Le M’PEP se situe dans la tradition des clubs politiques


Résumé

Depuis l’élection présidentielle du printemps 2007 et les législatives qui ont suivi, catastrophiques pour la gauche, de nombreux « clubs politiques » se réclamant de la gauche ont vu le jour en France. L’apparition de clubs ou mouvements à vocation politique correspond toujours à des périodes de mutations affectant la société, en France comme à l’étranger. Les clubs politiques, surgissant au moment de la Révolution de 1789, se généralisent lors des révolutions du XIXe siècle ; ils ont construit et porté les idées républicaines, socialistes et communistes. Le M’PEP se situe dans cette tradition.

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LE M’PEP SE SITUE DANS LA TRADITION DES CLUBS POLITIQUES

Depuis l’élection présidentielle du printemps 2007 et les législatives qui ont suivi, catastrophiques pour la gauche, de nombreux « clubs politiques » se réclamant de la gauche ont vu le jour en France. Le phénomène suscite des interrogations : pourquoi multiplier de telles structures alors que la gauche est déjà profondément divisée ? Ces clubs ont-ils, ou vont-ils avoir une réelle utilité pour reconstruire une gauche aujourd’hui en miettes ? Qu’est-ce qu’un « club politique » ? Pour ajouter à la difficulté, il faut dire qu’il n’existe pas d’annuaire, de dénombrement, ni de définition de ces clubs.

L’histoire nous apprend cependant que l’apparition de clubs à vocation politique correspond toujours à des périodes de mutations affectant la société, en France comme à l’étranger. Les clubs ont laissé des traces profondes dans la vie politique, notamment sur les partis. Les clubs politiques, surgissant au moment de la Révolution de 1789, se généralisent lors des révolutions du XIXe siècle ; ils ont construit et porté les idées républicaines, socialistes et communistes.

 I.- LA REVOLUTION DE 1789 A L’ORIGINE DE LA POLITIQUE MODERNE

On peut dire de la période de la Grande Révolution de 1789, grâce à l’action des clubs politiques, qu’elle a donné lieu à une quadruple naissance :

  • Naissance de l’opinion publique – c’est-à-dire un espace de débat public -, car les sujets, devenus peu à peu des citoyens, sont stimulés par une explosion de l’écrit politique (400 à 500 titres de journaux parisiens) ; mobilisés par les « journées » révolutionnaires, fêtes et autres initiatives ; invités à participer aux débats des clubs et des « Sociétés Populaires » dans leurs « sections » locales.
  • Naissance du citoyen, car la Révolution marque l’entrée en politique du peuple français et, par contagion, celle d’autres peuples européens. C’est la découverte, l’apprentissage et l’exercice de la politique qui allait forger le citoyen.
  • Naissance du militant politique, car les sans-culottes donnent l’exemple de l’accès des masses à la politique (20 % des hommes à Paris vont dans leur « section » ; la moitié à Marseille dont une centaine de cadres assidus).
  • Naissance du parti politique, car la plupart des clubs de l’époque, et particulièrement le Club des Jacobins, sont la préfiguration de ce que deviendront les partis politiques de l’époque moderne.

Trois clubs politiques jouent un rôle crucial pendant la Révolution de 1789 : le Club des Jacobins, le Club des Feuillants et le Club des Cordeliers.

 II.- LE XIXE SIECLE, CREUSET DES IDEES DE GAUCHE

C’est sous la Restauration et la Monarchie de Juillet que les clubs ou associations politiques, sociétés de pensée et sociétés secrètes se multiplient. Avant 1830, des clubs secrets conspiraient, comme la Charbonnerie, qui entretenait l’idée qu’il fallait poursuivre la Révolution de 1789 car celle-ci n’était pas allée à son terme. Les révolutions de 1830 et de 1848, la Commune de Paris en 1871, voient naitre une multitude de clubs politiques, fondés sur l’idéal républicain et imprégnés peu à peu des nouvelles idées socialistes et communistes. Les plus actifs sont le Club des Egaux, la Société des Amis du Peuple, la Société des Droits de l’Homme, la Société des Saisons, les Phalanges Démocratiques, le Club de la Révolution…

 III.- LA PERIODE CONTEMPORAINE ET L’ECLATEMENT DE LA GAUCHE

C’est en 1905 que le socialisme et le communisme politiques s’unifient en France sur injonction de l’Internationale, par la fusion des différents clubs socialistes et communistes (guesdistes, blanquistes, allemanistes, réformistes…) dans la nouvelle Section Française de l’Internationale Ouvrière (SFIO).

Pendant la Seconde Guerre mondiale, beaucoup de réseaux de résistants ont mêlé l’action militaire et l’action politique, en particulier au moment de la Libération. Ne pouvant être simplement assimilés à des clubs politiques agissant en temps de paix, ils en ont cependant les caractéristiques sur le plan des objectifs politiques.

Après la Seconde Guerre mondiale, deux grandes vagues de créations de clubs politiques sont à observer en France : une première vague autour de 1958, et une seconde autour de 1968.

Autour de 1958, la raison principale de la création de nombreux clubs politiques est l’impasse dans laquelle se trouvent les partis de gauche au moment de la IVe République finissante et après le séisme de 1958. La gauche, en effet, est largement défaite. La mise en place des institutions de la Ve République et la guerre d’Algérie ont fait perdre toute crédibilité à la SFIO et au Parti radical, nécessitant de rebattre les cartes au sein de la gauche non communiste et au centre gauche. En outre, la révision constitutionnelle de 1962 stimule la création et l’activité de clubs politiques, car elle donne l’occasion à la gauche non communiste de préparer la première élection présidentielle au suffrage universel.

L’un des clubs les plus actifs et les plus connus de la période est le Club Jean Moulin, créé au lendemain du 13 mai 1958, fort de 500 adhérents. On peut également citer l’Association pour la Démocratie et l’Education Locale et Sociale (ADELS, qui publie la revue Correspondance municipale) ; Après-demain (6 000 abonnés) ; Citoyens 60 (publie Les cahiers Citoyens 60 avec 3 500 abonnés). Tout le débat porte alors sur la recomposition de la gauche socialiste et ses rapports avec le Parti communiste.

En 1965, après l’élection présidentielle, où le candidat de la gauche, François Mitterrand, obtient 45 % des suffrages au second tour, la situation politique change radicalement, la gauche montre qu’elle peut gagner la prochaine présidentielle. De nouveaux clubs surgissent, liés à la création de la Fédération de la Gauche Démocrate et Socialiste (FGDS) fondée sous l’impulsion de François Mitterrand. Plusieurs clubs adhérèrent à la FGDS dès sa création en septembre 1965 : l’Union Démocratique et Socialiste de la Résistance (René Pleven) ; la Convention des Institutions Républicaines (François Mitterrand) ; l’Union des Groupes et Clubs Socialistes (créée en 1967 par Jean Poperen à la suite de sa démission du PSU) ; l’Union des Clubs pour le Renouveau de la Gauche (on y trouve la Convention Socialisme et Démocratie d’Alain Savary, le Club Socialisme Moderne de Pierre Bérégovoy proche de Pierre Mendès France, etc.).

Le club le plus important est la Convention des Institutions Républicaines dont le président est François Mitterrand (il est également président de la FGDS), fondée avec Charles Hernu et Louis Mermaz en 1964, la CIR ayant été elle-même formée, notamment, par la Ligue pour le Combat Républicain, l’Atelier Républicain, le Club des Jacobins.

En 1969, la Section Française de l’Internationale Ouvrière (SFIO) change de nom pour devenir le Parti socialiste. S’ajoutent à ce dernier, au congrès d’Epinay en 1971, la Convention des Institutions Républicaines, et de nombreux militants issus du « courant chrétien », en particulier de la CFDT. François Mitterrand est élu premier secrétaire le jour même où il adhère au PS, avec pour mandat de préparer un accord de gouvernement avec le PCF et d’être le candidat de l’union de la gauche à la prochaine présidentielle. Pour gagner le congrès, il parvient à faire alliance avec deux groupes aux tendances opposées : le Centre d’Etudes, de Recherche et d’Education Socialiste (CERES), très à gauche et dirigé par Jean-Pierre Chevènement, et une partie de la SFIO emmenée par Gaston Deferre et Pierre Mauroy qui sont hostiles au dirigeant du PS de l’époque, Alain Savary.