Une autre politique


Résumé

Au nom d’une société « plus complexe », seuls les détenteurs de savoirs (les « experts » et les « élites ») pourraient décider. De manière radicalement inverse, le M’PEP montre qu’il convient de rétablir les fondements élémentaires de la politique et de la démocratie de notre temps.

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UNE AUTRE POLITIQUE

Selon l’idéologie néolibérale, seul le marché généralisé serait le véritable régulateur de la société. L’action des Etats, donc des élus, serait un frein à la réalisation des « grands équilibres », sans que, bien sûr, ne soient définis la nature de ces « équilibres », leur niveau, ni les « équilibres » pour qui. La « mondialisation » serait LA solution pour réduire ces « contraintes » grâce au « libre » échange.

L’extension de la mondialisation vise à faire disparaître la raison d’être des Etats souverains, leur rôle devant être réduit à l’appui réglementaire, militaire et technologique des échanges « libéralisés ». Les politiques nationales doivent être remplacées par une gestion locale d’accompagnement, ce qui nécessite, au nom de la liberté, la réduction du rôle des élus politiques choisis au suffrage universel. In fine, celui-ci n’apparaît plus que comme un alibi de la démocratie.

En réalité, l’objectif réel de la mondialisation est, pour les plus forts, de concentrer en leurs mains les valeurs ajoutées créées dans le monde. Encore faut-il que cette spoliation soit politiquement acceptée par les peuples, tout particulièrement les peuples européens. L’un des moyens idéologiques utilisé en Europe continentale fut « la nouvelle gouvernance », propagande ciblée sur les « stake-holders » (actionnaires stables) de chaque pays. On peut résumer les caractéristiques de la « nouvelle gouvernance » de la manière suivante :

Au nom d’une société « plus complexe », trop complexe pour des élus politiques, seuls les détenteurs de savoirs (les « experts » et les « élites ») peuvent décider. En conséquence, les instances de décisions stratégiques doivent être composées de ces experts et élites, les élus ainsi relativisés ne servant que de caution « démocratique ».

Dès lors, logiquement, les notions de peuple et de souveraineté sont évacuées, pour être remplacées par celles de « société civile » (qui inclus les lobbies désormais officialisés) et de « partenariat », par exemple entre le public et le privé. La notion de nation est combattue (rejoignant en cela les gauchistes), la gouvernance de l’Etat est réduite par des « contraintes » déclarées par des « experts » et des « décideurs ».

Tout étant « complexe », aucune responsabilité sociale ou territoriale ne doit venir peser sur les entreprises.

Le libre-échange, la libre-entreprise, l’excellence individuelle sont les bases d’une société « d’acteurs » et de « projets » : la bonne gouvernance consiste alors à mettre en mouvement des acteurs et des projets dans les bornes fixées « naturellement » par le marché, celui-ci se substituant à la souveraineté populaire.

La hiérarchie des valeurs morales se modifie : l’équité remplace l’égalité. L’égalité est le principe républicain fondateur, celui qui, d’ailleurs, définit la gauche : c’est un droit politique offensif historiquement acquis. L’équité, de son côté, est défensive, elle vise à aménager autant que possible ce qui peut l’être pour corriger les déséquilibres naturels du marché (fondement de la charité).

Dans ce contexte, il convient de rétablir les fondements élémentaires de la politique et de la démocratie de notre temps :

  • Assurer à chacun la possibilité la plus large d’exercer sa liberté.
  • La liberté individuelle se fonde sur l’autonomie individuelle et collective ; la politique s’occupe de défendre, d’affirmer, de promouvoir et d’organiser la culture nationale et ses expressions régionales, ainsi que les moyens économiques nécessaires à leur réalisation.
  • Maîtrise démocratique du développement des cultures et des moyens matériels et des connaissances.

L’esprit de soumission serait alors efficacement combattu. Des progrès seraient entrepris pour la démocratisation et la création de pouvoirs stratégiques pour les travailleurs, les consommateurs et les élus politiques dans les organisations productives (ce qui s’appelle aujourd’hui « entreprise »). L’esprit de responsabilité sociale de chaque individu deviendrait une nécessité, quelle qu’en soit la forme, particulièrement celle de la solidarité collective. Des institutions démocratiques ad hoc permettraient l’exercice des responsabilités sociales des individus qui doivent être constitutionalisées.

Dans cette perspective, les champs fondamentaux de la politique concerneraient d’abord la promotion de la culture. Aucun groupe humain ne peut vivre sans des identifications culturelles, c’est-à-dire des valeurs jugées cohérentes. L’égalité, la laïcité et la solidarité forment le ferment des cultures communes et doivent être constitutionalisées.

S’ajoute la maîtrise collective des moyens de production. Une maîtrise collective de l’orientation des productions est nécessaire, puis des principes d’organisation du système productif et enfin du partage des richesses collectives créées.

Dès lors, l’objectif du système productif sera de satisfaire les besoins diversifiés de la population. L’innovation et la productivité seraient au centre de l’efficience globale et devraient être l’épine dorsale de la politique économique de l’Etat modernisé et démocratisé. La création de la richesse, dans ce contexte, n’est possible que par l’intervention d’un grand nombre d’acteurs dont un joue le rôle régulateur, l’élu politique.

Au total, aucun progrès économique n’est envisageable sans approfondissement culturel de la nation dont la matrice est l’égalité, la solidarité et la laïcité. La culture est le terreau sur lequel tout le reste pousse. Une culture affaiblie a toujours induit dans l’Histoire la soumission à des cultures étrangères.

A ce propos, il est fréquent d’entendre une certaine intelligentsia s’exprimer de manière hautaine sur « le franco-français ». Le sous-entendu est qu’il faudrait se débarrasser des oripeaux de la culture française encore trop imprégnée des valeurs de la Révolution de 1789, et qu’il convient de se « moderniser » en adoptant les principes de la culture qui a réussi à s’approfondir et donc à s’imposer actuellement : la culture anglo-saxonne. Le problème est alors que les Français ne seront jamais aussi bons que les anglo-saxons eux-mêmes dans leurs propres domaines. La question n’est évidemment pas de s’enfermer dans une forteresse culturelle, mais de pomper les éléments des autres cultures pour approfondir sa propre culture philosophique, scientifique et technique. L’expression « franco-français » signifie une substitution de cultures, c’est-à-dire une soumission. Cette « élite » déculturée devient alors le vecteur idéologique de la « gouvernance » en France, moyen essentiel de démanteler l’autonomie politique et économique, ce que même les Britanniques ne feront jamais.

Cet état d’esprit entraîne une régression sociale généralisée et fataliste. Une culture forte fondée sur des valeurs universelles et sur le renouvellement continu des conceptions philosophiques, scientifiques et technologiques sont la meilleure garantie à long terme du rayonnement pacifique de notre pays, ainsi que la meilleure garantie de son système de défense, conditions de son autonomie à l’échelle internationale.

De nombreux enjeux politiques et idéologiques en découlent. D’abord, combattre l’esprit de soumission « naturel » du salarié, découlant du contrat de travail qui repose sur la « subordination » du travailleur à son employeur. De manière radicalement inverse, il faut faire admettre leur responsabilisation sociale par les individus, et donc créer les conditions du rejet de la subordination, éventuellement par l’insubordination des salariés.

L’oligarchie est parvenue pour l’instant à imposer son idéologie parce que celle-ci est fondée sur du solide : la conscience claire de la défense et de la perpétuation de ses intérêts matériels qui entrent en contradiction avec ceux de la masse de la population à qui elle demande de créer ces moyens matériels qu’elle s’accapare. Cette réalité indique que, pour les forces de progrès, le combat politique ne peut pas être limité à l’idéologie. Pour que ce combat soit victorieux, il doit solidement et très consciemment reposer sur des intérêts communs à faire progresser entre tous ceux qui ont intérêt à se libérer du capitalisme. Le seul combat idéologique de ces forces progressistes reposera sur du sable et restera sur la défensive à perpétuité.

Le premier travail de ces forces progressistes est donc de recenser en détail le spectre des intérêts des Français, d’analyser les idéologies qui y sont adossées, de comprendre les déformations que l’oligarchie est parvenue à y introduire, afin de rassembler idéologiquement la diversité des couches sociales concernées. Leurs intérêts respectifs pourraient alors fusionner dans le combat politique, ou coopérer, ou s’allier, ou se mettre en réseau.

C’est ainsi qu’il deviendra possible de penser aux alternatives concrètes, y compris institutionnelles, pour la maîtrise collective de l’orientation de la production, de l’organisation du système productif dans la perspective de répondre aux besoins humains, dont celui de la préservation de l’environnement et de la lutte contre le changement climatique. La répartition des richesses en sera bouleversée.