Communautarisme
2007
Auteur : par webmaster

On peut dire du « communautarisme » qu’il vise à permettre à une « communauté » d’obtenir un monopole de représentation auprès des institutions publiques et de la société du spectacle médiatique.

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« Le Communautarisme »

On peut dire du « communautarisme » qu’il vise à permettre à une « communauté » d’obtenir un monopole de représentation auprès des institutions publiques et de la société du spectacle médiatique. Il faut y ajouter un rôle de police communautaire à l’intérieur de la « communauté ». Citons l’historien des idées politiques Pierre-André Taguieff, très inégal dans ses productions et parfois même délirant, qui a néanmoins développé une réflexion intéressante sur le sujet :

« Le multiculturalisme politique – ou la politique des identités – se fonde sur un principe fondamental, celui du respect inconditionnel du « droit à la différence » des communautés minoritaires, présumées victimisées ou victimisables, revendiquant le droit de vivre et de penser selon leurs valeurs et leurs normes identitaires respectives. Le multiculturalisme politique ou institutionnel constitue donc, au sens strict, un modèle de société multicommunautaire, qui s’oppose sur l’essentiel au modèle républicain de la nation ou, plus précisément, au modèle de la nation civique, idéal politique illustré imparfaitement, sur le plan historique, par la nation à la française. Son contenu est la « communauté des citoyens », c’est-à-dire une communauté politique impliquant l’existence de citoyens qu’il a fallu former par un système d’instruction et d’éducation fondé sur le principe méritocratique et ordonné à la réalisation d’un type d’individu se caractérisant par son autonomie, capable de prendre une suffisante distance vis-à-vis de ses origines et de ses appartenances, de ses héritages culturels et de ses croyances (religieuses ou non). Il n’est pas de communauté de citoyens sans un refroidissement des passions identitaires ni sans une relativisation des opinions. »

« Le multiculturalisme institutionnel ou le multicommunautarisme normatif, en tant qu’horizon ou projet politique, constitue une menace ou un défi pour la tradition républicaine à la française, notamment en ce qu’il s’attaque directement au principe de laïcité et à la norme juridico-politique d’égalité de tous les citoyens devant la loi. »

« Le principe de laïcité fonctionne à la fois comme un principe de relativisation des opinions et des croyances, et comme un opérateur d’apaisement des passions liées à des allégeances, des préférences, des appartenances ou des fidélités de groupe. À certains égards, le multiculturalisme apolitique ou anté-politique n’est qu’une certaine interprétation culturelle de la société civile, quelque chose comme le supplément d’âme « culturaliste » de la société de marché, qui reconnaît en principe la diversité des consommateurs. Mais le marché se venge et transforme vite en produits et en marchandises les identités culturelles, les intégrant dans le système de l’offre et de la demande. Les passions identitaires sont alors instrumentalisées par les intérêts concurrentiels. »

«  Il en va tout autrement avec le multicommunautarisme comme système sociopolitique. Le multiculturalisme institutionnel viole expressément le principe libéral de la neutralité de l’État vis-à-vis des cultes ou des Églises, c’est-à-dire des conceptions du bien et des fins de l’homme. En outre, il ne respecte pas le principe constitutionnel de l’égalité de tous les citoyens devant la loi, sans distinction d’origine, de race ou de religion. Il favorise enfin la multiplication de communautés à base ethnique, linguistique ou religieuse, aux valeurs et aux normes différentes, voire incommensurables et incompatibles entre elles. Ces communautés de divers ordres sont vouées à entrer en conflit, soit par le choc de leurs croyances respectives, soit par la quête mimétique de leurs intérêts respectifs. L’espace public risque ainsi de se transformer insensiblement en espace conflictuel, plus précisément multiconflictuel, créant inévitablement des inégalités inter-communautaires, instables et toujours contestables parce qu’en rapport avec l’équilibre provisoire des forces en présence. La reconnaissance de citoyennetés multiples, diversifiées selon les identités groupales revendiquées, implique le non-respect du principe d’égalité des citoyens devant la loi, c’est-à-dire du principe qui organise le pluralisme dans les sociétés démocratiques modernes. C’est ce principe que les partisans du multiculturalisme d’État prennent la responsabilité d’abandonner. »

Lire :

« Communautarisme, mode d’emploi » , Denis Porthault, Observatoire du communautarisme, 30/08/2004

« La stratégie de la mouvance du collectif « Une école pour tous » avec les organisations musulmanes », Observatoire du communautarisme, 09/03/2005

« Multiculturalisme et communautarisme devant les principes républicains », Pierre-André Taguieff, Observatoire du communautarisme, 09/06/2004

"La République enlisée. Pluralisme, communautarisme et citoyenneté", par Pierre-André Taguieff, Editions des Syrtes, 2005

"Contre le communautarisme" un essai de Julien Landfried (éd. Armand Colin), directeur de l’Observatoire du communautarisme.

Parmi les organisations fondatrices d’Attac, le Conseil scientifique, le Conseil d’administration et dans les forces locales qui soutiennent la direction actuelle, nombreux sont les adhérents qui ont absorbé cette idéologie, souvent sans en avoir même conscience. Dès lors, pour reprendre les arguments de Julien Landfried, il existe un risque de voir le mouvement altermondialiste et la gauche radicale oublier la dimension proprement politique de leur lutte, celle qui devrait viser à l’instauration d’un ordre économique et social prenant davantage en compte les besoins des citoyens, au profit d’une véritable tyrannie de la diversité et des droits des groupes, qu’ils soient religieux, ethniques, linguistiques ou de genre, plutôt que des droits politiques, économiques et sociaux des individus.

Le problème est aussi qu’une partie de la gauche altermondialiste se méprend sur la signification profonde et sur le rôle que jouent les revendications d’ordre identitaire et religieux dans le contexte de la globalisation libérale : ce ne sont pas des facteurs de révolte contre l’ordre dominant mais des facteurs de sa consolidation et demain et de sa victoire. Autant la revendication nationale, l’idée de la Nation citoyenne et de la souveraineté des peuples, sont susceptibles de battre en brèche le rouleau compresseur de la construction européenne et de la mondialisation libérales, autant la prolifération des revendications différentialistes constitue un écran de fumée qui voit certaines couches de la société particulièrement touchées par les inégalités et le racisme se mobiliser autour de thèmes qui renforcent leur exclusion au lieu de la faire reculer. En d’autres termes, le mouvement altermondialiste comme la gauche radicale doivent bien comprendre que le communautarisme qu’elles promeuvent parfois est un mode de régulation, d’étouffement des résistances, particulièrement favorisé par les tenants de la pensée dominante, parce qu’il atomise les revendications et le mouvement social. Ce n’est pas un hasard si les européistes sont en même temps les promoteurs de la Charte des langues régionales et minoritaires, et ceux qui voient en Tariq Ramadan le tenant d’un islam acceptable parce que fondamentalement conservateur sur les questions de société, même s’il accepte l’idée de davantage de justice sociale, ce en quoi il montre bien qu’il n’est qu’une sorte de démocrate chrétien musulman.