Contre le libre-échange : le S.U.C.R.E.
mercredi 4 novembre 2009
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CONTRE LE LIBRE-ECHANGE : LE S.U.C.R.E.

Par le Mouvement politique d’éducation populaire (M’PEP)

Le 4 novembre 2009.

Du 30 novembre au 3 décembre, la 7e Conférence ministérielle de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) va se tenir à Genève. L’ordre du jour est « L’OMC, le système commercial multilatéral et l’environnement économique mondial actuel ». Derrière ce thème d’une apparente neutralité se cache en réalité la volonté des « mondialisateurs » d’accélérer le libre-échange. Si ce dernier favorise les profits des firmes multilatérales du Nord, il accable les pays du Sud et écrase les salaires et l’emploi des travailleurs du Nord.

C’est pourquoi un contre-sommet est organisé qui commencera le 27 novembre à Annecy par une table ronde du M’PEP avec des partis politiques (NPA, PCF, PG, Verts) sur les moyens de combattre le libre-échange. La suite se tiendra le samedi 28 à Genève par une manifestation et des débats, conférences et ateliers le dimanche 29.

Ce contre-sommet, après celui de Seattle en 1999, marquera le 10e anniversaire du mouvement altermondialiste.

Signez la pétition pour sortir de l’OMC !

Cliquez ici pour signer :

http://www.m-pep.org/spip.php?article1503

Pour illustrer les alternatives qui existent au libre-échange, le M’PEP propose un texte, avec l’autorisation de ses auteurs, qui décrit les initiatives en cours en Amérique du Sud. Passionnant !


UN PEU DE « SUCRE » DANS UN MONDE D’AMERTUMES

Par Maximilen Arvelaiz et Manuel Cerezal

En moins d’un an, l’Alliance bolivarienne des peuples d’Amérique (ALBA-TCP), a conçu et mis en place un système régional de compensation de paiements, le SUCRE, associé à une valeur d’échange commune du même nom. Le mécanisme commencera à opérer courant 2010.

Confrontées au délabrement d’un modèle économique qui deviendra bientôt insoutenable, les autorités économiques internationales se contentent de le maintenir sous perfusion et cherchent vainement les recettes nécessaires pour relancer une croissance déprimée. On pourrait voir dans les efforts largement médiatisés des Prix Nobel Joseph Stiglitz et Amyarta Sen, visant à repenser ou plutôt à “recalculer” le développement, l’expression d’une certaine propension universitaire à diluer les urgences de l’actuelle récession. Une démarche aussi stérile que la promesse de certains, à la veille d’un énième sommet de G + quelque chose, de “refonder le capitalisme”.

On ne saurait s’étonner de l’intérêt, pour les élites économiques et politiques du monde, du maintien du statu quo. Surtout quand elles argumentent que la défense du libre commerce, garant de l’intensité des échanges mondiaux, est nécessaire à la préservation du niveau de vie des Occidentaux. Néanmoins les masques tombent lorsque dix-sept des vingt pays qui condamnent ensemble le protectionnisme s’empressent de protéger leurs économies nationales et leurs appareils industriels : le discours économique du G20 est bel et bien truqué. Aussi truqué que le seigneuriage des États-Unis qui relancent leur économie en laissant chuter le billet vert, continuant ainsi à aspirer les richesses du reste du monde.

Au Sud, la crise n’est pas nouvelle et ne fait qu’exacerber trois de ses grands problèmes :

  • l’asymétrie entre, d’un côté, les centres technologiques à haute valeur ajoutée du Nord et, de l’autre, les pays du Sud, condamnés à fournir les premiers en produits de base, ce qui les prive de la possibilité de satisfaire leurs besoins fondamentaux ;
  • l’extrême difficulté des Etats du Sud à développer des appareils productifs solides, contribuant à la création d’emplois dignes et au bien-être de leurs populations. Une conséquence, là encore, des recettes néolibérales de croissance basée sur les exportations ;
  • et, finalement, le carcan monétaire à peine desserré par le FMI qui, pour atténuer les incohérences d’un monde intoxiqué de dollars mal répartis, a récemment opté pour une attribution généralisée de droits de tirage spéciaux (DTS). Des DTS qui, quand ils sont liquidés, vous renvoient aussitôt à des négociations de vos politiques avec un FMI rajeuni par les “bienfaits” artificiels du G20.

S’inscrivant en faux contre la prétendue résignation des peuples à continuer à subir l’insoutenable, et en guise de réponse modeste, mais bien concrète, à ces trois cancers qui rongent les économies du Sud, l’ALBA [1] a créé, le 16 octobre dernier, le Système unitaire de compensation régionale de paiements (SUCRE) [2] lors de son septième Sommet de chefs d’Etat.

Ce mécanisme commencera par compenser les flux commerciaux encore modestes [3] entre la Bolivie, l’Equateur, le Venezuela, le Nicaragua et Cuba. Le SUCRE s’émancipera ainsi symboliquement d’autres systèmes internationaux de paiements en utilisant une valeur d’échange commune, le sucre. Comme autrefois l’écu en Europe, le sucre sera composé d’un panier de monnaies nationales. Il ne servira initialement qu’à la compensation entre banques centrales des valeurs des flux de commerce international, et non pas aux transferts de capital. Ces sucres ne seront cependant pas si virtuels que cela, puisque chaque unité émise et attribuée à un pays aura comme contrepartie son équivalent en monnaie nationale, déposé au Conseil monétaire régional, organe suprême du SUCRE.

Il s’agit là d’une manière originale de moins utiliser le dollar dans les échanges entre pays proches et amis. Il reste que les débuts du Système seront nécessairement affectés par l’omniprésence de la devise qui sert de référence pour convertir les monnaies nationales entre elles, qui constitue toujours le moyen de paiement préféré des agents commerciaux, et qui reste l’unité de réserve s’imposant encore aux banques centrales. Après chaque semestre d’opérations libellées en sucres, Il faudra donc que les banques centrales convertissent leurs positions en dollars afin oxygéner leurs balances des paiements. Cette opération sera aussi et surtout un moyen de maintenir une politique d’émission fixe, gage de confiance contre d’éventuels risques de spéculation.

À mesure que le commerce intra-régional s’intensifiera, le sucre gagnera en poids et en crédibilité. En espaçant progressivement les liquidations en dollars dans le temps, on pourra en faire un moyen de paiement alternatif interne à l’ALBA, voire l’étendre aux services ou encore l’utiliser avec d’autres blocs monétaires en construction.

S’émanciper du dollar implique que les autorités commerciales des pays membres du SUCRE remplissent le contrat de consolider leurs relations commerciales… De là découlent les deux objectifs de court et moyen terme :

  • d’abord une expansion équilibrée du commerce. Les premiers chiffres seront symboliques : ils ne dépasseront pas l’équivalent d’un milliard de dollars afin de tester le système sans risques. Progressivement, ces montants s’amplifieront. S’ils sont aujourd’hui insignifiants, il suffira qu’il croissent au rythme des échanges de ces dernières années (de 17 à 26 % par an depuis 2005) pour devenir consistants. La particularité du SUCRE sera de répondre en premier lieu aux nécessités fondamentales des pays membres, et à s’intéresser au commerce “complémentaire”, réaffirmant ainsi le rôle de l’Etat dans la planification des échanges ;
  • l’investissement croisé entre pays membres, centré sur la consolidation de leurs appareils productifs et l’application du principe de solidarité entre excédentaires et déficitaires chroniques [4]. Il s’agit d’intéresser les uns au développement des autres afin de réduire les asymétries commerciales et productives.

Si le système s’amorce correctement, alors, à la fin de l’année 2010 - et c`est en tout cas ce que souhaitent les présidents des Etats membres – la transformation d’une fraction des positions déficitaires en investissements productifs pourrait commencer à concrétiser les efforts communs visant à consolider le potentiel productif des ces nations riches en ressources et en main d’œuvre. L’intermédiaire de ces opérations croisées sera le Fonds de réserve et de convergence commerciale (FRCC) qui, à l’instar de la Chambre centrale de compensation, sera géré par la Banque de l’ALBA [5].

L’orchestration de ces efforts complémentaires incombera au Conseil monétaire régional, le CMR, qui, à différence d’une Banque centrale supranationale, ne se limitera pas à un ou deux objectifs macroéconomiques ni ne se contentera d’émettre des orientations de politique économique supranationale. Le CMR définira les variables et paramètres du système de paiements, de la monnaie, et il servira de relais en matière d’information commerciale et de politique d’investissement.

Encore beaucoup de “si”, certes, et de gros efforts à accomplir au-delà de l’installation du Système en 2010. Mais, déjà, cinq signatures présidentielles donnent tout leur poids aux premiers grammes de SUCRE déposés sur le plateau d’une économie réelle et constructive. En face : l’arrogance académique et l’amer projet d’hégémonies qui ne seront pas éternelles…


Notes

[1L’ALBA, l’Alliance bolivarienne des peuples d’Amérique, est née en décembre 2004 en réaction symbolique à l’ALCA, connue en francais sous le nom de ZLEA (Zone de libre échange des Amériques). L’ALCA fut définitivement enterrée lors du Sommet des Amériques tenu à Mar del Plata (Argentine) en novembre 2005 en présence de George Bush. Le président bolivien, Evo Morales, a proposé d’ajouter a l’acronyme de l’ALBA la mention TCP (Traité de commerce des peuples), en réaction directe aux traités de libre commerce (TLC) qui ne sont rien d’autre que les versions bilatérales d’une ALCA discréditée.

[2En référence au nom du Libertador José Antonio de Sucre, et à l’ancienne monnaie de l’Equateur, dont l’économie a été dollarisée en l’an 2000. Lire : http://www.medelu.org/spip.php?article211.

[3Actuellement, le volume des échanges intra-régionaux entre membres du SUCRE représente à peine 5 % de leur commerce global.

[4Une idée développée par John Maynard Keynes dans le plan qui l’opposa à celui de Harry Dexter White, chef de la delegation américaine à la conférence de Bretton Woods.

[5La Banque de l’ALBA dispose d’un statut juridique depuis septembre 2009.