Cinq constats après les élections régionales 2010
jeudi 29 avril 2010
Auteur : par Texte du M’PEP

Les chiffres concernant l’évolution de ce phénomène de 1958 à 2010 (voir tableaux) font clairement apparaître une date clé : 1983. C’est à partir de cette date que le PS, en abandonnant une politique de gauche pour le social-libéralisme, a encouragé la confusion droite-gauche. La défiance pour l’ensemble de la clase politique a gagné, pour ces dernières élections, les deux-tiers des français. Cette élection s’est faite sans le peuple : dans certains quartiers, seuls 5% de la population réelle sont allés voter. Cette situation est très gravement sous-estimées par les responsables politiques, qu’ils soient de droite ou de gauche.

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CINQ CONSTATS APRÈS LES ÉLECTIONS RÉGIONALES 2010

Par le Mouvement politique d’éducation populaire (M’PEP).

Le 29 avril 2010.

Résumé du texte

Premier constat : un mélange de colère, de protestation et de désespérance du peuple traduites dans un nombre record d’abstentions, de votes blancs et nuls, de non-inscriptions sur les listes électorales et de votes pour les listes du Front national.

Les chiffres concernant l’évolution de ce phénomène de 1958 à 2010 (voir tableaux) font clairement apparaître une date clé : 1983. C’est à partir de cette date que le PS, en abandonnant une politique de gauche pour le social-libéralisme, a encouragé la confusion droite-gauche. La défiance pour l’ensemble de la clase politique a gagné, pour ces dernières élections, les deux-tiers des français. Cette élection s’est faite sans le peuple : dans certains quartiers, seuls 5% de la population réelle sont allés voter. Cette situation est très gravement sous-estimées par les responsables politiques, qu’ils soient de droite ou de gauche.

Deuxième constat : une défaite de Nicolas Sarkozy plutôt que celle de la droite.

Des millions d’électeurs de Sarkozy, déçus par ses promesses non tenues, l’ont sanctionné en s’abstenant. La rupture de confiance est totale. La droite est en plein désarroi mais l’ampleur de l’abstention crée un espace libre à investir qui attise toutes les ambitions. Les média ont pour leur part déjà présélectionné Dominique de Villepin et tentent de le présenter comme un nouveau De Gaulle. La droite n’a pas dit son dernier mot et Nicolas Sarkozy non plus.

Troisième constat : une victoire par défaut non pas de la « gauche », mais du Parti socialiste qui s’inscrit toujours dans une perspective social-libérale.

Malgré une victoire apparente, le PS a perdu en voix par rapport à 2004 et à 2007, et ne marque une progression que par rapport à 2009. Même si la PS a gauchi son discours le temps d’une campagne, il ne donne aucun signe de résistance collective aux politiques néolibérales de l’Union européenne. En 2012 le PS devra choisir entre deux stratégies : présenter un seul candidat ou une pluralité de candidats pour ratisser large au premier tour.

Quatrième constat : une réorganisation des forces politiques charnières dans laquelle seul Europe Écologie se maintient, le MoDem et le NPA étant marginalisés.

Europe Écologie devient la 3ème force électorale du pays. Mais son électorat est mobile et volatile et son positionnement ambigu. S’il reste dans cette posture il risque de grosses déconvenues pour des élections à fort enjeu politique. La démagogie centriste ne fait jamais illusion très longtemps en France (chute du MoDem) et le NPA qui pensait ne pouvoir faire qu’une bouchée du PCF est apparu comme un diviseur et a perdu de nombreux militants et surtout militantes suite à l’affaire de la candidate voilée.

Cinquième constat : un résultat modeste du Front de gauche qui ne parvient pas à créer de dynamique populaire.

L’électorat du Front de Gauche est un électorat fortement politisé et souvent proche d’un syndicat. Pour l’instant il n’a essentiellement mobilisé qu’une partie de l’ancien électorat communiste, l’apport de ses deux autres composantes, PG et GU semble marginal. On constate un processus important et très positif d’autonomisation du PCF vis-à-vis du PS, mais sa division en quatre grandes sensibilités a lourdement pénalisé les résultats du Front de Gauche. Les marges de progression du Front de Gauche sont très importantes, notamment auprès des jeunes et des ouvriers qui sont ses points faibles.

TEXTE INTÉGRAL

 Premier constat : un mélange de colère, de protestation et de désespérance du peuple traduites dans un nombre record d’abstentions, de votes blancs et nuls, de non-inscriptions sur les listes électorales et de votes pour les listes du Front national.

L’essentiel du message de ces élections, son évènement central, est la somme constituée par les non-inscrits, l’abstention, les blancs et nuls et le vote pour le Front national qui représentent près de 30 millions de personnes sur une population de 47,2 millions en âge de voter (66,79%). Près de 7 Français sur 10 se sont débranchés et mis hors « système » ! Les classes dirigeantes exultent : leur lent travail de dépolitisation donne d’excellents résultats, puisque les classes dangereuses votent de moins en moins.

Les non-inscrits, blancs, nuls, abstentions et votes FN ne peuvent être analysés séparément et vont ensemble. Ce sont, dans l’immense majorité des cas, des façons d’exprimer son mécontentement, sa colère, sa détresse ou même sa rage. Ces comportements correspondent en partie à une déculturation et à une dépolitisation croissantes d’une partie de la population française par rapport au « système », provoquée par un fort sentiment d’impuissance et de fatalité et le nourrissant en retour. Ils traduisent aussi, pour une autre partie de la population, un choix politique parfaitement conscient. En ajoutant le vote pour le Front national aux abstentionnistes, nous ne voulons pas établir un amalgame. Car chez certains électeurs du Front national, il y a l’infime partie d’entre eux qui sont politiquement d’extrême droite, et une autre partie qui ne se contente pas de rejeter la politique du « système », mais veut essayer autre chose autour de l’idée « faire péter le système ».

Les différents partis politiques ne semblent pas pour l’instant prendre la mesure de la gravité de la situation et n’en tirent généralement aucune conséquence visible si on s’en tient aux communiqués qu’ils ont publié après les élections. Si on ajoute (pour le 1er tour des régionales) les non-inscrits (3 557 675) ; les blancs et nuls (744 063) ; les abstentions (23 422 367) ; on obtient un total de 27 724 105 personnes, soit 58,74% de la population réelle. Autrement dit, 3 Français sur 5 ne se sont pas exprimés en faveur des listes qui se présentaient à leurs suffrages. Si on ajoute le FN (2,2 millions de voix et 11,42%), on obtient 29,9 millions de personnes !

L’abstention, les blancs et les nuls ont touché massivement les quartiers populaires, particulièrement certains qui – ironie de l’histoire - ont « bénéficié » de la « politique de la ville ». Des listes comportaient même des candidats issus de ces quartiers, sans aucun effet sur les résultats. Des sommets ont été atteints dans l’abstention, les blancs et les nuls au 1er tour dans des villes ouvrières ou anciennement ouvrières. Dans certains quartiers les votes exprimés n’ont parfois représenté que moins de 5% de la population réelle !

Cette élection régionale s’est faite sans le peuple

Les abstentionnistes sont majoritairement des femmes (58% d’entre elles), des jeunes de 18 à 34 ans (72% d’entre eux), des ouvriers (69% d’entre eux), des employés (64% d’entre eux).

Si beaucoup d’explications sont données de l’abstention, elles oublient généralement la raison principale de ce phénomène qui hante la vie politique française depuis maintenant vingt-sept ans. Car si les non-inscriptions sur les listes électorales, l’abstention, les blancs, les nuls et le vote FN s’expliquent par un faisceau de raisons, ils ont une seule et même cause principale.

On observe en effet une montée générale de l’abstention, parallèle à la progression du Front national, entre le premier plan de rigueur socialiste de juin 1982 et le « tournant de la rigueur » de mars 1983. C’est cette année que le Président de la République, François Mitterrand, ainsi que le Premier ministre Pierre Mauroy et le ministre des Finances Jacques Delors, ont décidé l’abandon de la politique de gauche commencée en 1981 et l’alignement de la majorité du Parti socialiste sur les thèses néolibérales. Le « social-libéralisme » qui en a résulté reste encore aujourd’hui, et malgré ses échecs répétés, la stratégie profonde du PS, au-delà des variations conjoncturelles de son discours de gauche. Cette date marque une accélération foudroyante du chômage et de la précarité, le creusement des inégalités, les privatisations et le démantèlement des services publics. Aux effets dévastateurs de ce « plan de rigueur » sur la population en général et l’électorat de gauche en particulier, il faut ajouter le maintien, pendant 16 mois, de ministres communistes au gouvernement malgré l’abandon d’une véritable politique de gauche par le PS. Après la démission du gouvernement de Pierre Mauroy, le 17 juillet 1984, Laurent Fabius était désigné comme Premier ministre par François Mitterrand. Le PCF refusait alors de participer au nouveau gouvernement, mais il était trop tard, la liste du PCF conduite par Georges Marchais aux élections européennes de juin 1984 n’avaient donné que 11,28% des voix au PCF qui perdait près de la moitié de son électorat… Par la suite, le PS instrumentalisait le Front national en lui permettant d’entrer à L’Assemblée nationale avec 35 députés. François Mitterrand, en effet, pour diviser la droite et continuer à affaiblir le PCF, a décidé de modifier les règles des élections législatives qui allaient devenir, en 1986, proportionnelles à un seul tour.

La « rupture » de 1983

La « rupture » est très nette entre 1981 et 1984. Le FN, qui obtenait 90 422 voix aux législatives de 1981 (0,35%), obtient 2,2 millions de voix aux européennes de 1984 (10,95%). L’abstention de son côté fait un bond à 43,28%, niveau jamais atteint depuis 1958. Que s’est-il passé pendant ces trois années pour susciter un tel bouleversement de la vie politique ? Il y a eu la victoire du Parti socialiste en mai 1981 (élection de François Mitterrand à la présidence de la République), puis le « tournant de la rigueur » en 1983 qui abandonne les politiques de gauche.

En faisant la moyenne de l’abstention, des blancs et nuls entre 1958 et les législatives de 1981 incluses, on obtient 24,74%. Si on fait la même moyenne des européennes de 1984 incluses aux régionales de 2010 incluses, on obtient 39,69%, soit une augmentation d’un tiers. La « rupture » de 1983 apparait dans toute sa clarté. Mais cette « rupture » est encore plus claire, si on peut dire, lorsqu’on ajoute les voix du Front national. Jusqu’aux législatives de 1981 incluses, la moyenne des abstentions, nuls, blancs et votes FN est de 24,78%. Tout change à partir des européennes de 1984 où la moyenne des abstentions, nuls, blancs et votes FN jusqu’aux régionales 2010 incluses monte à 51,14%, soit un doublement.

Cette augmentation de l’abstention, des blancs, des nuls et du vote FN est cependant différenciée. Ce phénomène touche davantage les élections considérées sans véritables enjeux politiques comme les européennes et les régionales, plutôt que les présidentielles et les législatives.

La défiance d’une partie croissante et désormais immensément majoritaire de la population s’est installée durablement. Ces comportements font souche et se sédimentent. Les deux tiers des Français (67%) n’ont ainsi confiance « ni dans la droite ni dans la gauche pour gouverner le pays ». Cette attitude est directement liée à la confusion entretenue entre la gauche et la droite, provoquée par l’abandon, par le PS, des politiques de gauche. L’acceptation du traité de Lisbonne et le refus de le soumettre au peuple par référendum a placé sur le même plan les partis « pro-système » : majorité de l’UMP, des Verts et du PS. Les classes populaires n’ont pas confiance, à juste titre, dans ces alternances gauche-droite et droite-gauche depuis plus de 20 ans, sans alternative. À quoi sert de voter puisque tous les programmes se ressemblent et quoi que l’on vote c’est toujours la même politique qui est menée, à peu de choses près ? Pour beaucoup de gens, voter ne sert plus à rien, et quand ils le font c’est par défaut. L’électorat frappé par la crise exprime plus particulièrement sa perte de confiance dans le « système ».

Les particularités de l’élection régionale, ses caractéristiques propres, sa nature, ont également joué en faveur de l’abstention, des blancs, des nuls et du vote FN, mais de façon beaucoup plus modérée.

D’abord, l’absence d’identité régionale est une réalité, malgré les sommes astronomiques dépensées par les Conseils régionaux pour se doter d’une « image ». Très peu de régions correspondent à une zone géographique relativement homogène, forgée dans l’histoire. Les régions ont beaucoup moins de réalité que les départements dont l’existence bicentenaire a produit un réel espace public local. Les budgets régionaux sont d’ailleurs beaucoup moins importants que ceux des départements. À quoi peu bien correspondre une région ? À rien. Elles n’ont pas d’homogénéité culturelle, économique, sociale, géographique et politique.

Ensuite, il n’existe traditionnellement qu’une faible logique régionale dans le vote. Un tiers de l’électorat y vote quasi systématiquement pour sa famille politique. Les deux autres tiers sont plus volatils et votent ou s’abstiennent en fonction de paramètres généraux. Des sondages convergents ont montré que seulement la moitié environ des personnes interrogées ont dit s’être déterminées en fonction des « problèmes locaux », l’autre moitié ayant exprimé des « problèmes nationaux. Les thèmes « importants » qui ont motivé les électeurs dans leur vote sont les suivants : la situation de l’emploi (86%) ; les services publics dans les régions (81%) ; l’environnement (81%) ; le pouvoir d’achat (78%) ; la fiscalité dans les régions (74%) ; la future réforme des retraites (73%) ; la sécurité des personnes (73%) ; les transports dans les régions (73%) ; la politique menée par le gouvernement de Nicolas Sarkozy (59%). Au total, sur 9 items, 2 seulement relèvent des compétences des régions : la fiscalité régionale et les transports. Les élus ne disposent pas des prérogatives permettant de répondre aux problèmes prioritaires de la population.

Enfin, les questions abordées notamment dans les programmes ont été généralement assez consensuelles. Par exemple, toutes les listes se sont déclarées d’une manière ou d’une autre « écologistes ». Les compétences des Conseils régionaux, leurs politiques et les bilans des exécutifs régionaux ont été largement ignorés. D’ailleurs en 2010 il n’y a eu aucun débat sur les bilans. Les électeurs peinent à identifier la personnalité des présidents de région, un tiers seulement peut donner spontanément leur nom.

En dernier lieu, on peut observer que c’est la première fois, en 2010, que les régionales n’étaient pas couplées à un autre scrutin, législatif ou cantonal. De surcroit, le caractère « intermédiaire » de l’élection régionale ne favorise pas les mobilisations. Organisées entre deux échéances majeures, on observe une toujours moins bonne participation et de moins bons scores pour la majorité en place.

On peut donc légitimement s’interroger sur l’utilité démocratique de l’échelon régional. Sa promotion, on le sait, a pour but de démanteler l’État-nation au profit d’une Europe des régions rêvée par tous ceux qui veulent assoir la domination du marché contre la démocratie. C’est la Révolution française qui avait raison, thèse confirmée par l’histoire : la démocratie et la souveraineté populaire doivent partir des communes, qui peuvent s’agréger en département pour fonder une société politique et démocratique. L’échelon régional, quant à lui, peut-il être autre chose que celui de l’économie et du marché ?

On peut ajouter qu’il existe aussi un problème d’offre politique. Les idées du M’PEP, pour ne prendre que cet exemple, n’ont pas été soumises aux électeurs alors qu’elles sont quasiment les seules, précisément, à proposer de profondes ruptures avec le « système ».

 Deuxième constat : une défaite de Nicolas Sarkozy plutôt que celle de la droite.

Jamais, jusqu’à présent, la droite n’avait été aussi bien tenue en main par un Président de la République, poussant jusqu’à la caricature la logique autoritaire des institutions de la Ve République. La droite n’avait plus de vie propre, indépendamment de la volonté du Président de la République. L’ « omni » Président occupant en permanence la scène médiatique et ramenant tout à sa personne ne pouvait donc pas cultiver l’illusion que les électeurs allaient penser à autre chose qu’à son bilan en mettant leur bulletin dans l’urne lors des élections régionales. D’autant qu’ « Il faudra faire campagne sur mon bilan » avait dit Nicolas Sarkozy avant de se rétracter. Mais il était trop tard. Les électeurs avaient bien compris que l’élection régionale serait un référendum pour ou contre Sarkozy. L’UMP, le parti du Président, n’obtenait que 5 millions de voix au 1er tour (26,02% des exprimés et 11,47% des inscrits), alors qu’au 1er tour de l’élection présidentielle de 2007 Nicolas Sarkozy avait rassemblé 11,4 millions de voix. Plus de 6,3 millions d’électeurs manquent aujourd’hui à l’appel. Au 2e tour de la présidentielle Sarkozy faisait presque 19 millions de voix, alors que l’UMP au 2e tour des élections régionales est ramenée à 7,5 millions, soit une perte colossale de 11,5 millions de voix.

Rien n’est plus réjouissant que de voir la défaite de la droite et de ses alliés en général, et de Nicolas Sarkozy en particulier.

Mais au-delà de ce rare plaisir, il faut analyser correctement l’amplitude de ce gigantesque mouvement électoral et tenter de lui donner un sens. Car au lendemain de l’élection présidentielle de 2007, 60% des sondés se disaient globalement en accord avec le nouveau Président. C’était un résultat absolument considérable. Que s’est-il passé depuis ? Une déception radicale s’est peu à peu installée dans l’électorat ayant voté pour Sarkozy, liée aux promesses faites par ce dernier pendant la campagne et auxquelles ils avaient cru. La rupture de confiance est totale. Telle est la raison principale, aux yeux du M’PEP, des résultats obtenus par les listes de l’UMP. Des millions d’électeurs qui avaient pensé qu’une nouvelle ère politique allait s’ouvrir en 2007 se considèrent aujourd’hui trahis. L’abstention d’une partie de l’électorat de droite a servi à exprimer ce malaise. La droite est en plein désarroi, elle doute de l’action du Président.

Le slogan « Travailler plus pour gagner plus » lancé par Nicolas Sarkozy pendant la campagne des présidentielles de 2007 restera probablement le symbole de ce double langage et de ces promesses non tenues.

À cet échec programmé s’ajoute une erreur de stratégie. Car Nicolas Sarkozy avait tiré de sa victoire en 2007 la conviction qu’un parti unique de la droite était indispensable. C’était le moyen, à ses yeux, de créer une dynamique d’union à droite dès le premier tour de la présidentielle afin de distancer nettement le candidat socialiste. L’absence de réserves de voix au second tour serait compensée par l’avance prise au premier, et par l’encouragement de candidats de diversion chargés de ronger les positions du candidat du PS. C’est le rôle assigné à François Bayrou, Olivier Besancenot et Daniel Cohn-Bendit, programmés par certains grands médias pour affaiblir le PS au premier tour, sur sa gauche, son milieu et sa droite, et compliquer les désistements du 2e tour.

L’UMP s’est donc transformée en une sorte de « trou noir » qui a tout avalé : les centristes de différentes obédiences, les villiéristes du Mouvement pour la France (MPF), les chasseurs de Chasse, pêche nature et traditions (CPNT). Et même des « socialistes » comme Eric Besson, Jean-Marie Bockel, Bernard Kouchner ; des « people » de la gauche caviar comme Max Gallo, Jacques Séguéla, Bernard Tapie. Dans une autre catégorie on trouve Fadela Amara. On a même vu des Jacques Attali, Jack Lang, Alain Minc (passé de Balladur à Jospin) ou Michel Rocard, travailler à la gloire de Nicolas Sarkozy.

Le mode de scrutin à deux tours de l’élection présidentielle a marqué l’échec d’une stratégie visant à limiter l’offre politique au premier tour. La gauche ferait bien, d’ailleurs, d’en tirer les leçons pour 2012. Cette stratégie a joué contre la droite en réduisant son espace politique alors que son périmètre s’était élargi. En effet, il n’y avait plus d’espace d’expression pour des électeurs de droite souhaitant voter à droite mais pas pour Sarkozy et ses listes.

Les perspectives post-régionales et pré-présidentielles sont tumultueuses pour la droite, qui connaitra affolement, effets centrifuges et ambitions personnelles.

L’affolement est déjà là. Il est provoqué par des sondages alarmistes sur la possibilité de la victoire du candidat socialiste, quel qu’il soit en 2012, dans tous les cas de figure. Une majorité de 57% se prononcerait même, selon un sondage, contre une candidature de Sarkozy à la présidentielle de 2012. Un autre sondage, entre autres, indiquerait que 71% des personnes interrogées souhaiteraient que Sarkozy « modifie la politique menée afin de tenir compte des résultats électoraux » (71%).

L’effet centrifuge, lui aussi, est enclenché. Il consiste, pour des éléments de la majorité qui avaient été absorbés par l’UMP, à s’en détacher. Ainsi, par exemple, le Nouveau Centre présidé par Hervé Morin veut fusionner avec l’Alliance centriste présidée par Jean Arthuis. Hervé de Charrette, ancien de l’UDF, appelle de son côté à « reconstituer le centre et lui assurer une existence propre ». L’échec de Sarkozy menace la cohésion interne de la droite, les députés, encouragés en sous-main par Jean-François Copé, risquent de se déchainer contre Sarkozy car il menace leur réélection.

Les ambitions personnelles, quant à elles, commencent à se déclarer. Ce n’est pas le cas, pour l’instant, du « gentil » Premier ministre François Fillon. Mais le conflit est à venir, surtout si Fillon continue à se placer devant Sarkozy dans les sondages. L’ampleur de l’abstention crée un espace que pensent pouvoir occuper un certain nombre de personnalités, comme le centriste Hervé Morin, ministre de la Défense, ou le radical Jean-Louis Borloo, qui pensent de plus en plus à 2012. Alain Juppé a même fait sa déclaration !

Cependant, les grands médias ont déjà présélectionné leur candidat : c’est Dominique de Villepin. Il sera le remplaçant de Bayrou dans le rôle du candidat « antisystème » inoffensif. Cette technique fonctionne toujours un peu, car il existe encore des gens authentiquement antisystème qui se laissent berner. Tout est fait pour les encourager dans leurs illusions, puisque 100 à 150 journalistes se bousculaient lors de la conférence de presse tenue le 25 mars 2010 par Dominique de Villepin. Il y a annoncé en toute modestie le lancement de son parti politique le 19 juin, lendemain de l’appel à la résistance du général de Gaulle, le 18 juin 1940. Il s’agira d’un « mouvement politique libre et indépendant, ouvert à tous, au-dessus des clivages partisans ». L’ancien Premier ministre a précisé que « Le mot d’ordre de mon combat c’est une République solidaire » (Martine Aubry, de son côté, parle de ressusciter la « gauche plurielle » sous la forme de la « gauche solidaire »). La preuve, il veut « suspendre » le bouclier fiscal ; augmenter de 40% à 45% la tranche marginale de l’impôt sur le revenu ; promouvoir une « charte des salaires » pour réduire leur écart. Il déclare en outre vouloir s’opposer au non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux qui part à la retraite. Mais le « mot magique » a été prononcé pour ceux qui savent lire entre les lignes : la réduction des déficits doit être une « priorité »…

Attention aux illusions ! Certes le discours de Dominique de Villepin aux Nations unies en 2003 pour défendre la décision de Jacques Chirac de ne pas engager la France dans la guerre contre l’Irak était courageux sur le plan politique et brillant dans la forme. Mais sa promotion par les grands médias, visant à le présenter comme un nouveau de Gaulle, n’est qu’une tartufferie. C’est un homme de droite qui n’a rien d’un gaulliste. Son seul programme et son seul mobile sont sa haine contre Sarkozy. C’est l’homme du Contrat première embauche (CPE) qui avait fait descendre toute la jeunesse dans la rue. C’est le promoteur du « bouclier fiscal » qu’il avait lancé en 2006 au taux de 60%, en diminuant le nombre de tranches de l’impôt sur le revenu, Sarkozy l’ayant ramené à 50% ! C’est le grand stratège de la dissolution de 1997 qui avait permis à Lionel Jospin de devenir Premier ministre. C’est lui qui a traité les fonctionnaires de « moules » accrochées à leur rocher. C’est lui qui était fanatiquement en faveur du « oui » lors du référendum de 2005. Mauvais Premier ministre, inexistant ministre de l’Intérieur, Dominique de Villepin a mené exactement la même politique que ses prédécesseurs. Il ne fait aucun doute qu’il continuera dans cette voie.

Nicolas Sarkozy est loin d’avoir perdu la présidentielle et les législatives de 2012. Il met en place un dispositif pour reconquérir l’électorat traditionnel de droite : agriculteurs, commerçants, artisans, professions libérales, chefs d’entreprise. Pour retrouver une majorité présidentielle, il devra regagner une partie de l’électorat du FN, du MoDem et d’Europe Écologie. Sarkozy annonce qu’il veut retrouver ses « fondamentaux » et maintenir le « cap » des « réformes ». Mais s’il n’est pas réélu, hormis la blessure narcissique, son avenir sera assuré. Les agents des classes dirigeantes sont en effet grassement « recasés », socialistes compris, quand ils ne servent plus : Schroeder, Blair… Il pourra « faire de l’argent ».

La droite n’a pas dit son dernier mot. Ni Sarkozy. Car ce désenchantement d’une partie de l’électorat de droite n’a donné aucun blanc-seing à la gauche.

 Troisième constat : une victoire par défaut non pas de la « gauche », mais du Parti socialiste qui s’inscrit toujours dans une perspective social-libérale.

A priori les résultats semblent excellents pour le Parti socialiste. Mais le sont-ils pour les idées de gauche ? En tête dans 13 régions au premier tour, il remporte finalement 21 régions métropolitaines sur 22 au second. Au premier tour, il obtient 4,5 millions de voix (23,52% des exprimés ; 10,32% des inscrits) et arrive en deuxième position juste derrière l’UMP (26,02% des exprimés et 11,47% des inscrits).

Néanmoins, le PS perd en voix et en pourcentage par rapport aux régionales de 2004, et aux présidentielles et législatives de 2007 :
- perte de 4,4 millions de voix et -13,34% sur les régionales de 2004 ;
- perte de 5 millions de voix et -2,35% sur les présidentielles de 2007 ;
- perte de 1 million de voix et -1,71% sur les législatives de 2007.

Il n’y a que par rapport aux européennes de 2009 que le PS progresse : 1,7 million de voix et +7,04%.

Comment le PS est-il passé, en un an, de 2,8 millions d’électeurs, à 4,5 ? Qu’a-t-il fait de particulier ? S’agit-il d’un vote sanction à l’égard du gouvernement ? D’un vote utile bénéficiant au PS ? Le PS, d’ailleurs, ne s’est jamais présenté seul aux régionales 2010 mais avec ses alliés du Parti radical de gauche (PRG) et du Mouvement républicain et citoyen (MRC) dans la plupart des régions, avec le PCF dans 6 régions, et avec le MoDem ici ou là.

Ces résultats, contrairement à d’autres mouvements de gauche, ne suscitent aucun enthousiasme au M’PEP. Si le PS a gauchi son discours le temps d’une campagne, les dirigeants socialistes n’ont à aucun moment montré qu’ils se démarquaient d’une politique social-libérale.

Il existe une profonde illusion dans ce qui est présenté aujourd’hui comme une victoire de la « gauche ». En quoi le programme du PS se distingue-t-il radicalement de celui de la droite ? En quoi est-il de gauche ? L’affrontement gauche-droite, indispensable pour fixer correctement les repères politiques, n’est pas apparu clairement pendant la campagne électorale. Un exemple particulièrement caricatural est celui des professions de foi de Jean-Paul Huchon et de Valérie Pécresse, respectivement candidats du PS et de l’UMP en Île-de-France au deuxième tour, qui étaient parfaitement interchangeables.

L’Association des régions de France (ARF), par exemple, avec 20 régions métropolitaines sur 22 présidées par le PS de 2004 à 2010, n’a été qu’un conglomérat de potentats locaux attachés à leur pré-carré plutôt qu’à la résistance aux politiques néolibérales. Les premiers signes donnés après l’élection régionale 2010 semblent indiquer que la même inertie va persister puisque lors de la réunion des présidents PS des régions avec Martine Aubry, le 23 mars 2010 au siège du PS, rien n’est ressorti. Il aurait été pourtant utile de donner une ligne politique commune aux présidents socialistes de région en matière de lutte contre la réforme des collectivités territoriales, contre la directive européenne « services », accompagnée d’initiatives fortes, comme par exemple des référendums de « désobéissance européenne » proposés par le M’PEP. Face à la crise, on aurait aimé entendre un discours volontariste et mobilisateur.

L’énorme impopularité du gouvernement Sarkozy-Fillon n’a créé aucune confiance dans le PS. La critique de la population à son égard est persistante, la méfiance demeure.

Que va faire le PS ?

D’abord, il devra gérer ses « candidats à la candidature ». On se bouscule déjà au portillon, avec par ordre alphabétique : Martine Aubry, François Hollande, Ségolène Royal, Dominique Strauss-Kahn, Manuel Valls… Jack Lang ne devrait pas être trop loin non plus… Le PS devra ensuite choisir entre un candidat commun de la gauche (selon quel périmètre ?) au premier tour de la présidentielle de 2012, ou une pluralité de candidats. Le candidat commun présente l’inconvénient d’évoquer l’échec de la droite aux régionales 2010 et ne garantit pas la victoire. En 1965 et 1974, en effet, il y avait bien un candidat commun de la gauche à la présidentielle au 1er tour (François Mitterrand) et il a été battu. Il existe aujourd’hui un rejet du bipartisme que contient la notion de candidat commun, les électeurs ne semblant pas apprécier les alliances trop centralisées. Une pluralité de candidats, pour « ratisser large » au premier tour et disposer de réserves au second, est une thèse qui pourrait s’appuyer sur le succès des régionales de 2010 qui a été obtenu après que le PS, Europe Écologie et le Front de gauche se soient présentés en ordre dispersé au 1er tour.

Ensuite, quelles relations nouer avec Europe Écologie et le Front de gauche ? Le partenaire principal du PS est désormais Europe Écologie, ce n’est pas le Front de gauche. Cette configuration est inversée par rapport aux dernières décennies où le PCF était en tête de la gauche, puis est devenu le principal partenaire du PS, pour devenir aujourd’hui, dans le cadre du Front de gauche, une simple force d’appoint.

Enfin, le PS devra définir son projet. Il a d’ailleurs déclaré que « 2010 sera l’année du projet ». Une convention pour « un nouveau modèle de développement économique, social et écologique » se tiendra le 29 mai, devant faire la synthèse des travaux de 13 ateliers. Ces derniers traitent de la politique fiscale, industrielle, sociale, environnementale… Les premières contributions ont été mises sur le site Internet du PS le 6 avril. C’est un véritable cauchemar ! Le Figaro lui-même (7 avril 2010) parle d’un « brouillage total des lignes entre la gauche et la droite ». Si le PS revient au pouvoir en 2012, il mènera exactement la même politique que celle qu’il a menée depuis le « tournant de la rigueur » de 1983 et qui a contribué à la crise. Ce n’est pas une politique de gauche, le projet du PS ne sera pas en mesure de résoudre les problèmes principaux posés aux Français : emploi, précarité, salaires, protection sociale, services publics, logement, éducation, environnement, sécurité…

 Quatrième constat : une réorganisation des forces politiques charnières dans laquelle seul Europe Écologie se maintient, le MoDem et le NPA étant marginalisés.

Ces quelques dernières années, parmi les forces politiques nouvelles qui sont apparues, Europe Écologie, le Mouvement démocrate (MoDem) et le Nouveau parti anticapitaliste (NPA) étaient programmées pour les présidentielles à partir de leaders largement fabriqués par les grands médias. Après les régionales, seul le mouvement Europe Écologie peut encore prétendre jouer un rôle charnière. Le MoDem et le NPA ont perdu tout espoir d’y parvenir et se trouvent marginalisés.

Europe Écologie

Le mouvement Europe Écologie est né des listes qui portaient ce nom aux élections européennes de 2009. Le processus a débuté après l’échec de Dominique Voynet, candidate des Verts à l’élection présidentielle de 2007, qui n’avait réuni que 1,57%. Ce mouvement rassemble des partis politiques comme les Verts, des associations comme la Fédération régions et peuples solidaires, et des personnes physiques.

Avec 2,3 millions de voix (12,18% des exprimés et 5,44% des inscrits), le score d’Europe Écologie demeure bien en-deçà des espérances de ses promoteurs. Il est en retrait sur la performance de 2009 (16,28%), et loin du record historique de l’attelage Verts-Génération écologie des régionales de 1992 (18,22%). En revanche, c’est un succès inespéré par rapport à la déroute de Dominique Voynet à la présidentielle de 2007 (1,57%). Néanmoins Europe Ecologie semble avoir stabilisé son score et devient la 3e force électorale du pays, passant devant le MoDem. Le mouvement peut jouer un rôle significatif sur la scène politique, bien au-delà de ses seuls résultats électoraux.

Que s’est-il passé en 3 ans ?

Les inquiétudes de la population liées aux risques environnementaux et climatiques ont, à juste titre, encore monté d’un cran. D’autant que de nombreuses forces politiques, dont Nicolas Sarkozy, tentent d’instrumentaliser et de canaliser cette inquiétude. À cet égard, la sociologie de l’électorat d’Europe Écologie aux européennes de 2009 est significative (OpinionWay) : 32% des cadres et professions intellectuelles, 24% des professions intermédiaires, 23% de ceux qui ont un diplôme de l’enseignement supérieur et qui avaient voté l’avait fait en faveur d’Europe Écologie. Par ailleurs, 42% des électeurs qui avaient voté Europe Écologie aux européennes de 2009 ont récidivé aux régionales de 2010. Mais 25% ont voté PS, 20% ont voté blanc, nul ou se sont abstenus ; 5% ont voté pour la droite, 2% pour le Front de gauche et ses alliés, 1% pour le NPA. Un tiers des bulletins Europe Écologie aux régionales 2010 vient d’abstentionnistes des européennes 2009.

Les questions environnementales et climatiques n’expliquent pas tout dans l’émergence d’Europe Écologie comme 3e force électorale du pays. Il faut ajouter l’échec de François Bayrou et du MoDem dont de nombreux électeurs sont passés avec armes et bagages du côté d’Europe Écologie. Les écologistes ont même siphonné une partie de l’électorat du MoDem et de celui du NPA, tout en perdant une partie du leur au profit du PS. Il existe en effet une certaine porosité entre Europe Écologie, le MoDem et le PS. Par exemple le MoDem a capté des Verts (Jean-Luc Benamias et Yann Wehrling, anciens secrétaires nationaux des Verts), tandis qu’Europe Écologie a rallié Eva Joly et Antoine Waechter qui avaient manifesté de l’intérêt pour le MoDem. Corine Lepage a démissionné du MoDem et appelé à voter pour Europe Écologie.

Cependant l’électorat d’Europe Écologie est mobile et volatile. Si Europe Écologie a gardé 44% de son électorat des européennes de 2009, 30% sont allés au PS, 9% à la gauche de la gauche, 9% à la droite, 6% à l’Alliance écologiste indépendante, 2% vers le MoDem. Autre forme de volatilité : aux européennes de 2009, 61% des électeurs d’Europe Écologie s’étaient décidés dans la dernière semaine, contre 45% pour l’ensemble de l’électorat.

Il n’en reste pas moins qu’Europe Écologie est devenu le partenaire principal du PS, bouleversant le schéma politique de ces trois dernières décennies où le PCF jouait ce rôle. La question est maintenant de savoir si Europe Écologie pourra se maintenir à ce niveau électoral et jouer le rôle charnière auquel il est destiné et que le Front de gauche lui dispute. Tout dépendra du positionnement politique, du contenu de son apport et de l’organisation que se choisiront les dirigeants et militants d’Europe Écologie.

Le positionnement d’Europe Écologie reste ambigu. Cette posture peut donner des résultats lors des élections sans véritable enjeu comme les européennes ou les régionales, qui ont une vocation de « défouloir », mais il n’est pas certain que les élections à enjeu comme les législatives et la présidentielle (on l’a vu avec le nano-score de Dominique Voynet en 2007) autorisent la persistance de cette ambigüité. Une lutte est donc en cours au sein d’Europe Écologie entre deux orientations : l’une défendant la thèse « ni droite ni gauche » ; l’autre voulant ancrer Europe Écologie à gauche.

Pour Daniel Cohn-Bendit, Europe Écologie ne doit pas être à gauche : « J’entends dire mes camarades des Verts qu’ils ont des valeurs de gauche. Mais qu’est-ce que la gauche ? Le communisme ? Le stalinisme ? Le colonialisme de Jules Ferry ? » (Le Monde, 16 mars 2010). De son côté, le Conseil national des Verts des 27 et 28 mars 2010 a réaffirmé son ancrage à gauche : « L’écologie ne confond pas sa droite de sa gauche » affirme le texte voté à l’unanimité. Cette dernière position correspond au comportement de l’électorat d’Europe Ecologie puisque dans les 12 régions où Europe Écologie avait des listes autonomes au 1er tour, 79% de ses électeurs ont voté pour les listes du PS et de ses alliés au second tour. Seuls 13% se sont abstenus ou voté nul, 7% ont voté pour la droite. Il n’y a aucun doute, les électeurs d’Europe Écologie acceptent très majoritairement de se désister pour des candidats du PS, même quand ils sont alliés à des forces de la gauche radicale.

Le contenu de l’apport d’Europe Écologie – c’est-à-dire son programme - dépendra pour une large part de l’issue du débat sur le positionnement du mouvement. Si les partisans de la thèse du « ni gauche ni droite » l’emportent, Europe Écologie ne sera qu’une agence de communication composée de « pipoles » amusant la galerie, Daniel Cohn-Bendit en tête. Aucun programme n’est nécessaire pour occuper cette position. Si Europe Écologie choisit de se positionner à gauche, les conditions d’une véritable réflexion sur la conversion écologique de l’économie seront peut-être créées. Mais il y a beaucoup de travail, car jusqu’à présent les propositions d’Europe Écologie ont été particulièrement insignifiantes.

L’organisation que se choisiront les dirigeants et militants d’Europe Écologie va rencontrer de nombreuses difficultés. Les liens entre les mouvements écologistes et leurs électeurs sont faibles et d’une nature très différente de ceux qui unissaient jadis les classes populaires et les partis de gauche, singulièrement le PCF. Il existe beaucoup de militants de gauche à Europe Écologie, comme des anciens communistes qui préconisent une sorte de fédération écologiste regroupant des courants sur la base de leur sensibilité : communistes écolos, Verts de gauche… Aujourd’hui les contours de la nouvelle structure ne sont pas arrêtés. Il est vrai que les ambitions affichées ne sont pas minces : « Inventons ensemble une coopérative politique » (Daniel Cohn-Bendit, Libération, 22 mars 2010) ; « Le mouvement politique que nous devons construire ne peut s’apparenter à un parti traditionnel » ; « Il est nécessaire de repolitiser la société civile » ; « Ils respecteront un principe de double appartenance ».

On croirait lire du M’PEP !

Le MoDem

Candidat aux élections présidentielles d’avril 2007 où il arrive 3e avec 18,57% des voix exprimées, François Bayrou lance le MoDem au mois de mai. Ancien président de l’Union pour la démocratie française (UDF) fondée par Valéry Giscard d’Estaing, François Bayrou ne pense qu’à l’élection présidentielle. Homme de droite tout au long de sa carrière politique, il tente, par la création de ce parti, de maquiller cette réalité et de se donner une nouvelle virginité.

Mais avec 814 560 voix aux régionales de 2010 (4,31% des exprimés et 1,87% des inscrits), l’illusion de la « troisième voie » est partie en fumée. Une seule liste MoDem peut se maintenir au second tour (Aquitaine). Le MoDem ne rassemble plus que la moitié de son électorat des européennes de 2009. En trois ans, François Bayrou a perdu plus de 6 millions d’électeurs. Déjà, selon des sondages, 20% des personnes ayant voté pour Bayrou au 1er tour de la présidentielle de 2007 avaient reporté leurs votes sur Europe Écologie aux européennes de 2009.

Les tribulations du MoDem étaient prévisibles. Seuls certains dirigeants socialistes voyaient une possibilité d’alliance, comme par exemple Ségolène Royal. Incapable de structurer son parti, de partager le pouvoir et de se doter d’un programme qui dépasse la seule critique de Sarkozy, François Bayrou se retrouve sur la paille. La démagogie « centriste » qui prétend être « au-delà des clivages partisans » ne fait jamais illusion très longtemps en France. L’histoire a montré à de multiples reprises qu’un « centre » prétendument placé entre les intérêts de classe n’était qu’une fiction.

Pour s’en convaincre il suffisait de lire Les Échos des 4 et 5 décembre 2009, dans lequel François Bayrou présentait son « programme » : une suite de banalités et de généralités visant à masquer sa compatibilité totale avec les recettes néolibérales habituelles. Exemples :
-  « Nous défendons un projet de société soutenable au travers des générations, une économie de liberté et une action publique tournée vers un impératif de justice ».
-  « La dette n’est pas soutenable ».
-  « Il faudra un contrat de modération dans les dépenses publiques, y compris avec les collectivités locales ».
-  « Cette proposition constitutionnelle d’interdire tout déficit de fonctionnement en période de croissance était au cœur de mon projet de 2007 ».
-  « Une politique en faveur des TPE et PME avec les deux premiers emplois sans charges et un vrai small business act »
.

Les perspectives du MoDem et de François Bayrou ne sont pas exaltantes. Incapable d’incarner cette « troisième force » qu’il appelle de ses vœux, Bayrou refuse toute autocritique et de modifier sa stratégie. Marginalisé, le MoDem est désormais le théâtre de règlements de comptes.

Le M’PEP attend dans l’indifférence le solde de tout compte.

Le NPA

Le Nouveau parti anticapitaliste a tenu son congrès fondateur en février 2009, encouragé par le score réalisé par son leader, Olivier Besancenot, à l’élection présidentielle de 2007 : 4,8% alors que Marie-George Buffet pour le PCF ne réalisait que 1,9%. Cette situation a conduit les dirigeants du NPA à affirmer qu’ils ne feraient « qu’une bouchée du PCF ». Le NPA a été construit à partir des cadres de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) de tendance trotskiste.

Au 1er tour des régionales 2010, le NPA enregistre au niveau national 468 464 voix (2,41% des exprimés, 1,07% des inscrits). Cependant la situation est assez complexe, car ce score donné par le ministère de l’Intérieur ne tient pas compte de 3 régions (Languedoc-Roussillon, Limousin, Pays-de-la-Loire) où le NPA se présentait avec le Front de gauche. En revanche il incorpore les résultats des 3 régions où le NPA se présentait avec le PG, sans le PCF (Bourgogne, Champagne-Ardenne, Basse-Normandie). Le NPA ne se présentait pas dans les DOM-TOM ni en Corse.

Il est donc nécessaire, pour comprendre avec précision l’évolution de l’influence électorale du NPA, de faire quelques regroupements.

Un premier regroupement doit être opéré pour comptabiliser les scores du NPA dans les régions où il s’est présenté seul (11 régions). Il y rassemble 319 000 voix et 2,84%, en recul sur les européennes de 2009 où il avait obtenu dans les mêmes 11 régions 489 000 voix et 4,78%. Seule l’Île-de-France limite les dégâts, grâce à la présence d’Olivier Besancenot en tête de liste, avec seulement -0,35%. Aux présidentielles 2007 Olivier Besancenot avait obtenu 1,45 million de voix (4,08%). Aux législatives qui avaient suivi, le NPA avait récolté 500 000 voix (2,05%).

Le second regroupement concerne 10 régions métropolitaines où le NPA participait à des listes selon différentes configurations, rassemblant selon les cas le Front de gauche dans son ensemble, le PCF, le PG, les Alternatifs, le M’PEP, la FASE… Dans ces régions, les listes sur lesquelles se trouve le NPA rassemblent 4,25%. Ce score reste inférieur au score du NPA seul aux européennes de 2009.

Au total, le NPA fait de très mauvais scores, sauf dans les régions où il a participé à une dynamique unitaire avec le Front de gauche et ses alliés. Néanmoins, toutes ces alliances ont donné des résultats inférieurs au score du NPA aux européennes de 2009 (sauf en Bourgogne et dans les Pays-de-la-Loire). Ainsi, lorsque le NPA s’est présenté avec le Front de gauche dans son ensemble ou avec certaines de ses composantes, le résultat a été systématiquement inférieur à l’addition des scores du NPA ou du Front de gauche lors des européennes de 2009.

Les sondages « sorties d’urnes » montrent que 40% des électeurs du NPA motivent leur vote par leur opposition aux autres forces politiques, en particulier de gauche, et qu’une partie substantielle des électeurs de Besancenot à la présidentielle a abandonné le NPA pour l’abstention, le vote PS ou Europe Écologie.

Les raisons de l’échec du NPA sont doubles.

D’une part, c’est l’échec du rassemblement derrière une icône charismatique (Olivier Besancenot). Ce dernier ne réalise par exemple que 3% en Île-de-France où il était tête de liste. La stratégie de cavalier seul du NPA l’a fait apparaitre comme un diviseur. En outre, le NPA a développé un discours inaudible sur les conditions de sa participation aux Conseils régionaux. Le vote pour ses listes est apparu inutile.

D’autre part, l’affaire de la candidate voilée du NPA dans le Var l’a discrédité et affaibli. Elle a donné du NPA l’image d’un parti qui bafouait ses engagements féministes (son électorat n’est plus composé que de 35% de femmes).

Au total le NPA se trouve aujourd’hui marginalisé. Magma idéologique, le NPA est une cohabitation instable entre certains qui veulent la poursuite de la LCR et d’autres qui veulent un parti radical, mais de masse et démocratique. Les nombreux départs de militants, et surtout de militantes qui frappent le NPA laissent assez peu d’espoir pour que la tendance unitaire de ce mouvement prenne le dessus.

 Cinquième constat : un résultat modeste du Front de gauche qui ne parvient pas à créer de dynamique populaire.

La simple mise au jour des résultats du Front de gauche n’est pas évidente, tout comme la comparaison avec les élections précédentes.

D’abord, le Front de gauche ne se présentait pas dans les DOM-TOM. Il faut donc mesurer et comparer les résultats pour la seule France métropolitaine.

Ensuite, en France métropolitaine, le Front de gauche ne se présentait avec ses partenaires (selon les régions : Alternatifs, FASE, M’PEP, PCOF, R&S), hors NPA, que dans 14 régions sur 22. Dans 2 autres régions, le Front de gauche au complet se présentait avec le NPA, les Alternatifs et le M’PEP en Languedoc-Roussillon ; tandis qu’il se présentait avec le seul NPA dans le Limousin. Les scores ont été classés « Front de gauche » par le ministère de l’Intérieur. Dans 2 nouvelles régions, des éléments du Front de gauche se présentaient avec la FASE et des communistes dissidents (Bretagne) ou avec les Alternatifs, des dissidents communistes et le M’PEP (Lorraine), classés « divers gauche » par le ministère de l’Intérieur. Dans les 4 dernières régions, des éléments du Front de gauche se présentaient avec le NPA, la FASE et des dissidents communistes (Bourgogne), le NPA et les Alternatifs (Champagne-Ardenne), le NPA (Basse-Normandie), des dissidents communistes et le NPA (Pays-de-la-Loire). Les résultats étaient classés « extrême gauche » par le ministère de l’Intérieur pour ces 3 premières régions mais pas pour les Pays-de-la-Loire où les fédérations départementales du PCF ont eu des candidats « officiels », selon les départements de la même région, avec la liste du PS et avec la liste du Front de gauche !

Enfin, pour ajouter à la complexité et probablement à un certain manque de lisibilité, des communistes étaient présents sur 8 catégories de listes, certains à titre officiel et d’autres à titre officieux : officiellement avec le Front de gauche ; avec le PS ; avec le NPA ; officieusement avec le PS dans le cadre du MUP de Robert Hue ; avec le PS à titre individuel ; avec le NPA ; avec Maxime Gremetz sur sa liste dissidente du PCF en Picardie ; avec Europe Écologie à titre individuel.

Les militants communistes ont cependant voté à leur très grande majorité en faveur de la stratégie du Front de gauche et de l’autonomie vis-à-vis du PS pour les élections régionales 2010 (78,7%). Lors des régionales de 2004, les communistes avaient décidé de s’allier aux socialistes, dès le premier tour dans 14 régions métropolitaines contre 17 en 2010. En 2004, le PCF avait obtenu 178 sièges dans 19 régions. En 2010 il n’en a obtenu que 95 dans 17, mais répartis en deux catégories ; ceux qui ont été « octroyés » et ceux qui ont été « conquis ».

Certains sièges, 29 au total, ont été « octroyés » par le PS dans les 6 régions où le PCF a fait officiellement alliance avec lui. On peut dire qu’ils ont été « octroyés » car ce ne sont pas les électeurs qui ont choisi ces élus communistes, c’est l’appareil du Parti socialiste. Le PCF s’est néanmoins largement émancipé de la tutelle du PS car en 2004 beaucoup des sièges du PCF avaient été « octroyés », sauf dans les 8 régions où les militants du PCF avaient osé se confronter aux électeurs. Il est d’ailleurs étrange de lire certains arguments dans les textes des différents opposants à la direction du PCF, qui lui reprochent la baisse du nombre d’élus communistes. Auraient-ils préféré avoir davantage d’élus « octroyés » par le PS ? Mais quelle est la liberté de ces « élus » ? Dans 11 régions en 2010, 66 sièges ont été « conquis » par le PCF directement auprès des électeurs, libérant le PCF, dans ces régions, de la tutelle du PS. Cette évolution est très importante dans le processus d’autonomisation du PCF vis-à-vis du PS.

Cependant, une situation assez paradoxale existe pour les deux autres membres du Front de gauche que sont le Parti de gauche et Gauche unitaire qui se sont vus à leur tour « octroyer » des sièges, mais cette fois-ci par le PCF : 17 sièges dans 9 régions pour le PG et 7 sièges dans 7 régions pour GU. Pour éviter les combinaisons d’appareils qui n’ont toujours qu’une durée de vie limitée et qui polluent la vie politique, ces deux partis devraient, à un moment ou à un autre, se confronter directement aux électeurs. Sans, d’ailleurs, que cela ne remette en cause la poursuite de l’expérience du Front de gauche.

Les résultats du Front de gauche ont été très pénalisés par la division du PCF au sein duquel on peut y repérer 4 grandes sensibilités. La première est isolationniste. Elle développe une attitude identique à celle du NPA par son refus de toute alliance et la recherche d’un cavalier seul du PCF. La seconde sensibilité est le lobby pro-Parti socialiste au sein du PCF. Elle feint d’ignorer les évolutions social-libérales du PS, regrette la « gauche plurielle », conteste l’existence d’une « vraie gauche » assimilée à du « gauchisme » qui prétendrait passer devant le PS. La troisième sensibilité est celle des « communistes unitaires » qui veulent l’Union à la base, pas comme celle du Front de gauche à qui ils reprochent d’être un accord de sommet. La quatrième sensibilité est celle de la direction actuelle qui développe la stratégie du Front de gauche.

Pour comprendre les scores du Front de gauche et de ses alliés et faire des comparaisons avec les élections passées, des regroupements sont nécessaires. On observe que les résultats du Front de gauche sont la plupart du temps corrélés aux zones de force et à l’implantation traditionnelle du PCF et que finalement le Front de gauche n’a pu pour l’instant que mobiliser une partie de l’ancien électorat communiste, l’apport de ses deux autres composantes- le PG et GU – apparaissant marginal.

Résultats dans les 14 régions où le Front de gauche était présent au complet avec ses alliés, mais sans le NPA

Dans ces 14 régions, qui représentent la configuration la plus « pure », le Front de gauche recueille près d’un million de voix (926 664) et 6,89% au premier tour (3,16% sur les inscrits). Le seuil des 10%, qui permet de maintenir les listes au 2e tour, est atteint dans 3 régions : Limousin (14,24%) ; Corse (10,96%) ; Nord-Pas-de-Calais (10,78%). Malheureusement, seule la liste du Limousin s’est maintenue au 2e tour, améliorant néanmoins nettement son score.

1 Sur les exprimés.
2 En Picardie, la liste Gremetz (dissident PCF) obtient 35 655 voix (6,21%).

Si on compare les résultats du Front de gauche aux régionales 2010 à ceux du PCF aux régionales de 2004, dans ces mêmes 14 régions, on doit retirer 7 régions où le PCF, en 2004, était allié au PS dès le premier tour (Haute-Normandie, Centre, Midi-Pyrénées, Rhône-Alpes, Aquitaine, Poitou-Charentes, Alsace). Dans les 7 régions qui restent, le PCF obtenait en 2004 plus de 600 000 voix et 7,77%. Le Front de gauche en 2010 perd donc 148 000 voix et -0,19% sur 2004 par rapport au PCF. Mais cette baisse est inégale, car le Front de gauche progresse dans 4 régions, et surtout en voix en Auvergne, en Aquitaine et en Corse. Les pertes, parfois sévères, viennent de 3 régions : Île-de-France (-74 000 voix) ; Picardie (-52 000 voix) ; Nord-Pas-de-Calais (-40 000 voix).

Si on compare maintenant les scores du Front de gauche aux régionales 2010 avec les scores du Front de gauche aux européennes 2009, toujours dans les mêmes 14 régions, on obtient un gain de près de 200 000 voix (+0,79%). La progression en voix est générale, sauf en Aquitaine. En revanche, en pourcentage, des reculs sont observables dans 5 régions.

Résultats dans les 2 régions où le Front de gauche et ses partenaires étaient alliés au NPA

Le résultat en pourcentage (9,68%) est nettement au-dessus de toutes les autres configurations électorales dans lesquelles s’est trouvé le Front de gauche.

Dans ces 2 régions où un accord a été conclu entre le Front de gauche et le NPA, le score des listes reste néanmoins largement en-deçà du cumul des voix du Front de gauche et du NPA aux européennes de 2009, surtout dans le Languedoc-Roussillon. En l’état actuel des études électorales, il n’est pas possible de dire si cette situation résulte d’un mauvais report des voix de l’électorat du NPA dont une partie pourrait reprocher au Front de gauche son manque d’ « anticapitalisme » ; ou d’un mauvais report des voix de l’électorat du Front de gauche qui n’aurait pas apprécié, par exemple, l’alliance avec un parti – le NPA – qui présentait une candidate voilée.

Résultats d’éléments du Front de gauche alliés à d’autres organisations, sans le NPA, dans 2 régions aux régionales 2010

Ces 2 régions font partie de celles où le PCF avait fait alliance au 1er tour avec le PS. Des forces de la gauche de gauche s’étaient regroupées, avec des éléments du Front de gauche (PG et parfois GU), et des « dissidents » du PCF, mais sans le NPA avec qui un accord n’avait pas été possible. Le score moyen de 3,2% est modeste, mais constitue une base de conquête pour l’avenir.

En 2010, le NPA perd la moitié de ses voix des européennes de 2009 en Bretagne et les deux tiers en Lorraine. Une partie de cet électorat a probablement voté pour les listes de la gauche de gauche unitaire. Mais ces dernières ne parviennent pourtant pas au niveau atteint aux européennes de 2009 par le total des voix du Front de gauche et du NPA. Elles font même trois fois moins, démontrant ainsi qu’une partie significative de l’électorat communiste a eu tendance à suivre les consignes officielles locales de vote en faveur de la liste PCF-PS.

Résultats d’éléments du Front de gauche alliés à d’autres organisations, dont le NPA, dans 4 régions aux régionales 2010

Ces régions sont les 4 dernières où le PCF s’est allié au PS dès le premier tour. À la différence de la catégorie précédente, les éléments du Front du gauche (PG et parfois GU), et des « dissidents » communistes, ont pu s’allier au NPA. Le résultat moyen n’est pas mauvais et frôle les 5%, seuil permettant la fusion des listes au second tour (4,86%).

Il est très intéressant de constater que ces listes de la gauche de gauche unitaire font mieux en 2010 que le Front de gauche en 2009, sauf en Bourgogne. On peut faire l’hypothèse qu’une partie de l’électorat communiste n’a pas suivi les consignes officielles de vote en faveur des listes PCF-PS, et qu’une fraction de l’électorat du NPA a voté pour ces listes unitaires. Ainsi ces listes parviennent à recueillir plus de la moitié des voix cumulées du Front de gauche et du NPA en 2009.

Qui a voté pour le Front de gauche ?

L’électorat du Front de gauche est celui qui est le plus politisé. Selon un sondage TNS Sofres, 42% de ses électeurs se sont « beaucoup intéressé à la campagne électorale » et 36% « assez », soit un total de 78%. Les moyennes nationales ne sont que 16% « beaucoup » et 33% « assez » soit un total de 49%. Les électeurs du Front de gauche ont « nationalisé » le scrutin puisqu’ils ont voté à 75% pour exprimer leur « désapprobation » à l’égard du gouvernement actuel, loin devant toutes les autres listes (67% pour le NPA et 59% pour le PS). Le Front de gauche est en tête avec 85% de réponses à la question sur les raisons du vote : « par adhésion à une personnalité politique ou un parti » (41% pour le FN qui est dernier).

Toutefois, l’électorat du Front de gauche possède deux faiblesses : auprès des jeunes et des ouvriers. Seuls 3% des 18-34 ans qui ont voté l’ont fait pour le Front de gauche (mais 7% des 65 ans et plus), et 2% des ouvriers (mais 10% des professions intermédiaires).

Le vote des jeunes de 18 à 34 ans qui ont voté au 1er tour se répartit de la manière suivante : 26% ont voté pour le PS ; 22% pour l’UMP ; 19% pour Europe Écologie ; 10% pour LO + NPA ; 4% pour le MoDem ; 3% pour le Front de gauche.

Vote des ouvriers qui ont voté au 1er tour : 34% pour le PS ; 22% pour le FN ; 18% pour l’UMP ; 9% pour LO + NPA ; 8% pour Europe Écologie ; 3% pour le MoDem ; 2% pour le Front de gauche.

D’où viennent les voix du Front de gauche ?

Par rapport au vote du 1er tour de la présidentielle 2007, 54% de ceux qui avaient voté Buffet ; 20% Besancenot ; 6% Royal ; 5% qui s’étaient abstenus. Il faut signaler que 33% des électeurs de Buffet à la présidentielle de 2007 ont voté pour des listes PCF-PS ou PS au premier tour des régionales 2010. Par rapport aux européennes de 2009, 63% de ceux qui avaient voté Front de gauche ont à nouveau recommencé ; 20% NPA ; 5% EE ; 3% PS.

Selon l’institut de sondages CSA, la préférence partisane des électeurs « proches d’un syndicat » donne des résultats encourageants pour le Front de gauche vis-à-vis des syndicats Solidaires et CGT. Pour Solidaires, 18% de ses sympathisants et adhérents qui ont voté l’ont fait pour le Front de gauche ; 33% pour le PS ; 26% pour EE ; 11% pour l’UMP. Pour la CGT, 16% de ses sympathisants et adhérents qui ont voté l’ont fait pour le Front de gauche ; 42% pour le PS ; 11% pour EE ; 10% pour le FN ; 7% pour l’UMP et la droite. Concernant FO, on aurait pu espérer un meilleur score pour le Front de gauche qui ne recueille que 4% ; 26% pour le PS ; 23% pour l’UMP ; 17% pour le FN. Quant à la CFDT, le résultat du Front de gauche – 2% - n’est pas une surprise. Le PS fait 40% ; 21% pour l’UMP ; 17% pour EE ; 9% pour le FN.

Ces résultats montrent que les marges de progression du Front de gauche sont très importantes, pour peu qu’il sache répondre aux aspirations des classes populaires. Dans un prochain texte, le M’PEP lui fera des propositions.