Licenciements boursiers : responsabiliser les actionnaires sans pénaliser les entreprises


Résumé

Alors que les entreprises licenciaient jusqu’à présent parce qu’elles rencontraient des difficultés, « L’Affaire » Michelin, en 1999, a révélé que désormais des entreprises pouvaient licencier tout en étant prospères. Le moment est donc venu d’une intervention de l’État de grande ampleur. Tel est le sens d’une loi qu’il est urgent de voter et qui viserait à créer une « restitution sociale » pour les actionnaires des entreprises prospères qui licencient dans le seul objectif de faire croître leurs cours boursiers et les dividendes.

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LICENCIEMENTS BOURSIERS : RESPONSABILISER LES ACTIONNAIRES SANS PÉNALISER LES ENTREPRISES

Alors que les entreprises licenciaient jusqu’à présent parce qu’elles rencontraient des difficultés, « L’Affaire » Michelin, en 1999, a révélé à un plus vaste public que désormais des entreprises pouvaient licencier tout en étant prospères. De surcroît, l’annonce simultanée par la direction de cette société de bénéfices semestriels en augmentation de 20 %, d’une augmentation des dividendes et de 7 500 suppressions d’emplois suivie, dès le lendemain, d’une progression de 12 % du cours de Bourse, a suscité un émoi considérable dans le pays.

Ce phénomène, connu depuis bien longtemps aux Etats-Unis, s’est propagé peu à peu en Europe et en France et suscite des réactions d’angoisse et un sentiment d’impuissance. C’est de cette « affaire » que date l’expression de « licenciements boursiers ».

De nombreux commentateurs, lors de « L’Affaire » Michelin, ont reproché à la direction de cette entreprise d’avoir commis une « erreur de communication » en annonçant simultanément des profits et des licenciements. Or c’est précisément en faisant ces annonces conjointes, et en leur donnant une publicité maximale, qu’il est possible de faire remonter le cours boursier des entreprises concernées. Le fait, pour ces commentateurs, d’avoir publiquement témoigné de leur incompréhension des mécanismes financiers contemporains, ne peut qu’aboutir, de leur part, à une profonde sous-estimation des moyens dont dispose l’État pour les réguler.

Ces phénomènes relèvent de ce qui est abusivement appelé la « création de valeur ». Cette technique est devenue peu à peu le mode de gestion dominant des entreprises cotées en Bourse. Mais lorsque l’expression « créer de la valeur » est utilisée, il s’agit en réalité de « créer de la valeur » au bénéfice exclusif de l’actionnaire. S’apparentant à un enrichissement sans cause, cet objectif est en réalité trompeur et dangereux.

Jamais en effet expression n’aura été aussi trompeuse. Les opérations financières, il convient de le rappeler, ne créent pas de valeur en elles-mêmes mais se contentent simplement de capter, par anticipation, de la valeur qui sera éventuellement créée dans le futur et par l’économie réelle. Lorsque l’opération de communication de Michelin permet au cours de Bourse de monter de 12 % (le cours se traînait depuis plusieurs mois), aucune valeur n’a été créée, aucun pneu supplémentaire n’a été produit ni vendu. Les actionnaires qui, ce jour-là, ont vendu leurs titres en réalisant une plus-value de 12 % n’ont rien créé. Le prix des actions a seulement reflété une anticipation des achats d’action devant être normalement suscités par l’annonce de l’amélioration du volume de production, de la productivité, de la baisse des effectifs et de l’augmentation du montant du dividende de l’entreprise.

Cette expression est également dangereuse car elle laisse croire que des richesses pourraient apparaître spontanément, du seul fait des marchés financiers. Il s’agit d’un non-sens dont les conséquences psychologiques, sociales et économiques – considérables – ont provoqué, par exemple, le mépris du travail et justifié le maintien d’un chômage de masse. Créer de la valeur n’est possible que par le travail humain.

Il est ainsi devenu banal de s’émouvoir régulièrement de la « surévaluation » des Bourses et de la constitution d’une « bulle financière » (ou immobilière, ou autre…). Or l’inflation du prix des actifs financiers n’est pas moins dangereuse que l’inflation par les salaires ou les prix. Pourtant les autorités publiques ont, en France, par l’action de l’État – et parfois de manière obsessionnelle –, choisi de s’attaquer uniquement à cette dernière au point, même, de provoquer, selon les périodes, de la déflation. Aujourd’hui elles peuvent et doivent maîtriser l’inflation du prix des actifs financiers.

Il est en effet déraisonnable d’exiger un rendement de 15 ou 20 % sur les actions alors que l’économie progresse de 2 à 3 % par an dans un environnement sans inflation ou à inflation faible et que les taux d’intérêt sans risque sont à 4 ou 5 % (emprunts d’État à long terme). Car ces rendements élevés ne peuvent être obtenus qu’au moyen d’une pression accrue sur les salaires et l’emploi.

Alors qu’ils se trompent deux fois sur trois, les marchés financiers doivent-ils devenir les arbitres ultimes des décisions d’entreprise ?

Le moment est donc venu d’une intervention de l’État de grande ampleur. Tel est le sens d’une loi qu’il est urgent de voter et qui viserait à créer une « restitution sociale » pour les actionnaires des entreprises prospères qui licencient dans le seul objectif de faire croître leurs cours boursiers et les dividendes. Quatre objectifs la caractériseraient :

  • Les entreprises doivent pouvoir ajuster leurs effectifs sans procéder à des licenciements. La restitution sociale envisagée doit dissuader les entreprises de licencier et les inciter à reclasser les salariés.
  • Cette restitution sociale doit s’adresser aux actionnaires et non aux entreprises. C’est la raison pour laquelle cette restitution porterait sur les dividendes et non sur les comptes de l’entreprise.
  • Il faut que les actionnaires se responsabilisent et assument les risques qu’ils prennent. Toute opération financière se caractérise, pour son promoteur, par un arbitrage entre le risque et le rendement. Plus l’aversion au risque est élevée, plus le rendement sera faible. Inversement, moins l’aversion au risque est faible, plus le rendement sera élevé. Autrement dit, celui qui veut gagner beaucoup doit risquer beaucoup. C’est ainsi, du moins, que fonctionnait la finance jusqu’à présent. Un changement majeur est intervenu depuis que certains investisseurs (des fonds de pension en particulier) veulent à la fois maximiser leurs rendements sans en prendre les risques. Telle est la finalité du corporate governance et de la « création de valeur » dont l’objectif est de transférer les risques vers les salariés et l’ensemble de la société au moyen de licenciements.
  • Les salariés licenciés, s’ils le souhaitent, devraient pouvoir être mis à la disposition, notamment, de PME.

Les actionnaires des entreprises prospères, cotées ou non en Bourse, qui procéderaient à des licenciements, feraient l’objet d’une restitution sociale. Son montant serait calculé selon la formule suivante : Montant du salaire et des charges sociales de chaque travailleur licencié x Nombre d’années restant avant l’âge légal de la retraite de chaque travailleur licencié.

Pour payer la restitution, l’entreprise avancerait la somme et la verserait, en une seule fois, à un fonds paritaire géré par la Caisse des dépôts. Pour honorer son paiement, l’entreprise pourrait faire appel à ses fonds propres, procéder à une émission obligataire ou contracter un emprunt bancaire.

Afin de rembourser l’entreprise, les actionnaires ne toucheraient aucun dividende pendant une période dont la durée serait déterminée par la formule suivante : Montant de la restitution sociale : Bénéfice distribuable aux actionnaires, réserves comprises.

Les travailleurs licenciés qui le souhaiteraient pourraient être mis à la disposition de PME, commerçants, artisans, agriculteurs, professions libérales volontaires.

Afin d’éviter tout « effet de substitution » (le travailleur mis à disposition ne doit pas remplacer une embauche prévue ou un travailleur déjà en place), seuls les petits employeurs n’ayant pas la possibilité financière avérée de recruter normalement sur le marché du travail pourraient bénéficier de mises à disposition. Celles-ci devraient clairement permettre un « effet de seuil », c’est-à-dire permettre au petit employeur, par l’apport de compétences nouvelles, d’atteindre une masse critique en matière de volume de production, de capacité commerciale ou de maîtrise technologique.

Les salariés volontaires seraient alors recrutés normalement par les petits employeurs concernés sous contrat à durée indéterminée. Les petits employeurs percevraient du fonds paritaire le montant du salaire et des cotisations sociales correspondant à la restitution versée par l’entreprise qui avait commis le licenciement délictueux. Le même dispositif serait mis en place pour les associations, collectivités locales, mutuelles, coopératives, organisations syndicales.

Appliquons ce calcul au cas Michelin.

Admettons que l’âge moyen des 7 500 personnes licenciées soit de 55 ans. Il leur reste 5 ans d’ici la retraite. Admettons également que le salaire annuel moyen de ces personnes soit, toutes cotisations sociales comprises, de 38 000 euros.

L’entreprise Michelin, au cas où elle maintiendrait les licenciements, devrait payer une somme représentant 7 500 salaires de 38 000 euros par an pour cinq ans, soit : 7 500 x 38 000 x 5 = 1,425 milliards d’euros.

Le bénéfice distribuable aux actionnaires, réserves comprises, a été de 300 millions d’euros environ en 1999. La durée de la restitution sociale correspond donc au montant de la restitution divisé par le bénéfice distribuable aux actionnaires, réserves comprises, soit 1,425 milliards d’euros : 300 millions = 4,7 ans.

Est-ce réaliste ?

Rappelons tout d’abord que Michelin, à l’instar de beaucoup d’autres entreprises, a perçu ces dernières années près de un milliard d’euros de fonds publics pour organiser des milliers de licenciements. Ensuite, en 1998, cette entreprise a acheté, en vue de la « régulation des cours », plus d’un million de ses actions à un prix moyen de 230,10 F à l’époque, soit 230 millions de F. En 1999, l’entreprise avait prévu d’acheter 10 % de son capital à 76 euros maximum l’action. Elle était donc prête – en une année ! – à débourser, dans l’hypothèse la plus haute, 6,92 milliards de francs, soit plus que la restitution sociale envisagée…

Pour éviter tout risque de rachat des actions de ces entreprises par des « raiders », elles seront placées sous « observation » de l’Etat, ce dernier autorisant ou non les achats de « blocs d’actions ».


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Forum de l'article  -1 Message

  • Vous cogitez sur ce qu’il y aurait lieu de faire si.... Rien de ce que vous voudriez tant instaurer au bénéfice des peuples ne pourra se produire et vous savez pourquoi puisque vous le dénoncez constamment : le pognon commande toutes les actions humaines, y compris celles du MPEP. Sans financement, on ne peut rien faire !!!
    C’est comme ça ! Pourquoi ? Parce que les financiers ont le pouvoir de créer de la monnaie ex-nihilo, exactement comme des faux-monnayeur, mais par milliards de milliards d’euros ou de dollars, de yuan, de livres, etc.
    Va-t-il falloir créer un Mouvement pour l’Émancipation du MPEP ou bien allez-vous prendre connaissance des travaux de Paul GRIGNON, Aline De Diéguez, Etienne CHOUARD et autres Maurice ALLAIS.
    Vous percevriez alors que les maîtres du monde, de vous, de moi, des notables, des charlots qui gesticulent au Parlement, les SARKOZY, HOLLANDE, OBAMA et Cie sont des jouets aux main des Rockfeller, Goldamn Sachs et autres ROTHSHILD, tout comme vous le seriez, quelle que soit la pureté de vos intentions, si le MPEP aveit le pouvoir de gouverner la France.
    Amicalement vôtre.
    Donnez-moi le contrôle sur la monnaie d’une nation, et je n’aurai pas à me soucier de ceux qui font ses lois.
    Mayer Amshel Rothschild (1743-1812)

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