Voter aux européennes : une faute politique cardinale ! réponse à Raoul Marc Jennar
vendredi 16 mai 2014
Auteur : par webmaster

(...) Bref, on retrouve sous la plume de monsieur Jennar l’attirail idéologique classique de tous ceux qui ne voient aucune contradiction entre le fait d’être un militant antilibéral et de participer à l’architecture institutionnelle de « l’Union » européenne, afin de la changer de l’intérieur.

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 VOTER AUX EUROPEENNES : UNE FAUTE POLITIQUE CARDINALE ! REPONSE A RAOUL MARC JENNAR

Par Gilles Amiel de Ménard, porte-parole du Mouvement politique d’émancipation populaire (M’PEP).

Le 16 mai 2014.

 Introduction

Le texte publié par Raoul Marc Jennar, candidat du Front de gauche dans le Sud-Ouest, le 11 mai dernier sur son blog (voir ci-dessous), dénonce l’abstention aux prochaines élections européennes comme une « faute grave ». Il donne, afin d’appuyer cette assertion, trois séries d’arguments. D’abord, il fait un parallèle entre l’impuissance supposée des parlements nationaux et celle du « Parlement » européen. Ensuite, il met en valeur les pouvoirs prétendus de ce dernier, en dramatisant notamment sa capacité à pouvoir contrer le Partenariat transatlantique de commerce et d’investissement (PTCI ou TAFTA) actuellement en négociation. Enfin, il utilise sans vergogne la tarte à la crème du danger du FN afin de mobiliser en les culpabilisant les hésitants qui craignent amplifier le vote FN en s’abstenant aux européennes.

Bref, on retrouve sous la plume de monsieur Jennar l’attirail idéologique classique de tous ceux qui ne voient aucune contradiction entre le fait d’être un militant antilibéral et de participer à l’architecture institutionnelle de « l’Union » européenne, afin de la changer de l’intérieur. C’est-à-dire participer à l’union des classes dominantes européennes contre leurs peuples. Ce faisant, naturellement, et avec les meilleures intentions du monde, ceux qui partagent les convictions de RM Jennar appellent ainsi à cautionner, à légitimer, l’architecture institutionnelle européenne et ses processus antidémocratiques. En appelant à voter pour des « députés » européens ne représentant aucune volonté générale européenne, aucune souveraineté populaire, aucun peuple européen, à la tête d’un Etat européen inexistant aussi impossible que non souhaitable, Monsieur Jennar et tous ceux qui défendent cette position travaillent objectivement à nous faire rester dans le cadre institutionnel et la logique politique qui prive les peuples européens de toute influence sur les normes contraignantes pesant sur eux. Nous ne pouvons accepter une telle attitude.

 I.- IL EST TOTALEMENT ERRONE DE FAIRE UN PARALLELE ENTRE L’IMPUISSANCE SUPPOSEE DES PARLEMENTS NATIONAUX ET CELLE DU « PARLEMENT » EUROPEEN

La première série d’arguments de RM Jennar nous rappelle que nos propres parlements nationaux ne font pas mieux que le « Parlement » européen. Cette remarque comporte en apparence beaucoup de vérité. En fait elle est biaisée, et sur le fond tout à fait erronée. Le raisonnement sur laquelle elle repose commet deux fautes de logique. D’une part il est formaliste dans sa comparaison, et d’autre part il prend l’effet pour la cause.

Ce n’est que formellement que l’on peut comparer le « Parlement » européen et un parlement national, juste parce que les deux portent le nom de parlement et que leur composition est issue d’un processus électoral. Mais ils sont qualitativement incomparables, une différence de nature et non de degré séparant radicalement les deux. Ce n’est pas un hasard que le soi-disant « Parlement » de l’UE soit européen et non, comme le nôtre, national. Il ne produit d’ailleurs pas des lois mais est se contente d’être associé à des « directives » et des « règlements » dont il n’a par ailleurs presque jamais le premier ni le dernier mot. Il produit ainsi de la contrainte juridique, sans logique politique, sans légitimité, et néanmoins placée par notre Constitution actuelle et sa nouvelle et aberrante hiérarchie des normes au-dessus de nos lois. Car il n’existe aucune nation européenne. La fonction d’un parlement est pourtant de représenter, au sein d’un Etat disposant de l’intégralité de la puissance publique, la volonté générale du souverain à la tête de cet Etat, à savoir la nation, c’est-à-dire le peuple de cet Etat. Comme rien de tout cela n’est possible à l’échelle européenne, le « Parlement » européen est l’instance élective qui décore les décisions européennes intergouvernementales et technocratiques d’un très vague vernis « démocratique ». Et ceci grâce à un droit de vote sans portée ni signification, ridiculisant ainsi la notion même de vote. Ce « Parlement » est logiquement prénommé « européen » et non pas national, comme le sont à raison nos parlements, qui eux, par contre, seraient restés des vrais parlements, s’ils n’avaient pas avalisé le fait d’être chapeautés par un faux parlement, le « Parlement » européen.

 Prendre l’effet pour la cause

C’est là où intervient la deuxième faute logique de RM Jennar, celle de prendre l’effet pour la cause. Nos parlements ne sont en effet plus que partiellement une instance où se jouent les rapports de force politiques essentiels. Ils deviennent à leur tour des institutions purement décoratives, chambres d’enregistrement de décisions ne leur appartenant pas et sur lesquelles ils ne sont plus en position de peser. La cause est évidemment à corréler avec le moment où les institutions européennes sont montées en puissance, dans les années 1980. Car le principe des vases communiquant s’applique ici inéluctablement. Si les décisions ne se prennent plus dans de nombreux cas selon le principe de la responsabilité politique, dans un cadre institutionnel démocratique où le peuple est souverain, alors les parlements se vident de leur fonction et de leur sens. C’est ce que nous constatons depuis que les institutions européennes surplombent les institutions nationales, ces dernières étant les seules à reconnaître la souveraineté du peuple dans l’Etat. Invoquer l’inutilité présente des parlements nationaux pour justifier la légitimation des institutions qui sont la cause structurelle de cette nouvelle inutilité, par une participation électorale qui mime la logique démocratique alors même qu’elle la dissout, est particulièrement naïf ou inconséquent. Car nous nous refusons à mettre en cause l’honnêteté intellectuelle et politique de monsieur Jennar, militant antilibéral notoire et efficace.

De deux choses l’une. Soit l’on est pour une démocratie non représentative, par exemple en remplaçant la représentation parlementaire par le tirage au sort, soit l’on est pour une démocratie représentative. On pourrait certes concevoir un mélange innovant qui complèterait la représentation par une dose plus ou moins forte de tirage au sort, mais c’est une autre question, pour l’instant toute théorique. De toute façon, monsieur Jennar, pour sa part, l’a tranché clairement et s’est prononcé publiquement contre le tirage au sort et pour le principe de représentation. Mais il devrait donc être particulièrement bien placé pour savoir que le principe de la représentation politique, pour avoir le moindre sens, constitue un bloc inséparable avec la souveraineté. Tout comme d’ailleurs la démocratie en est inséparable, cette fois-ci que l’on soit pour le tirage au sort, pour la représentation, ou pour les deux. En dehors de la souveraineté, la représentation n’est qu’un mot creux, une coquille vide, l’habillage idéologique d’une forfaiture démocratique, d’une captation de pouvoir. « Représenter », soit, mais qui, à par le souverain, c’est-à-dire, en République, la nation ? Même dans un cadre souverain et national, c’est un principe problématique, à tout le moins imparfait. Mais il a néanmoins permis bien des processus démocratiques et tous les acquis sociaux et politiques aujourd’hui remis en cause par les processus postnationaux néolibéraux. Il a pu faire vivre autrement qu’en théorie les logiques démocratiques.

 L’exemple de l’Amérique du Sud

Les conquêtes démocratiques actuelles en Amérique du Sud seraient inconcevables hors du cadre de la souveraineté nationale, qui seule permet par ailleurs la coopération internationale. Le volet institutionnel du néolibéralisme, de tous le plus important parce que verrouillant tous les autres aspects (dérégulation financière et commerciale notamment), est précisément de se débarrasser du national, donc des conditions de possibilité des processus démocratiques. C’est d’ailleurs ce en quoi il est véritablement « néo » et non simplement, classiquement, libéral. C’est la prise de conscience que le capitalisme, pour produire tous ses effets pour les classes dominantes, doit se débarrasser institutionnellement de la démocratie, tout en préservant la contrainte étatique et juridique. Il lui faut pour cela remplacer la responsabilité politique par la « gouvernance » et la loi par la règle, cette dernière n’étant adossée que sur les droits de l’homme et les traités et non plus sur une nation, donc un peuple souverain.

Pour finir sur cet aspect, essentiel bien sûr, il est utile de citer la Cour constitutionnelle de Karlsruhe dans son arrêt du 30 juin 2009, bien plus conséquente et responsable que notre propre Cour constitutionnelle, ici aux abonnés absents. Elle interdisait la ratification du traité de Lisbonne si n’était pas votée une loi garantissant la souveraineté nationale allemande et les prérogatives du Parlement fédéral.

 La Cour constitutionnelle allemande de Karlsruhe

L’exposé des motifs est imparable : « Les peuples de l’Union européenne, tels qu’ils sont constitués à l’intérieur des Etats-membres, restent les détenteurs décisifs de la puissance publique, y compris au sein de l’Union européenne. La création d’un Etat fédéral européen impliquerait une nouvelle Constitution. […] L’Union européenne, même après l’entrée en vigueur du traité de Lisbonne, n’est pas un Etat fédéral, mais reste une association d’Etats souverains. […] Le Parlement européen n’est pas un organe représentatif d’un peuple européen souverain, mais reste un organe de délégation supranationale des peuples européens des Etats-membres… » (souligné par nous).

Cet exposé des motifs ne va pas plus loin, et n’en a certainement pas le désir, mais il dit l’essentiel. Or qu’est-ce au juste qu’un « parlement » qui n’est pas un organe représentatif, mais délégué et supranational : rien d’autre qu’une administration qui se mêle de politique, interférant avec les processus légitimes.

Heureusement que le soi-disant « Parlement » européen n’a que très peu de pouvoirs ! Son illégitimité est entière, la configuration institutionnelle aberrante dans laquelle il s’inscrit et qu’il est censé arroser de gouttelettes d’eau bénite « démocratique », par la seule vertu du suffrage universel ne s’inscrit en fait dans aucun contexte démocratique. Le seul suffrage universel n’a, par lui-même, aucun pouvoir miraculeux et ne saurait transformer le plomb technocratique néolibéral en or démocratique et populaire. Ce qui nous amène à la suite, concernant les supposés pouvoirs de ce pseudo parlement, comme argument pour le faire bénéficier de nos suffrages. Le seul fait de voter nous amènerait à octroyer notre assentiment implicite à cet assemblage institutionnel qui gomme tous les acquis constitutionnels et politiques essentiels de la Révolution française. Ce qui est bien le seul objectif de ces élections en carton-pâte pour un parlement d’opérette.

 II.- RM JENNAR MET EN VALEUR LES POUVOIRS PRETENDUS DU « PARLEMENT » EUROPEEN EN DRAMATISANT SA CAPACITE A POUVOIR CONTRER LE PARTENARIAT TRANSATLANTIQUE DE COMMERCE ET D’INVESTISSEMENT (PTCI OU TAFTA)

La deuxième série d’arguments développés par monsieur Jennar portent sur les pouvoirs supposés du « Parlement » européen, notamment à l’occasion de l’adoption éventuelle du PTCI. Les défauts de logique de RM Jennar produisent tous leurs effets délétères. Ils montrent cruellement que les militants et responsables altermondialistes, tous enthousiastes à l’idée de lâcher la proie de la souveraineté démocratique, acquis cardinal, pour l’ombre de la mondialisation postnationale, perdent en lucidité en incorporant intérieurement toute l’idéologie postnationale. Ils choisissent ainsi systématiquement de combattre l’ennemi avec ses armes et sur son terrain. Ils acceptent de rester dans le cadre intellectuel, idéologique et institutionnel de la « gouvernance » par les règles en lieu et place de la loi qui seule procède de la souveraineté nationale. Ils tentent alors, illusoirement, de lutter à l’intérieur des institutions faites pour dissoudre le pouvoir des peuples, contre les décisions qui toutes, logiquement, menacent frontalement les intérêts de ces derniers. Et ce faisant, ils tentent, heureusement vainement vu les taux d’abstention aux « élections européennes » (sans représentation puisqu’il n’y a aucune nation souveraine à représenter), d’inciter les classes populaires à avaliser ces mécanismes antidémocratiques et à cautionner ces institutions illégitimes. Ils utilisent la carotte des pouvoirs supposés du « Parlement » européen pour soi-disant contrer le néolibéralisme (nous sommes ici proches de l’humour absurde), et le bâton de la faute morale que serait l’abstention qui permettrait de laisser la place libre à l’extrême droite. Cette dernière se nourrit pourtant de cette impasse et de ces contradictions, mais nous verrons cet aspect plus loin.

 Les pouvoirs postnationaux de l’UE

Le PTCI, sa possibilité même, son existence, et la nécessité qui en découle de s’y opposer, procède intégralement de l’existence des institutions européennes. C’est précisément dans ces matières, droit de la concurrence, négociations commerciales, échanges internationaux et libre-échange, que s’exercent à plein régime les pouvoirs postnationaux de l’UE. On y voit mieux leur toxicité, et l’absence de tout contre-pouvoir, in fine, de toute autre instance qui ne soit pas le Conseil ou la Commission. Le PTCI relève donc de la négociation intergouvernementale sans publicité ni responsabilité politique, et de décisions technocratiques ou juridiques sans assise politique légitime. Le PTCI est ainsi pain béni afin de redorer le blason des antilibéraux européistes et altermondialistes : cela leur permet de concilier apparemment l’inconciliable, la lutte contre le néolibéralisme, par le biais des institutions néolibérales. Il faudrait donc, selon eux, se mobiliser pour que les institutions européennes refusent le libre-échange avec la puissance tutélaire des institutions européennes : les Etats-Unis. C’est d’une cohérence plus qu’improbable, mais les apparences ainsi sont sauves. Ils luttent bien contre le néolibéralisme, sauf sur ce qu’il y a de néo dans ce libéralisme : les institutions supranationales.

Mais plus fondamentalement, il échappe visiblement à toutes ces bonnes âmes, des considérations beaucoup plus concrètes : il s’agit d’établir comme toujours en politique, des rapports de force. Les amis de RM Jennar s’en remettent ainsi à une logique de victoire dans les 28 pays membres de l’Union européenne (!), à des négociations intergouvernementales opaques, et au bon vouloir de soi-disant « députés » européens pour chaque combat important. Procéder de cette sorte revient à basculer indéfiniment dans une logique millénariste et miser dans les faits sur une patience indéfinie des classes populaires. C’est ainsi faire peu de cas de leur exaspération bien réelle et bien légitime, et négliger la nécessité pourtant bien évidente de favoriser des rapports de force gagnables, lisibles et rapides, directement accessibles seulement dans un cadre national.

 Ruptures

Pour ce faire bien sûr, il faut néanmoins le minimum, à savoir que ceux qui prétendent se placer du côté de la « représentation » des classes populaires, veuillent bien faire leur travail. Il leur revient de proposer de véritables ruptures avec le contenu bien sûr, mais surtout le cadre du néolibéralisme. Et pour commencer la rupture, qui devrait être une pure évidence, avec son cadre institutionnel, l’UE au premier chef, en son entier, mais bien sûr aussi l’OMC, le FMI, l’OTAN, etc. Ce qui nous éviterait directement de devoir lutter contre le PTCI et tous ses successeurs comme on jouerait à la roulette russe avec un pistolet dont le barillet serait entièrement chargé. Or le vide à gauche sur ces propositions essentielles est à ce point béant, que les classes populaires n’ont plus à leur disposition que l’abstention et le vote protestataire, ou leur colère est instrumentalisée et détournée, pour signifier ce désir d’une véritable rupture avec l’impuissance et l’irresponsabilité politiques érigée en système, ce qui est le cœur des institutions européennes.

Car l’essentiel, sur lequel le « Parlement » européen n’a strictement aucune prise, est défini par les traités, découlant eux-mêmes de la logique antipolitique de Jean Monnet avec sa Communauté du charbon et de l’acier (CECA) et du traité de Rome. La fameuse « méthode » Monnet, invoquée comme un mantra, ne fut finalement pas celle qui fut appliquée. Il avait prévu d’étendre l’exclusion, non seulement des parlements, mais aussi des gouvernements, de la politique économique et institutionnelle, sur le modèle de la CECA et de sa Haute Autorité, et de procéder ainsi secteur par secteur. A l’époque de l’élaboration du traité de Rome (1957), Jean Monnet était opposé à procéder de manière globale et intergouvernementale. Il privilégiait pour cette raison l’Euratom par rapport au projet d’un marché commun européen auquel il ne croyait pas dans l’immédiat. Ce ne fut pourtant pas ce qui fut décidé. Le traité de Rome institua bien une démarche globale et intergouvernementale. Le point commun entre la CECA et le traité de Rome n’est donc pas la « méthode » Monnet, mais tout simplement une conception postnationale du politique, sans souveraineté et partant sans processus démocratique. La spécificité du traité de Rome par rapport à la CECA, c’est que pour arriver à ce résultat, il en passe au contraire par les gouvernements de chaque Etat, débarrassés ainsi de la pression parlementaire et surtout populaire. Cela permet à chaque gouvernement de n’être plus responsable politiquement de ses décisions, et d’être ainsi une version moderne des despotes éclairés (mais toute ampoule ayant été éteinte). Les Etats, indispensables pour maintenir une légitimité de la contrainte normative et son effectivité, sont ainsi débarrassés des processus démocratiques tout en maintenant formellement les institutions précédentes, afin que l’on ne saisisse pas clairement à quoi est due la disparition du caractère politique de nos sociétés. Le processus réel, si on fait abstraction de l’idéologie, est donc tout sauf fédéral, puisqu’une fédération pérenne n’est finalement qu’une sorte parmi d’autres d’Etat souverain. Et qu’il s’agit ici de se débarrasser de la souveraineté, afin de dissoudre la politique dans la « gouvernance » par les règles, issues de traités, extérieurs à tout peuple souverain.

 Un « Parlement » conçu comme un décor de théâtre

Qu’un soi-disant parlement décore hypocritement ce processus radicalement a-politique et antidémocratique, comme une cerise absurde sur un gâteau indigeste, est un facteur aggravant et non de progrès. Un tel « Parlement » est conçu comme un décor de théâtre, jamais chargé de la moindre définition d’un intérêt général européen, ne représentant aucun peuple souverain, et ne disposant pas d’un Etat détenant le monopole de la puissance publique sur son territoire. Il n’est là dans le fond que pour singer un processus électif, dénué de tout sens institutionnel et politique afin de donner le change. Tous ceux qui se prêtent à ce scandale démocratique en sont les complices, volontaires ou pas, permettant de légitimer ainsi à si bon compte un système radicalement illégitime, qu’il est plus qu’urgent de dénoncer frontalement comme tel. La campagne actuelle du Comité national de résistance républicaine à l’Union européenne (CNR-RUE), soutenu par le M’PEP, pour un boycott du « Parlement » européen, initie enfin cette démarche salutaire. Elle permet aussi de faire tomber les masques afin de voir qui est vraiment du côté des classes populaires ou qui privilégie un internationalisme abstrait mal conçu et n’ayant jamais produit un seul résultat significatif à leur défense réelle et concrète. Car tant que l’on n’aura pas reconquis la souveraineté intégrale des nations européennes, les programmes de la gauche ne seront que des baudruches remplies de vent.

Le problème n’est donc absolument pas celui du pouvoir du « Parlement » européen. Il est très clair que s’il avait vraiment des pouvoirs, cela serait finalement un facteur aggravant d’une situation déjà suffisamment ubuesque comme cela. Le « Parlement » européen ne peut de toute façon pas aller contre la définition du supposé intérêt général européen monopolisée institutionnellement par la Commission et factuellement par le Conseil. Il ne peut pas non plus aller contre le contenu des traités qui surplombent toute l’architecture de l’UE, elle-même n’étant qu’une accumulation de traités néolibéraux supranationaux et d’institutions antidémocratiques chargées uniquement d’appliquer ces traités. Si le « Parlement » européen avait de vrais pouvoirs il se livrerait alors d’autant plus, avec la Commission et le Conseil, à une activité pseudo-législative, toujours sans Etat et sans nation souveraine. Il y aurait donc un nouveau pouvoir réel déconnecté des prérequis de la démocratie, complexifiant encore la jungle institutionnelle européenne dans laquelle une chatte démocratique n’y retrouverait pas ses petits. C’est d’ailleurs un des fondements de cette déconstruction européenne : créer des institutions à tout va, sans respecter la moindre logique et cohérence démocratique, c’est-à-dire être des instruments contrôlés par le peuple. Ces institutions se superposent avec les anciennes institutions nationales, afin de les vider de leur contenu et de leur fonction.

 Voter ne suffit pas

Ce n’est pas le simple fait de voter pour des députés qui rend démocratique une institution parlementaire. Et de très loin s’en faut. Deux raisons impératives conditionnent l’aspect démocratique ou non d’un parlement. D’abord celui-ci doit avoir le monopole de la définition de l’intérêt général national, dans le cadre d’un Etat détenant lui-même le monopole de la puissance publique sur le territoire correspondant. Pourquoi ? Et bien parce que l’autonomie d’une communauté politique, le fait de se donner à soi-même sa loi, est en fait la condition de la politique. La politique est ainsi de nature radicalement différente de la gestion, qui se limite pour sa part à aménager des contraintes et un cadre qui ne sont pas le fait des gestionnaires, ne dépendant pas d’eux, et qu’ils ne sont évidemment pas fondés à remettre en cause. La politique est donc évidemment le contraire de la « gouvernance ». C’est pour cela que l’on distingue soigneusement administration et gouvernement dans un Etat de droit.

C’est ici également que le prérequis de l’effectivité de la puissance publique et la souveraineté prennent tout leur sens. Si les pouvoirs en jeu sont résiduels, et si la source des contraintes est essentiellement externe à la communauté politique, à quoi bon élaborer un système législatif ? Ceci est à vrai dire le prérequis de l’autonomie du politique. Pour que cette dernière puisse être définie comme démocratique, il faut encore que cette souveraineté appartienne en propre au peuple de cet Etat, seule source de légitimité de l’ensemble ainsi constitué. Le concept de ce peuple souverain d’un Etat autonome et détenant le monopole de la puissance publique, est la nation. Sans autonomie du politique, sans effectivité de la puissance publique, sans souveraineté, sans nation, un parlement ne peut avoir aucun sens. Définissant la loi, le parlement a donc le monopole de la norme contraignante sur le territoire de l’Etat. L’ensemble de ces normes doit correspondre à la définition de l’intérêt général de la nation, définition toujours amendable après débat contradictoire et rapport de force électoral. Sans l’effectivité de ces conditions indispensables, un parlement, dont l’existence n’a de raison que pour représenter la nation souveraine, ne saurait correspondre à la moindre logique démocratique. A moins de croire que le mot, c’est la chose, et donc que s’il y a le mot parlement, avec le mot député, alors la réalité correspondante existe réellement. C’est-à-dire de prendre avec enthousiasme des vessies pour des lanternes. Et d’enjoindre ses concitoyens de faire de même le plus massivement possible, car plus on est de fous plus on rit.

 Suppression des bases de la citoyenneté

Mais, pour le malheur du Front de gauche et de Raoul Marc Jennar, nos concitoyens n’ont plus envie de rire au spectacle de la suppression des bases de leur citoyenneté, et des terribles conséquences qui en découlent. Car quand plus aucune force de rappel démocratique ne vient contrer les classes dominantes et le capitalisme déchaîné du néolibéralisme, les dynamiques les plus négatives se recomposent alors sous nos yeux. Ce qui est d’ailleurs la véritable source des deux guerres mondiales, et non les nations. C’est au contraire parce que les nations n’étaient pas encore de vraies nations politiques, ou pas encore assez, que les forces délétères du capitalisme ont pu causer ces désastres formidables. La nation, au sens fort et politique défini plus haut, est le contraire et le seul véritable antidote au nationalisme, d’essence identitaire et non politique. C’est la seule force de rappel efficiente et légitime face au capitalisme, comme nous l’a montré l’immédiat après-guerre et comme nous le rappelle aujourd’hui l’Amérique du Sud.

La démonstration par l’absurde, ou par l’inverse, c’est la contre-révolution de la déconstruction du politique par les institutions européennes qui nous le prouve hélas depuis des décennies. La novlangue et l’idéologie digne de la Pravda régnant ici en maître, où ce qui est affirmé est toujours le contraire de la vérité, si la paix a régné sur le continent européen après la Seconde Guerre mondiale, c’est malgré les institutions européennes, et non pas grâce à elles. Et si le retour de la guerre sur notre continent advient, on voit déjà que ces institutions porteront une très lourde responsabilité. On en a eu déjà un avant-goût lors du démantèlement encouragé de la Yougoslavie et on voit les mêmes logiques poussant à la guerre civile en Ukraine. On voit également comment le nationalisme, la xénophobie et l’extrême-droite sont spectaculairement encouragés par les institutions européennes. Les supposés pompiers sont ici les véritables pyromanes. Ce qui est parfaitement logique, puisque lorsque face aux effets délétères du capitalisme néolibéral l’on supprime tout processus démocratique, les classes populaires n’ont plus que leur frustration comme seule boussole, tous les débouchés politiques se voyant court-circuités par la paralysie démocratique organisée par les institutions européennes. Délégitimer ces dernières est donc la priorité des priorités pour ceux qui veulent sincèrement débloquer la situation avec la rapidité et l’efficacité que réclame l’urgence et la gravité de la situation. C’est de toute façon une nécessité démocratique. Si la gauche ne porte pas cette nécessité, alors non seulement elle ne sert à rien, mais elle devient ipso facto particulièrement contreproductive. La gauche, en effet, se présente comme le regroupement de la représentation politique censé privilégier les intérêts structurels des classes populaires et les dynamiques proprement démocratiques, même si c’est ainsi lui prêter beaucoup vu son bilan, à cette aune, plus que mitigé.

 Représenter réellement les intérêts structurels des classes populaires

Il existe une deuxième condition pour qu’un parlement soit réputé démocratique. Il faut que la représentation politique soit organisée par des partis avec, autour de ces derniers, des organisations de masse qui représentent réellement les intérêts structurels des classes populaires. Alors la confrontation électorale sera l’occasion de mettre en scène le rapport de force interne d’une communauté politique donnée sur les enjeux principaux. Ce sera l’occasion donnée de trancher provisoirement par le biais de programmes concurrents définissant chacun l’intérêt général de la nation à un moment donné. Les lois passées pour les mettre en musique et les gouvernements exécutant ces lignes deviennent ainsi pleinement responsables des normes contraignantes et de leurs conséquences lors du mandat suivant. Un processus authentiquement démocratique a alors bien eu lieu.

Pour cela, les partis politiques doivent représenter des définitions concurrentes de l’intérêt général d’une nation souveraine, dans le cadre d’un Etat détenant le monopole de la puissance publique. C’est la « compétence de la compétence », pouvant traiter de tous les sujets. Sinon la logique que l’on vient de décrire est court-circuitée et ne peut plus opérer. Et l’élection peut alors suivre de nouveau sa pente oligarchique naturelle, légitimant une captation de pouvoir des classes par ailleurs déjà dominantes socialement. Petite musique hélas très familière.

Arguer de l’impuissance actuelle de nos parlements nationaux pour légitimer les institutions qui sont celles qui ont organisé cette impuissance procède d’une bien étrange logique. Elle met à l’envers ce qui doit être mis à l’endroit. Pour que nos parlements nationaux se remettent à fonctionner selon une logique démocratique, ce qui est parfaitement possible puisqu’eux, à la différence du « Parlement » européen, correspondent à un Etat, à une nation détenant seule la légitimité et la souveraineté, il suffit de les déconnecter des institutions européennes illégitimes. Encore faut-il le vouloir.

 III.- L’UTILISATION SANS VERGOGNE DE LA TARTE A LA CREME DU DANGER DU FN AFIN DE MOBILISER EN LES CULPABILISANT LES HESITANTS QUI CRAIGNENT AMPLIFIER LE VOTE FN EN S’ABSTENANT AUX EUROPEENNES EST L’ARGUMENT ELECTORAL DE CEUX QUI N’ONT PLUS D’ARGUMENT

Dans son dernier argument, RM Jennar souligne la faiblesse de ceux qui savent qu’aucun appel vibrant aux soi-disant pouvoirs merveilleux prêtés au « Parlement » européen ne risque de déclencher une vague de participation électorale. C’est l’ « argument » électoral de ceux qui n’ont plus d’argument, le joker que l’on sort de sa manche lorsque la situation devient critique. Il faut occuper le terrain, peu importe comment, de peur que le FN ne l’occupe. Misère de la politique, réduite à sa dimension politicienne, quand il n’y a plus de véritable politique. Donc, le FN, dont la force structurelle et la longévité dans le rôle du fou du roi doit tout à la déconstruction politique européenne et au PS - mais les deux sont liés - sera combattu en légitimant les mêmes institutions européennes. Par la participation électorale, il sera indiqué aux institutions européennes que les citoyens acceptent de légitimer la déconstruction de leur éminence institutionnelle et la suppression de leur souveraineté.

Par contre, appeler à délégitimer les institutions de fait illégitimes de « l’Union » européenne, et à reconstruire la force des classes populaires en restaurant leur pouvoir national, seule forme institutionnelle qui reconnaisse leur puissance politique, serait aider le FN. Oui bien sûr, cela nous avait échappé ! Cela a aussi échappé au FN, qui sait, lui, que l’abstention massive aux élections européennes relativiserait beaucoup la portée de son score. Mais, de plus, contrairement à ce que l’on dit souvent, l’abstention ne lui est pas favorable (voir à ce sujet l’article du mois de mai 2014 du Monde diplomatique sur l’abstention). Une bonne partie de ceux qui s’abstiennent voteraient pour une formation appelant ouvertement à une sortie des institutions européennes s’ils devaient voter. Ils ne viendraient donc pas grossir les rangs du Front de gauche, qui se révèle finalement le dernier rempart des institutions européennes, exemple le plus abouti d’institution néolibérale.

 Conclusion

Le temps n’est plus aux tergiversations, ou aux combats défensifs de témoignage. Par exemple, lutter pour que les institutions européennes ne complètent pas leur intégration atlantique et la dissolution des derniers pouvoirs souverains résiduels avec la conclusion du PTCI. Les peuples européens, dessaisis de leur souveraineté théorique et pratique par le biais de la « construction » européenne, qui n’est que la déconstruction du caractère politique des pays européens et la suppression par conséquent de tous les processus démocratiques, sont mûrs désormais pour prendre ces institutions pour ce qu’elles sont. C’est-à-dire la tentative réussie pour les évacuer institutionnellement des choix économiques et politiques. Le moment est également celui des choix radicaux.

Nous sommes face à une crise historique, centenaire, du capitalisme, dans sa forme financiarisée et postnationale. Elle met au supplice particulièrement les peuples européens, puisque ce sont les seuls à être prisonniers non seulement du capitalisme financiarisé, mais encore d’institutions proprement néolibérales, à savoir l’Union européenne. Cette dernière les corsète encore plus politiquement qu’économiquement, les deux étant bien sûr liés. Tous ceux qui ne prennent pas la mesure de cette urgence et de cette nécessité participent au vide tragique de relais politiques pour les classes populaires. Et ceci à un moment où elles réclament plus que jamais une rupture décisive avec les logiques mises en place depuis plus de trente ans, dans ce pays par le Parti « socialiste » et ses satellites. Logiques qui ne sont pas contestées radicalement par les partis classés à sa gauche et même à « l’extrême » gauche. L’idéologie postnationale, donc postdémocratique, est en effet partagée autant par l’UMP, où le gaullisme a disparu depuis longtemps, que par le PS, son principal architecte. Cette idéologie constitue même le seul ciment liant la gauche néolibérale (PS et EELV) et la gauche un peu facilement dénommée « radicale », FDG, NPA et LO, entre autres. Les classes populaires sont ainsi privées de tout relais politique massif et visible. Il était plus que temps de réagir.

Boycottez ceux qui vous ont pris le pouvoir : les institutions européennes ! Luttez contre elles, rejoignez les Comités départementaux de résistance républicaine à l’Union européenne (CDR-RUE) ! Partons à la reconquête de notre souveraineté afin de restaurer la démocratie !

 ARTICLE SUR LE BLOG DE RAOUL MARC JENNAR

11 mai 2014

S’abstenir aux européennes : une faute grave

Il en est qui font campagne pour l’abstention lors du scrutin européen du 25 mai. Examinons leurs raisons.

Certains disent : « pourquoi voter pour un Parlement européen (P.E.) qui n’a aucun pouvoir ? » Ce n’est pas exact ; ils devraient s’informer et lire les traités actuellement en vigueur. Ils devraient lire cet excellent petit livre « Le Parlement européen, pour faire quoi ? » dont les auteurs qui ne peuvent être qualifiés d’européistes (B. Cassen, H. Michel, L. Weber). On n’argumente pas en travestissant la réalité. Reprenons leurs principales critiques :

- le P.E. n’a pas le pouvoir de proposer. C’est vrai. Mais qu’en est-il de ce pouvoir dans les parlements nationaux ? Quelle est la part réelle de l’initiative parlementaire dans le travail législatif national ? Dérisoire. Depuis le début de l’actuelle législature (depuis le 20 juin 2012), 125 des 157 lois adoptés étaient d’origine gouvernementale, soit près de 80% des textes votés.

- le P.E . n’est que co-législateur puisque tous les textes législatifs qu’il adopte doivent avoir l’agrément du Conseil des Ministres et de la Commission. C’est vrai. Mais encore une fois qu’en est-il au Parlement français ? Les textes adoptés ne doivent-ils pas, dans les faits, avoir l’accord du gouvernement ?
Par contre, ce qu’on passe trop souvent sous silence, c’est que le Parlement européen dispose du pouvoir de rejeter les textes proposés. Mais la majorité droite-pseudo gauche de ce Parlement préfère les approuver. Il est extrêmement rare qu’un texte législatif soit rejeté : au cours des trois dernières législatures (en quinze ans donc), seule la directive sur la libéralisation des services portuaires a été rejetée suite à l’intense mobilisation des dockers. Dans tous les autres cas, la majorité droite-PS a accepté les textes proposés.

Il ne fait aucun doute qu’au regard de l’idéal démocratique qui demeure à appliquer en France, le PE pourrait disposer de pouvoirs plus larges. Mais nous savons que ce sont les gouvernements des Etats qui limitent ces pouvoirs. C’est d’abord aux gouvernements successifs de la France qu’il faut s’en prendre si on veut changer d’Europe.

Ils affirment que « ce PE soutient les politiques néo-libérales proposées par la Commission européenne et adoptées par les 28 gouvernements réunis en Conseil des Ministres. » C’est vrai. Et cela prouve que le PE a du pouvoir. Puisqu’il pourrait ne pas les soutenir. Mais à qui la faute si les choix sont de droite ? Pas à l’institution qu’est le PE ! Mais bien aux partis politiques de droite et de la pseudo-gauche qui votent ensemble l’écrasante majorité des textes. Comme l’écrivent très justement les auteurs de cet excellent petit livre intitulé « Le Parlement européen, pour faire quoi ? » c’est à l’alliance des chrétiens-démocrates et des sociaux-démocrates qu’il faut attribuer le caractère néo-libéral des textes adoptés. Et les auteurs de conclure « si le Parlement veut, il peut ». Cette orientation dépend donc avant tout du vote des électeurs.

Enfin, ils proclament « il faut s’abstenir pour manifester notre rejet de cette Union européenne qui nie la démocratie et la justice sociale parce qu’elle nie la souveraineté des peuples ». Je suis d’accord sur le constat, mais je ne considère pas que ce soit la bonne méthode pour changer d’Europe, ni même pour changer l’UE. En effet, lors du précédent scrutin européen, en 2009, il y a eu, votes blancs et nuls compris, 62, 12% d’abstentions en France. En quoi cela a-t-il changé les choix politiques de l’UMP puis du PS ? En quoi cela a-t-il empêché la majorité PS – EELV de ratifier tel quel le pacte budgétaire Merkel-Sarkozy ? En quoi cela a-t-il modifié les orientations de l’UE ? Quelle révolution cela aurait été si seulement la moitié de ces abstentionnistes en 2009 avait soutenu l’une ou l’autre des listes de la gauche de gauche !

Quant à affirmer qu’en délégitimant le Parlement européen par un boycott massif de l’élection « les décisions européennes n’auront plus aucune portée en France », c’est oublier que les décisions européennes sont pour l’essentiel prises avec l’accord des 28 Etats, c’est-à-dire des 28 gouvernements et que ce sont donc aussi des décisions qui engagent le gouvernement français et qui s’appliquent en France.

De plus, cette année, alors que se négocie le grand marché transatlantique (GMT), nous allons élire les députés européens qui auront à le ratifier, si la négociation aboutit. Puisque, désormais, le Parlement européen a le pouvoir d’adopter ou de rejeter de tels traités. Il a usé de ce nouveau pouvoir le 4 juillet 2012 en refusant l’ACTA, un traité au contenu liberticide négocié par l’UE dans le plus grand secret. Affirmer, comme les partisans du boycott le prétendent que « le résultat du scrutin n’aura aucun impact » sur l’avenir du GMT, c’est tout simplement se faire les complices des partisans du GMT.

Il nous est donc possible de choisir des candidats qui sont radicalement et sincèrement opposés à ce projet funeste pour les peuples d’Europe. Et de faire de cette élection un référendum pour ou contre le GMT.

Je veux ajouter ceci. A côté de ceux qui s’abstiennent, il y a ceux qui ne s’abstiennent pas : les électeurs du FN. Et ce parti, on l’a vu aux récentes municipales, profite des abstentions pour gagner plus de sièges qu’il en obtiendrait s’il y avait moins d’abstentions. S’abstenir aux européennes, cela équivaudra à donner plus encore de députés européens au FN. Et ce choix discréditera la France et n’aura aucune influence sur la nécessité de faire rupture avec les orientations politiques de l’UE et les institutions qui les portent. Parce que ce sera un choix d’extrême-droite.

S’abstenir est une grave erreur. Une faute politique majeure. Il faut au contraire se mobiliser massivement pour ceux qui ont combattu le traité constitutionnel européen en 2005 au nom des valeurs de gauche et qui sont restés fidèles à ce choix, pour ceux qui au Parlement européen n’ont jamais mêlé leurs voix à la sainte alliance de la droite et des sociaux-démocrates, pour ceux qui rejettent le capitalisme rose comme le capitalisme vert.

S’abstenir, c’est faire du score du FN l’événement médiatique majeur du scrutin ; voter massivement Front de Gauche, c’est créer l’événement politique et annoncer aux peuples d’Europe, et en particulier au peuple grec martyr de l’UE, qu’un espoir est né en France de remplacer l’UE par une union des peuples d’Europe fondée sur la démocratie, la justice sociale, l’exigence écologique et le respect absolu de la souveraineté populaire.

Raoul M. Jennar


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Forum de l'article  -18 Messages

  • Alors ... parce que les parlementaires français ne font pas leur boulot, Raoul Marc Jennar préconise que le parlement européen laisse faire le sien par les lobbys ?
    Quand un gouvernement intervient dans le processus législatif, il le fait avec un minimum de légitimité : celle de l’élection, au moins de son président. Je ne me souviens pas d’avoir élu José Manuel BARROSO ni quelqu’un de sa clique à la Commission ni à la BCE.
    Le vrai problème quant au fait que le parlement européen ne puisse pas être force de proposition, c’est que ceux qui peuvent l’être à sa place sont nommés par Monsanto et Total et pas par un président élu au suffrage universel ou un parti politique majoritaire.
    Même sous couvert d’une critique des institutions et/ou de l’inefficacité des procédés démocratiques nationaux, on ne peut pas laisser aligner sur le même plan le lobbying des firmes du CAC 40 avec la légitimité, même minimaliste d’un gouvernement !
    Et ça ... Monsieur Jennar ne peut pas (continuer de) l’ignorer !

    Sabine

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    • Excellente synthèse "Sabine". N’importe quel citoyen éclairé devrait avoir (pouvoir) compris (comprendre) ces fortes nuances et revendiquer une décision définitive de boycott.
      R.M. Jennar nous "la fait cataclysmique" pour mieux éviter l’autre argument ridicule : "l’Europe c’est la paix". Que peut faire ce parlement à majorité socialo-libérale-conservatrice contre le T.A.F.T.A ?

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    • Il ne s’agit pas de l’Euro, mais du P.E., mais la réflexion est la même :

      Sur le blog de Jean Michel Naulot, sur Médiapart, un commentaire qui exprime à peu près ce que je ressens à la lecture des discussions au M’PEP sur les élections européennes.

      18/05/2014, 04:46 | Par Claude Anonymous en réponse au commentaire de Ourse Blanche le 17/05/2014 à 16:50
      C’est vrai que l’urgence est là !
      Pendant que quelques économistes de la gauche de gauche (que par ailleurs j’apprécie pour la plupart) débattent d’une hypothétique sortie de l’euro, le traité transatlantique est passé sous silence. Gravissime !
      Ce n’est pas au parlement européen que se jouera le sort de la monnaie, mais c’est là par contre que sera voté ce traité.
      On passe à coté de la plaque en se focalisant sur l’euro, il faut informer les citoyens sur ce qui se trame entre l’UE et les USA.
      Se focaliser sur un problème qui ne se pose pas pour l’instant en oubliant le danger immédiat ! Je sais bien qu’à gauche on aime les débats théorico-théoriques mais quand même on pourra se demander où étaient tous ces intellectuels quand il aurait fallu alerter sur le grand marché transatlantique !

      Personnellement, je crains que l’action du M’PEP en faveurs du boycott ne soit noyée au milieu d’un océan d’abstention due à l’indifférence ou à l’ignorance. Avec comme résultat que personne ne le remarquera.

      L’urgence n’est pas de décrédibiliser le P.E., mais de contrer le TAFTA.

      Personnellement, je préfère donner autant que possible de la visibilité au front de gauche, pour lui donner une bonne assise lors des prochaines élections en France.

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  • Jennar reconnait implicitement que le parlement européen n’a aucun pouvoir. il peut inventer ce qu’il veut comme raisons, pour moi, il a dit l’essentiel. Et n’importe qui peut voir que ses comparaisons avec les parlements nationaux ne tiennent pas la route.

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  • Un point non évoqué : ces élections sont les seules où les partis de "2e division" (Verts, NPA, Front de Gauche etc...) peuvent espérer avoir des élus et donc les subsides et moyens de communication qui vont avec. Alors on fait "contre mauvaise fortune bon coeur" pour assurer la persistence de l’appareil et l’accès à une tribune.

    Le problème c’est que ce choix tactique n’est pas asssumé, il est vrai que ça ferait un peu désordre, et que leur politique se réduit à un aspect utilitaire sans véritable projet. Des élus, pourquoi pas, mais pourquoi faire ? Les moyens (discutables) ont remplacé la fin.

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  • Je pense que pour vous faire entendre, vous devriez vous "incarner", c’est-à-dire avoir vous même un candidat, puisqu’il n’y aurait là aucune contradiction quant à la portée d’un message qui prétend ignorer, à dessein, le régime parlementaire européen et un candidat qui revendiquerait ce point de vue le plus clairement possible.

    Vous semblez refuser cette "incarnation", la question étant, face aux critiques à mes yeux essentiellement littéraires mais cependant particulièrement agressives dont vous faites usage : ne pensez vous pas qu’à un certain degré, l’"incarnation" structurée de votre point de vue n’aurait qu’un poids extrêmement restreint ? En d’autres termes, qu’une incarnation de vos idées sur ce scrutin n’est pas contradictoire, mais non réalisable car simplement invisible, non seulement sur le seul territoire national mais qui plus est à l’échelle européenne ? En d’autres termes, que votre boycott présente une structure relativement faible, structure qui repose sur un dégoût et un sentiment de révolte, certes compréhensibles, mais néanmoins fallacieux dans le concept et contradictoires dans les termes...? Sans parler du fait que l’abstention sera DEJA importante... avec un quelconque effet ? Bien évidemment NON, sinon celui d’avoir à supporter à nouveau les larmes de crocodile de ceux, notamment des mass-médias, qui se désoleront "une fois de plus" du faible taux de participation et de favoriser la mise en place de politiques néo-libérales qui se nourrissent de quelque abstention que ce soit, et ce sur n’importe quel terrain, sous n’importe quel forme, ce que vous devez nécessairement savoir.

    Vous pouvez toujours répondre à Raoul Marc Jennar par vos circonvolutions et une certaine forme de mépris, lui se bat, se déplace, milite et ce sur l’ensemble du territoire européen, dans le cadre de débats, meetings, à la rencontre de tous, francophones ou non, régulièrement, en l’occurrence contre Le Grand Marché Transatlantique - excusez du peu, mais étant moi-même expatrié et ayant habité au moins deux grands pays européens, je me permettrai de souligner avec force, j’insiste, excusez du peu, le fait suivant : je ne me souviens pas vous avoir vu faire le tiers de la petite moitié de ce qu’il faisait, puisqu’au moins son activisme, à ce monsieur qui semble vous horripiler, dépassait le cadre électronique d’une page internet pour s’incarner dans une intervention toute réelle faite d’os et de chair, à la rencontre des européens je le rappelle francophones comme non francophones, pour sensibiliser sur les problèmes sensibles et faire bouger les lignes, au travers de nombreux meetings pédagogiques et bien entendu publics.
    Puis-je ici rappeler que si des régions se sont mobilisées face au Grand Marche Transatlantique et l’ont officiellement reconnu puisque ce refus fut acté par plusieurs votes en conseil, celui-ci fut à l’initiative à chaque fois du Front de Gauche et des verts, le P.S. s’étant lui plutôt fait remarquer au passage par la tentative de faire passer une motion de censure pour éviter le débat ?

    Je n’ai ni l’envie ni le temps de faire une dissertation ni une liste exhaustive des sujets qui mériteraient une approche militante et je dois sur ces quelques mots vous laisser, jugeant, je le rappelle et j’en suis bien désolé, votre boycott à une forme d’entre soi malheureusement stérile - dans l’espoir de vous voir agir sur le terrain dans un avenir plus ou moins proche, à la rencontre de tous les militants qui se battent ou entendent se battre, dans la plus grande visibilité, sur le terrain, non contre l’"Europe", mais contre l’Europe technocratique, contre l’absence de projets, contre le refus de poser les questions qui fâchent et la simplification des enjeux comme des moyens de parvenir à des résultats, dois-je encore le rappeler contre les forces réactionnaires et conservatrices qui elles s’organisent dangereusement et sans la moindre once de scrupule bref, en attendant de vous "voir", je vous salue tout de même le plus chaleureusement et cordialement du monde.

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    • Tout à fait François. Je pense aussi que l’abstention "militante" va être diluée dans la grande masse de l’abstention "de désintérêt" et rien ne fera entendre sa voix.
      Pourquoi ne pas avoir présenté des listes de refus, affichant clairement qu’elles ne siègeront pas quand bien même elles seraient élues ? Ca aurait eu de la gueule !
      Pour ma part, je voterai FdG pour une raison purement nationale : changer le rapport de force avec le PS. Quant à leur représentation au soit disant PE, je sais à quoi m’en tenir.

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    • Amen...Que celui qui a compris explicite en clair. Merci !

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    • François, vous qui parlez "d’incarnation", votre propos est pour le moins abscons ! Heureusement que vous n’avez pas le temps ni l’envie de faire une dissertation...

      cordialement

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    • N’oublions pas le vote des français le 29 mai 2005.

      Pourquoi voter pour l’Europe alors que le peuple l’a rejeté ?

      Pour le traité de Lisbonne le peuple a-t-il était sollicité ?
      Pourquoi ne l’a-t-il pas été ?

      N’est ce pas un viol de la constitution et de la démocratie ?

      Pourquoi le fn appelle au vote alors qu’il est contre l’Europe ?

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    • Bonjour,

      Ce texte n’est pas un pamphlet contre RM Jennar dont le militantisme n’est pas à démontrer et est admirable. Vous confondez critique d’idées et mépris des personnes. Au contraire, ces textes (celui de RM Jennar et celui proposé ici) sont l’occasion d’un vrai débat d’idées comme il y en a peu dans le paysage politique généré par l’UE. Votre intervention évite ce débat en s’appuyant sur des aspects d’ordre moral : en somme, le militantisme de RM Jennar met ses idées à l’abri de toute critique qui ne viendrait pas elle-même d’un grand militant. En dehors d’un mépris certain pour le M’PEP (ce qui est votre droit !), je ne suis pas sûr que finalement ce ne soit pas aussi une forme de mépris pour le texte de Raoul Marc Jennar.

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      • Merci à tous, soutien ou non de Mr Jennar ! Merci pour ces échanges intéressants qui m’ont permis d’avancer dans ma réflexion. Les arguments de chacun sont pertinents et s’équilibrent. Je cherchais dans cette page de quoi me décider quant à mon choix pour l’élection "européenne" et malheureusement, je n’ai pas pu trancher... Ca sera EELV ou "abstention militante"... A voir...

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    • A vous lire, j’ai l’impression de lire les mêmes leçons de 2005.
      Pourquoi "boycott" plutôt qu’ "abstention", parce qu’il s’agit de décision militante.
      Pour ma part, c’est la 2ième fois que je "boycotterais" une élection. J’ai eu la même démarche lors du 2ième tour de 1969. J’ai répondu alors à l’appel de Jacques DUCLOS.
      Ma décision de "boycotter" le 25 Mai est mûrement réfléchie. Ce n’est pas une démarche naturelle dans ma vie de militant. Cette Europe est irréformable !!! Je ne perds pas espoir qu’un jour enfin, un jour viendra "couleur d’orange" comme le chantait si bien Jean FERRAT.
      Vous nous accusez d’en faire moins que Raoul Marc JENMAR. C’est une accusation gratuite. Oui, Mr JENMAR a une très grande activité contre le Traité Transatlantique. Mais ce n’est pas parce que nous aurons un président élu que les choses changeront. D’autant que le candidat proposé par le FDG n’offre vraiment pas toutes les garanties.

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    • Vous écrivez : "Vous pouvez toujours répondre à Raoul Marc Jennar par vos circonvolutions et une certaine forme de mépris, lui se bat, se déplace, milite et ce sur l’ensemble du territoire européen, dans le cadre de débats, meetings, à la rencontre de tous, francophones ou non".
      Le M’PEP est une organisation de militants qui se battent sur le terrain, dans des réunions publiques, dans les manifs, distribuent des tracts mais aussi lisent, réfléchissent, analysent.
      Nous n’avons aucun mépris pour RM Jennar : nous répondons à ses ARGUMENTS avec d’autres ARGUMENTS ; Cela s’appelle le débat politique.
      Il est vrai que depuis ces dernières c’est chose rare en général et je constate que cela choque. Mais nous continuerons car agir sur le plan politique c’est penser et agir.
      Quant à l’entre soi du boycott laissez moi sourire doucement : quand 59% de Français se sont abstenus en 2009 et que personne ne les entend il faut se poser la vraie question : ne serait-ce pas plutôt les partis politiques qui présentent rituellement leurs candidats à toutes les élections qui vivent dans l’entre soi ?

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  • Très bon texte, dont je partage entièrement l’orientation et les arguments,

    MAIS ...

    Que diable, il est difficile à lire ! Combien le liront ?

    Trop long certes, et ne serait-il pas possible pour d’autres textes aussi intelligents et pertinents, de trouver un co-rédacteur qui sache le réduire avec des phrases plus courtes et une organisation logique plus fluide au sein des paragraphes ?

    P.S. : Une omission à signaler, qui nous vient de la géographie des Etats, hélas familiers avec les boycotts et les appels à l’abstention lors des élections. Nombreux sont les partis démocratiques des Etats "semi-totalitaires" des pays arabes et d’Afrique (et par les passé d’Amérique latine), qui appellent régulièrement au boycott des élections. Or l’U.E. se place parmi les institutions "semi-totalitaires !

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  • Encore un effort, camarades !

    20 mai 2014 20:45, par Sam

    Salut là-dedans,

    bon article, qui va jusqu’à être quasiment original — malheureusement — sur quelques points très rarement évoqués où sur lesquels règne une confusion amplement partagée. Mais c’est justement là-dessus qu’il devient urgent d’élaborer.

    Ainsi du caractère en réalité tout sauf fédéral de cette monstrueuse "construction". Je persiste à penser qu’il s’agit là d’un point absolument cardinal, qu’il est indispensable de souligner dans les débats si on veut en finir avec le dialogue de sourds qui écartèle la politique depuis ces dernières trente années de "construction" européenne. La question fédérale n’est en réalité jamais analysée sérieusement, sans quoi on saurait qu’en somme elle ne se pose pas et que c’est justement la fausse question qui interdit toute entente potentielle de se réaliser.

    Encore un effort, donc, car l’heure est plus jamais venue de cesser de prêcher des convertis. Or je trouve ici quelques ouvertures encourageantes, mais elles sont reléguées à des parenthèses, dans un discours qui, dans l’ensemble, séduira très peu les européistes forcenés.

    Ce qu’il faudrait surtout expliquer à un européiste de bonne volonté, ce n’est pas tant pourquoi l’Union européenne EST une merde (d’autant moins pour un RMJ qui est placé pour le savoir, et celles et ceux qui connaissent bien son nom), c’est pourquoi elle ne peut absolument pas se changer de l’intérieure pour DEVENIR ce qu’il veut croire qu’elle peut devenir : l’incarnation d’une nation européenne, une véritable fédération, un État, ce qui revient au même.

    Le problème de ce plaidoyer n’est pas tant que les passages sur les conditions et la nécessité de la souveraineté soient trop longs ou trop redondants, c’est qu’il convaincra essentiellement des gens qui ont déjà amalgamé dans les faits souveraineté nationale et souveraineté populaire. Ceci non pas nécessairement par "droitisme" suspect mais aussi bien, simplement, parce qu’ils auront déjà compris et admis que la souveraineté populaire n’a aucune chance de se refonder au plan européen avant des lustres.

    Seulement, une fois cela compris, pour peu qu’on tienne vraiment à être conséquent et efficace, et si l’on tente vraiment de s’adresser non pas aux seuls convertis mais à tous ceux qui méritent qu’on prenne cette peine, il s’agit donc en particulier d’expliquer pourquoi l’Union européenne, en réalité, est elle-même un parfait obstacle (s’il en fallait) à l’émergence d’une Europe fédérale... Puisque une telle construction ne peut se transformer de l’intérieur pour devenir un État tandis elle occupe de fait le monopole (de l’illusion) en la matière.

    Mais c’est précisément ce que tous les souverainistes se refusent à dire et, pour commencer, ce qu’ils refusent de voir. Sans doute parce que çà leur arracherait la gueule, disons-le : ils s’effraieraient eux-mêmes ce faisant car, en disant cela, on semble admettre indirectement qu’un système fédéral européen soit possible et souhaitable ; en l’étudiant un peu sérieusement on semble donner vie à une bête qui en réalité restera une chimère. Et c’est là leur plus grande erreur, puisque c’est le meilleur moyen, de leur part, de contribuer à tuer le débat en le maintenant sous le chapeau d’une fausse question.

    Or si les utopistes fédéralistes comprenaient que l’UE est elle-même un obstacle insurmontable sur la voie de leur projet, ils seraient appelés à se résigner à se joindre à nous pour appeler à détruire ce monstre…

    Au lieu de cela, sortis des sons de cloches de leurs homologues, ils n’ont guère que celui de gens qu’ils tendent à prendre pour des "souverainistes de religion"… du fait même que pratique ils ne s’abaissent jamais à étudier suffisamment la question de la souveraineté en la portant sérieusement au plan européen.

    S’en tenir à dire, en somme, qu’un "Parlement" européen n’incarne pas la souveraineté d’une nation et ajouter que s’il n’a pas plus de pouvoir, c’est encore heureux, n’aura pas l’heur de plaire à quiconque rêve encore de l’émergence d’une nation européenne.

    Or il se trouve qu’encore bien des gens, surtout parmi ceux qui ont un micro, ont encore le temps de rêver vu qu’ils n’ont que peu souffert encore, dans leur chair, leur famille ou leur carrière, des dégâts de la "construction" en question…

    Une construction essentiellement intergouvernementale ou confédérale, c’est comme un match dans lequel les joueurs — au hasard les plus forts ou, mieux, les plus putes parmi les plus faibles du moment qui se font manipuler par eux — définissent eux-mêmes les règles au fil de l’eau : il n’y aura jamais dans un tel merdier de loi qui défende l’intérêt général, l’égalité, la justice à l’égard des plus faibles. Mais quel est l’intérêt des plus forts de demander un arbitre et des règles immuables ? Et surtout quel est l’intérêt d’une telle mutation pour les bookmakers qui tirent leur pognon des trucages et des faux semblants, celui des médias qui tirent le leur de l’hystérie, des dégâts et des interminables faux débats sur les réformes à apporter ? Etc. Qui est con au point de croire que des dirigeants grecs, et surtout des financiers grecs, ne peuvent tirer avantage d’un merdier confédéral dont la sclérose inévitable sert le totalitarisme (qu’il soit celui du marché ou encore, qui sait, le grand business que pourrait apporter certain fascisme verdâtre ?) Alors pourquoi si peu de gens ont l’air de comprendre qu’aucun des profiteurs de cette construction proprement tyrannique n’auraient intérêt à ce qu’elle se mute en fédéralisme véritable, c.à.d. en État ?

    Il n’est pourtant pas difficile à comprendre, par exemple, pourvu seulement qu’on nous y fasse penser, que dans tout État — très fédéral ou pas du tout, ce n’est pas là que la distinction se joue — il y a un gigantesque système implicite de redistribution entre départements, régions, province, etc. sans lequel l’unicité de la monnaie, en particulier, ne tiendrait pas, et que l’existence et la pérennité d’un tel mécanisme tient précisément au fait qu’il n’est pas accessible à la négociation des représentants des départements, régions, etc, mais qu’il est décidé au niveau national, au-delà et au-dessus desdits départements, régions, etc. Or qui ignore qu’un traité se négocie entre gouvernements nationaux ? Et qui s’imagine que les gouvernements nationaux vont céder la place un peu facilement dans cette "construction" ? Personne d’un peu censé.

    Seulement, qui prend le soin d’expliquer pourquoi une situation dans laquelle les gouvernement nationaux ont le pouvoir formel au plan supranational est inévitablement tyrannique ? Là encore, les "souverainistes" ont un boulevard mais s’effraient devant une chimère : le fait est que toute construction supranationale est mécaniquement tyrannique, mais en abordant la question ainsi, et sachant que la construction en question risque bien de ne pas disparaître rapidement, ils pourraient avoir l’air de dire qu’il faut surtout évincer les gouvernements… ce qui serait la base d’un virage fédéral…

    Je passe sur ce qui constitue vraisemblablement un préjudice de "place" pour RMJ : il n’est assurément pas le politicard moyen, mais il est tout de même candidat – récidiviste, qui plus est — à la "députation" en carton-pâte en question... ce qui est logiquement l’une des positions les plus inconfortables qui soient pour se rappeler publiquement que le PE n’a aucun pouvoir.

    Je n’ai pas le temps de ré-éplucher méthodiquement les traités mais l’ayant beaucoup fait, s’il est un domaine, avec la monnaie, dans lequel j’ai grand mal à croire que le PE ait acquis un pouvoir significatif, c’est bien celui du commerce international — ce n’était absolument pas le cas avant le traité de Lisbonne. Et de toutes manières, il suffit de rappeler que le préambule et plusieurs articles des traités fixent eux-mêmes l’objectif d’une abolition des restrictions au libre-échange.

    Pour finir, on ne demandera jamais assez aux européistes de bonne volonté, c.à.d. aux fédéralistes utopistes, c.à.d. aux nationalistes européens par anticipation, au nom de quel principe moral ils considèrent leur nationalisme plus présentable que celui des "souverainistes"… en oubliant copieusement combien il nuit, lui, aujourd’hui et dans les faits, aux intérêts des peuples les plus opprimés (entre autres) et au progrès de l’internationalisme.

    Mais quand ils nous font en même le coup de dire qu’il va nous protéger contre le grand marché transatlantique, ils ajoutent à l’incohérence "théorique" de leur internationalisme hors-sol (un machin dans lequel la souveraineté populaire ne s’exerce évidemment nulle part) l’incohérence pratique et pas discrète d’un internationalisme qui n’a ni queue ni tête…

    Si tu passes par là, Raoul, j’en profite pour te dire ceci (Gilles, en parlant de tirage au sort, m’a rappelé notre dernier échange, d’abord houleux puis surtout fructueux) : je suis désolé de ne pas avoir donné suite à ta chaleureuse proposition de travailler ensemble pour réfléchir à comment sensibiliser les militants de gauche aux questions institutionnelles, mais outre que ma vie de famille et professionnelle en sont à un stade où elles m’occupent bien trop, après des années consacrées à la chose publique, il y a que je n’ai pas encore ressenti chez toi la volonté de t’attaquer sérieusement à la tache. Vulgairement parlant, dire aux gens qu’on va changer l’Europe et que pour çà il faut voter le bon cheval, je trouve çà vraiment léger, au regard du caractère de plus en plus dramatique et caricatural du bourbier européen et même hors contexte d’ailleurs – et du reste, loin d’être à la hauteur de l’analyse que tu fais toi-même sur le plan critique, notamment dans Europe, la trahison des élites.

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    • Encore un effort, camarades !
      24 mai 2014 10:39, par Di Girolamo

      "Alors pourquoi si peu de gens ont l’air de comprendre qu’aucun des profiteurs de cette construction proprement tyrannique n’auraient intérêt à ce qu’elle se mute en fédéralisme véritable, c.à.d. en État ?"

      Très bien vu . Il faut bien prendre en compte le fait libéral qui est le contexte politique de tous les états européens et de "la construction " européenne.
      Le principe du libéralisme étant que les politiques se réduisent à de la gestion : il n’y a pas du tout la présence de ce qui fonde toute gestion ,à savoir le projet , les grandes orientations.
      L’UE est un outil de gestion sans projet , dénué de sens ; mais il en est de même des états qui ne se fondent "plus" sur le principe démocratique ( choix d’un projet par les citoyens) mais sur le principe libéral ( gestion représentative des rapports de force des diverses composantes de la société , les forts restant forts )
      Stratégiquement il ne s’agit donc pas de lutter contre l’Europe , contre le traité machin etc mais de prendre et faire prendre conscience au grand nombre, des réalités qui actuellement produisent leur sentiment d’inquiétude et désabusement : nos pays n’ont pas de vision d’avenir , pas de projet et quand ils se réunissent c’est pour rajouter encore et encore de la confusion .(qui effectivement profite à beaucoup)
      La seule question qui vaille aujourd’hui est "Au vu des divers enjeux comment aller vers une mondialisation durable " ? Et les réponses immanquablement iront vers la construction de vraies démocraties qui devront compléter la gestion représentative par la réflexion globale et le projet issus du débat et questionnement populaire et les référendums.
      C’est pourquoi il faut boycotter le vote mais aussi au national parce que les logiques sont les mêmes. Mais ce boycott doit déboucher sur une conceptualisation claire , audible pour le plus grand nombre.

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  • Voter aux européennes

    21 mai 2014 20:36, par lambda

    Je suis dégoutté.

    Tant que nos processus électoraux n’inclueront l’intérêt global de l’humanité AVANT l’intérêt local, les résultats ne permettront que des changements superficiels.

    Je ne parle pas que de l’urgence écologique qui, quels que soient nos calculs, ne permettra pas l’avènement des programmes de transition et autres vues à long terme...

    ça fait longtemps qu’on en aurait fini avec nos injustices et le libéralisme ambiant si l’on se préoccupait d’abord de l’émancipation des principales victimes de l’Europe, bien plus nombreuses et plus gravement atteintes :
    les pays économiquement surexploités, socialement étranglés, politiquement asservis, écologiquement dévastés... par nos multinationales, avec nos normes, par l’entremise de nos forces politiques...

    De fait, c’est d’eux que nos très chers lobbyistes tirent l’essentiel de ce pouvoir qui les placent au-dessus de nos institutions.

    Enfin, ils parlent nos trois principales langues (Anglais Français Espagnol), ils entretiennent malgré tout de fortes attaches avec nous, nombreux vivent ou étudient ici, même leurs ingénieurs. Avec ces pays, on peut même ériger toutes perspectives que nos voisins directs n’adopteraient pas forcément.

    Si nous ne sommes pas responsables du colonialisme impérial qui a vu naître notre internationalisme, par contre, en votant FdG, nous nous rendons complices !

    En effet, au-delà des inepties conspirationnistes, des théories anti-maçonniques, les inscrits ont le droit de se voir rappeler qu’à la loge du Grand Orient, Mélenchon et Serge Dassault siègent fraternellement depuis les années 80, avec de nombreux margoulins politiques, parmi les plus importants, des affairistes, des françafricains miterrandiens et giscardiens (entre autres huiles).

    Là et dans d’autres loges moins influentes, Mélenchon a présenté sa stratégie pour préserver la place de nos lobbies militaires, au cas où, face aux crises, les français votaient vraiment à gauche... Avant même que Die Linke et le PC ne l’intronisent, il y avait déjà baptisé son bébé monstrueux "défense altermondialiste". Beaucoup de sympathisants de Mélenchon cultivent l’espoir qu’il "avance à couvert" pour se placer en position de se révéler, une fois élu, grand architecte de l’universalisme de gauche. Tout son parcours prouve pourtant que c’est l’inverse !

    Autant voter directement pour Dassault : faites que le tiers-monde sache à quoi s’en tenir !

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