Les Verts après leur congrès du 6 décembre 2008
lundi 15 décembre 2008
Auteur : par Texte du M’PEP
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LES VERTS APRES LEUR CONGRES DU 6 DECEMBRE 2008

Se rassembler au prix des plus larges incohérences

Par le Mouvement politique d’éducation populaire (M’PEP)
Le 15 décembre 2008.

Les Verts étaient réunis en congrès à Lille, le week-end des 6 et 7 décembre 2008. La secrétaire nationale, Cécile Duflot, a été réélue au terme de l’assemblée fédérale annuelle. Six motions étaient en lice et quatre d’entre elles se sont regroupées pour dégager une synthèse qui a rassemblé plus de 70% des adhérents. La gauche du parti présentant la motion « pour une écologie populaire » a refusé de signer la synthèse, n’acceptant pas de se rassembler avec des gens participant à des exécutifs de droite. C’est elle qui pose le plus clairement une volonté anti-capitaliste.

 Un succès, une stratégie

Du congrès, deux messages s’imposent, d’abord un succès pour une synthèse regroupant une large majorité, contrastant ainsi avec la réputation de division et de confusion que trainaient les Verts depuis des années et avec le spectacle affligeant des déchirements internes du PS au congrès de Reims, ensuite une stratégie de rassemblement de la mouvance écologiste, en prévision des prochaines élections européennes, puis régionales, présidentielles et législatives.

 Un constat et des orientations contradictoires

Dans les textes du congrès, la question environnementale est analysée de manière à en souligner l’urgence : crise climatique, menace sur la biodiversité, dégradation de l’environnement. Il est affirmé que cette urgence oblige à repenser nos modes de vie. Les causes et les conséquences sont le résultat d’un système économique qui permet l’accroissement exponentiel des profits au détriment des salaires. Un ancrage à gauche est affiché par le texte de synthèse, qui accuse les politiques libérales menées en France et en Europe et rejette les solutions prônées par l’UMP, le MoDem, voire une partie de la sociale-démocratie.

Il s’agit donc pour les Verts de la remise en cause du système lui-même. Pour définir la stratégie à adopter, présenter des solutions et la manière de les mettre en œuvre, le texte énumère plusieurs orientations : « choisir la société du mieux-vivre », « viser une justice environnementale », « rassembler l’écologie pour transformer la société et réaffirmer la solidarité du mouvement à la construction européenne ».

 La « société du mieux vivre »

Un ensemble de propositions est rassemblé pour constituer des réponses novatrices : « réduction de l’empreinte écologique des êtres humains sur la planète », « décroissance globale de la consommation d’énergie et de matière première », « décroissance sélective équitable et solidaire », « développement des transports collectifs, des énergies renouvelables, de l’agriculture biologique, des logements de qualité accessibles à tous », « relocalisation des économies », « nouvelle répartition des richesses », « transition vers un autre modèle économique », réponses aux défis planétaires (crise alimentaire, conflits d’appropriation des matières premières, réfugiés climatiques).

Nous le voyons, l’analyse des Verts rejoint à bien des égards celle du M’PEP. À la différence que rien n’est indiqué sur les choix et orientations politiques à mettre en œuvre, permettant la transition démocratique vers un autre modèle économique qui n’est même pas défini. Il n’est pas sûr que les Verts aillent plus loin que la « régulation publique de l’économie ». Comment se diriger concrètement vers une société du mieux vivre, les Verts ne l’expliquent pas.

 Une « justice environnementale »

La « nouvelle société écologiste » appelle à l’égalité réelle des droits, à l’inverse des modèles néo-conservateurs qui isolent les individus et renforcent les dominations. Il est par conséquent temps pour les Verts de sortir du nouvel ordre sécuritaire et de mettre fin aux zones de non-droit comme les centres de rétention. Ce plaidoyer aurait été beaucoup plus convaincant si les députés Verts européens n’avaient pas voté la Directive retour au Parlement européen, qualifiée « Directive de la honte » qui autorise l’enfermement administratif des immigrants sans papiers jusqu’à une période de 18 mois. Par ailleurs, si le texte de synthèse considère que la dette financière des pays du Sud doit être effacée, la dette écologique des pays du Nord à l’égard des pays du Sud n’est qu’à peine reconnue, alors qu’une dette doit se solder.

 Une stratégie de rassemblement électoral au détriment d’orientations politiques claires

Le véritable enjeu politique des Verts est de resurgir sur le terrain politique et électoral après l’échec de Dominique Voynet à l’élection présidentielle de 2007 (1,57%). Il s’agit donc de rassembler la mouvance écologiste en vue des élections européennes de juin 2009 et au-delà pour préparer les échéances législatives et présidentielles de 2012. Bien qu’il soit affirmé que ce rassemblement se réclame de l’antilibéralisme, de l’antiproductivisme et de l’écologie associative, concrètement il s’opère au niveau national de manière très large, de José Bové, aux proches de Nicolas Hulot à Corinne Lepage affiliée au MoDeM. 

Ce rassemblement de court terme est plutôt un ordre de marche hétéroclite en vue des élections européennes qu’un rassemblement sur la base d’un programme politique. Il vise à inscrire le mouvement des Verts dans une stratégie européenne dans le cadre d’un parti Vert européen, peu importe que les valeurs d’antilibéralisme puissent se fondre dans la dynamique portée par Daniel Cohn-Bendit, ardent partisan du « oui » à la constitution européenne néolibérale et partisan du traité de Lisbonne. C’est probablement là que se situe la plus large incohérence des Verts qui, tout en mettant en cause le système libéral actuel, affichent leurs convictions européistes, seul niveau pertinent à leurs yeux pour mettre en œuvre leur projet de société, sans poser la question de la réalité idéologique de la construction européenne actuelle au-delà « de changer la politique et les orientations productivistes et libérales de l’Union Européenne ».

 Des manquements et des silences inquiétants

Occulter la réalité économique et politique de l’Union européenne et de ses institutions amène le mouvement écologiste à passer sous silence la mise en œuvre des moyens pour stabiliser l’évolution du climat, qui constitue l’urgence environnementale absolue de ce siècle. Dominique Voynet qui avait conduit la délégation française pour l’élaboration du Protocole de Kyoto, sous le gouvernement de Lionel Jospin, reconnaît qu’il n’a rien donné. Malgré cet échec, rien n’est dit sur les marchés des droits à polluer, le marché spéculatif de la finance carbone du Protocole, alors que ce sont les mêmes moyens, amplifiés, qui vont être mis à nouveau en place pour l’après-Kyoto.

Le texte passe également sous silence les conséquences des politiques de l’Union européenne sur les relations Nord-Sud, sur les exportations des produits alimentaires qui ruinent les économies locales, sur le déploiement des projets de cultures intensives des agrocarburants dans les pays du Sud pour alimenter le marché énergétique des transports des pays du Nord, sur les politiques d’immigration à mettre en œuvre. Le mouvement écologiste des Verts se déclare ni eurosceptique, ni eurobéat, mais l’on aurait pu attendre d’un tel mouvement une critique de la politique environnementale de l’Union européenne, la cohérence au regard des politiques des transports, de l’énergie, de l’agriculture actuellement mises en œuvre.

 Les Verts et le déni de démocratie dans la construction européenne

Les parlementaires Verts, avec une partie des parlementaires socialistes, ont contribué, avec la droite et le MoDem, à empêcher la tenue d’un référendum sur le traité de Lisbonne. Il fallait en effet réviser la Constitution française car le traité de Lisbonne contenait des clauses incompatibles avec celle-ci, notamment des restrictions de souveraineté. C’est pourquoi le Congrès était convoqué à Versailles le 4 février 2008. Pour réformer la Constitution française, il faut une majorité de 3/5 des membres du Congrès du Parlement (députés et sénateurs). A l’inverse, pour bloquer la révision il suffit de 2/5 des voix. Seuls comptent les suffrages exprimés. La minorité de blocage des 2/5 (si tout le monde vote) était de 363 voix. La totalité des parlementaires de gauche, socialistes, communistes, MDC, Verts était de 355 voix. Il manquait donc 8 voix. En ajoutant les 15 parlementaires gaullistes autour de Dupont-Aignan, cela faisait 370. Hélas, seuls 181 parlementaires ont voté contre (121 socialistes, les 53 communistes, 6 de droite). Martine Billard, qu’il faut saluer, députée de Paris, est la seule parlementaire des Verts à avoir voté contre la révision de la Constitution française. Ce sont 40 parlementaires PS, Verts et PRG qui ont voté pour la révision et 151 d’entre eux se sont abstenus ou n’ont pas voté. Les électeurs sauront se souvenir de l’attitude des parlementaires Verts qui ont permis cette remise en cause de la démocratie et de la souveraineté du peuple.

 Un projet politique difficilement cohérent

Les verts veulent avant tout renforcer leur parti et veulent s’engager pour qu’une majorité alternative à la politique ultralibérale de Nicolas Sarkozy puisse l’emporter. Pour cela, ils affirment leur volonté de travailler avec l’ensemble des forces de gauche sans exclusive aucune, du PS à l’appel de Politis, du PRG au PCF. On ne peut que prendre acte de cette volonté d’un tel positionnement politique. Mais un tel objectif est-il réellement compatible avec les tenants d’une écologie libérale (Cohn-Bendit) ou de centre droit (Corine Lepage du MoDem). Le mouvement des Verts a certes réussi à mettre en œuvre une stratégie de survie (large majorité rassemblée au congrès de Lille), mais ceci au détriment d‘une ligne politique claire et cohérente.

 Dénoncer la liste des Verts aux élections européennes

Alors que les Verts, dans les mots, se « positionnent » désormais à gauche, dans les faits ils participent à la division de la gauche. C’est ainsi que les Verts ont décidé de présenter une liste aux élections européennes de juin 2009, sans faire le moindre effort pour tenter de participer à une liste d’union de la gauche de gauche. De plus, cette liste est un véritable bric-à-brac sur laquelle on retrouve quelques animateurs des Verts, mais surtout une dirigeante du MoDem, un retraité de l’altermondialisme, un politicien de centre droit (Daniel Cohn-Bendit)… Les électeurs le manqueront probablement pas de juger avec sévérité cette attitude.