15.07.2010
OBSERVATIONS SUR LE DOCUMENT D’INTERVENTION DE JACQUES NIKONOFF :
« COMMENT SORTIR DE LA CRISE DE L’UNION EUROPÉENNE ? »
[Intervention prononcée lors du colloque du 26 juin 2010]
ET LES ALLIANCES ?
Cette intervention vise à montrer que la décision politique de « sortir de l’Union européenne » est possible, notamment sous l’angle juridique et technique. De ces points de vue, la démonstration est tout à fait convaincante.
Reste que chacun peut observer, tant chez le citoyen lambda que chez la plupart des organisations politiques, syndicales ou associatives, une crispation suivie d’un repli sur soi, à l’évocation du « sortir de l’U.E. », crispation qui ne relève pas d’une méconnaissance juridique ou technique.
On entre dans le champ du « politique global » et du sociologique. Si l’on se rappelle que l’homme est un être constitutivement mixte , donc individuel ET social, chaque rupture avec « l’autre » est stressante. Se savoir relié, et d’une certaine façon en solidarité, non seulement avec les « siens » de « sa » nation, mais aussi avec les « autres » de plusieurs dizaines d’autres nations dans un ensemble quasi continental, a quelque chose de rassurant, et confère une sécurité, peut-être illusoire, mais perçue comme telle, dans un monde où tout est fait pour valoriser la concurrence, et donc l’affrontement entre individus et groupes sociaux.
« Sortir de l’Union européenne » revient à divorcer des peuples voisins (rappelons-nous l’histoire des affrontements franco-allemand), et donc à se poser en situation d’abandon et d’isolement. Même si beaucoup conviennent que l’U.E. constitue de fait une alliance des « dominants » représentant les puissances financières, et donc une alliance « de classe » opposée aux intérêts de la grande majorité des peuples, il demeure que cette alliance des « territoires » du continent européen sous l’égide de la « bourgeoisie dominante », est perçue comme préférable à un fractionnement de ce continent, même sur la base d’une cohérence de classe sous l’égide des « gauches de transformation sociale ». Ces observations inciteraient à penser que, dans les circonstances d’ici et maintenant, le champ de cohérence / clivage du territoire l’emporte sur le champ de cohérence /clivage de classe.
La seule solution envisageable serait que plusieurs nations, à la façon de certains Etats d’Amérique du sud, constituent un ensemble suffisamment cohérent et qui se perçoive comme suffisamment fort, pour oser nouer des liens nouveaux tels qu’ils permettent de dénouer ceux de l’U.E..
Rappelons-nous que les guerres de libération nationale victorieuse au cours de la deuxième moitié du XXè siècle, telles que à Cuba, au Viet Nam ou en Algérie, qui comportaient les deux dimensions de territoire et de classe, n’ont pu vaincre que parce qu’elles ont bénéficier de solidarités, idéologiques et/ou matérielles, avec d’autres nations, et aussi à l’ONU.
Si donc le projet de « Sortir de la crise de l’U.E. » nécessite une approche financière, technique et juridique, qui présente la démarche politique comme possible, chacun perçoit combien ce processus est stratégiquement insuffisant pour générer un mouvement populaire porteur d’un tel projet. Des alliances seront nécessaires. Certaines forces de gauche militent pour un sortie de crise par une transformation de l’intérieur de l’Union. D’autres, moins nombreuses, dont le Mpep, ne voient de solution que dans la sortie de l’Union et de l’Euro, pour mieux reconstruire de nouveaux liens intra-européens et internationaux. A défaut de nouvelles aggravations catastrophiques de la crise, et d’un grand mouvement populaire, les stratégies en lice devraient prendre en compte l’aspiration à des alliances entre les peuples, par territoire et/ou par classe.
Jean Castagnez
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