Jean Domenichino, Xavier Daumalin, Le Front populaire - Marseille et sa région, Jeanne Laffitte (2006)
dimanche 1er août 2010
Auteur : par webmaster
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Le Front Populaire

Marseille et sa région

Auteurs : Jean Domenichino, Xavier Daumalin

Editions : Jeanne Laffitte (2006)

Le Mot de l’éditeur : Le Front Populaire à Marseille

Malgré sa brièveté, le Front populaire reste gravé dans les mémoires. Né dans un contexte de crise généralisée, le Front populaire, unité politique et syndicale des forces de gauche, a incarné pour toute une génération de salariés l’espoir d’une amélioration des conditions de vie et de travail. Marseille et sa région n’échappent pas à cette réalité, bien au contraire. Anticipant sur les décisions des directions politiques et syndicales nationales, les différentes composantes de la gauche locale, poussées par leur base, entrent très tôt dans la dynamique de l’événement. Elles participent ensuite aux occupations d’usine et aux mouvements de grèves en faveur d’une application rapide des lois sociales de juin-juillet 1936.

Mais « l’embellie » est de courte durée. Face à la montée en puissance des totalitarismes, l’union des partisans du Front populaire se fissure, le soutien populaire au gouvernement tiédit et le contexte économique ne s’améliore pas. Ce changement est parfaitement perçu par un patronat qui s’est rapidement ressaisi, a resserré ses liens et s’est lancé dans un mouvement de reconquête au prix, souvent, d’une radicalisation de ses positions. Là encore, Marseille et sa région ne sont pas en reste. Sous la houlette de la Société pour la défense du commerce et de l’industrie de Marseille, les chefs d’entreprise locaux tentent de reprendre pas à pas le terrain perdu, surtout en ce qui concerne la semaine de 40 heures. L’offensive conduite par les représentants de l’industrie chimique marseillaise sert alors de laboratoire à un monde industriel, en passe de gagner sa « bataille de la Marne » : ce sera chose faite le 30 novembre 1938. Le gouvernement de Vichy parachèvera le tout.

C’est cette page de l’histoire de Marseille et de sa région que cet ouvrage se propose d’ouvrir à partir d’archives privées, syndicales et patronales, souvent inédites.

Xavier Daumalin et Jean Domenichino sont historiens (Université de Provence-UMR Telemme), spécialistes de l’histoire du monde du travail et des entreprises.

Extrait du livre :

L’économie marseillaise de l’entre-deux-guerres fonctionne, à peu de choses près, sur la lancée du système élaboré depuis le milieu du XIXe siècle. Comme par le passé, la complémentarité entre la fonction portuaire et la fonction industrielle joue à plein et l’éventail des branches motrices de la croissance est globalement semblable, même s’il s’est enrichi d’activités issues de la seconde révolution industrielle. Comme autrefois également, l’influence économique de la ville s’étend largement au-delà de son territoire communal et conditionne la bonne marche de sites industriels aussi divers et éloignés que Salin-de-Giraud, Port-Saint-Louis-du-Rhône, Port-de-Bouc, le pourtour de l’étang de Berre, la vallée de l’Huveaune, le bassin minier de l’Arc, sans oublier les chantiers navals de La Ciotat et de La Seyne-sur-Mer. Le contexte national et mondial de l’après-guerre a pourtant changé. Sans marquer nécessairement une rupture totale avec la période précédente, la Première Guerre mondiale a simultanément accéléré des évolutions en cours et induit plusieurs changements : intervention grandissante de l’État, réorganisation des marchés, diffusion de nouvelles méthodes de production et exacerbation de la concurrence étrangère, instabilité politique et monétaire, essor et radicalisation de la contestation sociale... Face à ce nouvel environnement, l’économie marseillaise s’est adaptée en trouvant de nouveaux ajustements pour tenter de renouveler la rentabilité d’un système industrialo-portuaire vieux de plus d’un siècle.