15 000 ans (dans le grand froid). Mais même, on peut et on doit constater que tout ce qui caractérise l’homme est une dénaturation. Pour le dire autrement, sa technologie fait partie de lui. Au passage, prenez les régimes politiques : quoi de plus éloigné de la jungle, de plus complexe, que la démocratie ? Pas la peine de s’étaler, ce qui ont des yeux et l’envie de s’en servir peuvent s’en servir. Autrement dit l’homme, quand bien même il le voudrait et le pourrait du point de vue socio-économique et politique, ne peut pas s’amuser à faire de grosses marche-arrière dans sa technologie car il ne survivrait pas longtemps à ce jeu là. Or l’idéologie en question est fondée sur une négation quasi-totale de tout ce que l’homme a en lui d’antinaturel (je n’ai pas de mot adéquat), chose qui n’a rien d’une anomalie dans son cas, au contraire. D’un autre côté, il ne s’agit pas de devoir trancher dans le dilemme de Rousseau : l’homme est à la fois personne, animal, et sujet et acteur d’une société. Quant à la technologie, il devrait être évident qu’on ne règle pas des problèmes, quand ils arrivent, en niant les choses mais en agissant, et en ce sens et avec mesure, la technologie est évidemment une solution à la technologie. Il ne s’agit pas d’appeler foncer dans l’autre sens, mais il est capital, vital, que nous prenions bien conscience du nécessaire équilibre en jeu.

    Or quand on voit la manière dont les problèmes écologiques sont abordés sur le plan scientifique, le plus souvent c’est d’un niveau de simplisme, de manque de modestie de chercheur et d’obscurantisme à crever de rire ou de peur. Le problème n’est pas la science ni même la qualité de la plupart des chercheurs. Contrairement à l’idée reçue, d’ailleurs, nous ne sommes pas sous le diktat des experts, nous sommes sous le diktat d’une présumée expertise, et ceci précisément parce que lorsqu’on ouvre brutalement des passerelles science-politique on promeut essentiellement des charlatans. Comme en économie, par exemple, le problème c’est l’existence d’agences supranationales livrées aux lobbies et à des idéologies totalisantes : pour ces machines, l’expertise n’est qu’un prétexte, et en retour ces tremplins là n’attirent guère que les gens les moins scrupuleux.

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    • Une vision souverainiste qui reste en partie dans le flou...
      8 mai 2013 19:00, par CASTAGNEZ JEAN

      Cette analyse du Congrès du Parti de Gauche = Beau et Bon texte.

      Question : Pour qui ? 11 pages, équivalentes à 20 pages en graphie usuelle, pour décrire le "flou" ! Que le Mpep lance un sondage (artisanal ou scientifique) pour connaître le nombre de lecteurs, adhérents ou extérieurs, ayant lu complètement ce ’pavé’. Ce texte aurait été tellement meilleur (et efficace) en une ou deux pages. L’intégral des 11 pages revient en fait à une lettre aux dirigeants du P.G. Autant le faire et le dire.

      Après le "flou" du titre, la conclusion utilise les mots "décevants", "impasse", ... C’est considérer la "bouteille à moitié vide". On pourrait tout autant la voir "à moitié pleine". Il conviendrait alors de proposer au P.G. la constitution d’une structure telle "Comité de liaison" ou de "recherches communes", etc ..., qui aurait pour but d’échanger concrètement sans falbalas, de progresser sans s’invectiver.

      Ce type de texte écrit par une "plume d’élite personnelle" contribue à asphyxier et isoler le Mpep plus qu’à le développer. Dommage !

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      • Le problème est l’ostracisme dont fait montre le PG à l’égard du MPEP.
        Songeons qu’il y a quatre ans, ce dernier avait proposé de rejoint le PG, de fusionner, tout comme par la suite d’ailleurs une structure comme "Socialisme et République".
        Peine perdue !
        On est jamais mieux qu’entre-soi.
        Ce qui augurait mal la réalité à venir du "parti-creuset", que voulait incarner le PG à son origine.
        Il y a des gens qui pensent détenir la vérité révélée, même s’ils finissent plus tard par utiliser les mêmes mots (désobéissance européenne, protectionnisme, nation, etc.) que ceux qu’ils avaient ostracisé.
        La gauche a encore bien du mal…
        Quelle perte de temps, et gâchis des énergies, quand on voit l’urgence à opérer une véritable refondation.

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  • Le Congrès du parti de gauche reste dans le flou.

    10 mai 2013 18:14, par Jacques Nikonoff

    Le M’PEP respecte les partis politiques et les prend au sérieux. Il tente de décrypter leurs analyses et propositions, ainsi que leurs pratiques, et donne son opinion. Le M’PEP le fait toujours par des arguments, des exemples, jamais par l’invective ou les attaques personnelles. Le M’PEP a déjà analysé les congrès du PS, du PCF, des Verts, il vient de le faire pour le PG. Il continuera pour d’autres forces politiques dès qu’elles tiendront un congrès.

    Respecter et prendre au sérieux les partis politiques nécessite d’entrer dans la complexité de leurs réflexions. Tout ceci demande des efforts : pour les rédacteurs du M’PEP et aussi pour les lecteurs. Bien sûr, si des lecteurs éprouvent des difficultés à lire 20 pages d’analyses politiques ils peuvent demander à quelqu’un de leurs proches de les résumer en une ou deux pages. Qu’ils le fasse et qu’ils nous transmette le résultat de leur travail ! On peut toujours faire du journalisme de cette manière, mais ce ne serait pas convenable pour des partis et leurs militants qui ont passé beaucoup de temps à écrire, réfléchir, discuter. Tout ceci pour que le M’PEP en donne une synthèse d’une ou deux pages ! Beurk !

    Nous voulons une société de liberté, dans laquelle il soit possible d’exprimer des opinions. C’est ce que nous faisons : nous exprimons une opinion sur ce que veut un parti politique qui s’appelle le PG. Critiquer certaines idées de ce parti (pas toutes !) ne va-t-il pas jeter le doute et la démoralisation dans la société ? Nous ne le pensons pas, nous croyons que les citoyens sont capables de se faire leur propre opinion. Nous croyons aussi que le débat est la condition de la clarté et de l’union. Cette crainte du débat, d’ailleurs, n’a aucun sens, car il faudrait alors systématiquement s’aligner sur la pensée du plus fort. Comme société démocratique on a fait mieux ! Et que dire, dans ce cas, de la démoralisation de la société ?

    Le M’PEP ne risque-t-il pas de s’isoler ? Autrement dit, en donnant son opinion, en participant au débat d’idée, en refusant de se soumettre à qui que ce soit, en revendiquant sa liberté, le M’PEP va-t-il s’isoler ? Mais s’isoler de qui ? Des dirigeants du consensus pro-euro qui va de l’UMP au PS en passant par le Front de gauche ? Heureusement que nous sommes isolés de ces gens-là ! En revanche nous ne sommes pas du tout isolés de la masse de la population qui rejette l’Union européenne, la mondialisation, le chômage... Parler d’isolement quand nous menons un beau et difficile débat d’idées c’est de la politique politicienne qui ne sous intéresse pas. Nous ne cherchons pas les places et les honneurs.

    Jacques Nikonoff

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