Chronique n° 8 de Jacques Nikonoff
La journée du service public
dimanche 11 mars 2007
Auteur : par Jacques Nikonoff

À l’occasion des états généraux des services publics, le 10 mars, Jacques Nikonoff était invité au « mariage » symbolique et festif d’EDF et de GDF. Organisé par la mairie de Saint-Denis, ce « mariage » a été suivi d’un débat où sont intervenus des responsables de la CGT-Énergie et Jacques Nikonof, en présence de plusieurs centaines d’habitants de Saint-Denis et de salariés d’EDF-GDF.

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INTERVENTION DE JACQUES NIKONOFF

ANCIEN PRÉSIDENT D’ATTAC-FRANCE

SAINT-DENIS, 10 MARS 2007

À l’occasion des états généraux des services publics, le 10 mars, Jacques Nikonoff était invité au « mariage » symbolique et festif d’EDF et de GDF. Organisé par la mairie de Saint-Denis, ce « mariage » a été suivi d’un débat où sont intervenus des responsables de la CGT-Énergie et Jacques Nikonof, en présence de plusieurs centaines d’habitants de Saint-Denis et de salariés d’EDF-GDF.

Le philosophe chinois Lao Tse disait à propos des relations entre les hommes : « Surtout, n’entrez jamais en concurrence ». Or, c’est précisément au nom de la concurrence que les services publics, mais aussi les entreprises nationales, sont privatisés partout dans le monde depuis une trentaine d’années. On nous dit que ce qui compte désormais, pour ces entreprises et services publics qui sont devenus privés, est de « créer de la valeur » pour leurs actionnaires. Ces derniers, vous le savez, sont maintenant de grands investisseurs comme les fonds de pension, les fonds mutuels, les Hedge Funds et autres fonds de placements spéculatifs. En vérité, ce qu’il faut, par l’entreprise publique et le service public, c’est toujours de créer de la valeur, mais pour les citoyens !

Voilà à quoi mènent les politiques libérales.

Les privatisations sont présentées comme un remède miracle

A l’échelle mondiale, les privatisations d’entreprises nationales et de services publics ont été présentées comme le remède miracle censé permettre le développement des pays pauvres, assurer la transition vers l’économie de marché pour les pays de l’ancienne zone soviétique et garantir la prospérité éternelle pour les pays les plus riches.

En réalité, le motif des privatisations est d’ordre purement dogmatique et idéologique. Mais aussi d’ordre politique et financier. Nous le voyons en ce moment avec les affaires GDF, EDF et Airbus.

C’est pour appliquer le soi-disant principe de la concurrence « pure et parfaite » que les libéraux veulent réduire le secteur public. Pour eux, la concurrence par le marché, à condition qu’elle soit « pure et parfaite », est censée – par principe – résoudre les problèmes supposés d’efficacité des monopoles publics, favoriser la baisse des prix et l’innovation.

Pourtant, presque tous les services publics constituent ce que les économistes appellent des « monopoles naturels ». Un monopole naturel, je le rappelle ici, existe quand il est nécessaire aux entreprises d’avoir une certaine taille pour garantir une efficacité économique maximale afin de réaliser des économies d’échelle et ainsi fournir le meilleur service possible à un coût le plus faible possible pour la collectivité. Les monopoles naturels nécessitent également l’investissement de grosses mises de fonds au début, comme les rails de chemins de fer, les lignes à haute tension, les tunnels de métro, les réseaux de gaz, d’égouts, d’eau, de fils téléphoniques… Dans tous ces domaines, une véritable concurrence n’est pas possible, sauf à multiplier les lignes à haute tension, les réseaux d’égouts et les rails de chemin de fer par le nombre de concurrents…

C’est pourquoi, de toute évidence, les monopoles publics sont la meilleure solution. Mais les libéraux, refusant d’analyser le résultat réel des privatisations, considèrent que tout ce qui est public est, par définition, par principe, par esprit dogmatique, « inefficace ».

L’idéologie de la privatisation a conduit à s’aveugler sur la réalité suivante : contrairement au dogme de la supériorité absolue du secteur privé en matière de management, il existe des entreprises publiques et des services publics excellemment dirigés (c’était le cas d’EDF) et des entreprises privées qui le sont de façon catastrophique (Enron par exemple…).

Des échecs calamiteux

Dans de très nombreux cas, les privatisations ont donné des résultats calamiteux et même causé des désastres. La ruine complète du rail anglais, et les accidents mortels qui ont suivi, symbolise désormais les privatisations. Dans le cas californien, l’argument des champions de la privatisation des régies d’électricité, à savoir que les prix baisseraient à la consommation, a été totalement démenti. Non seulement les prix se sont envolés, mais la Californie a connu des coupures d’électricité monstres et répétées. L’augmentation des prix à la suite des privatisations est devenu une règle générale.

La vente du patrimoine national, dans chaque pays, a certes fourni aux gouvernements de l’argent « dépensé pour se faire réélire ». Mais l’impact sur la croissance économique (qualitative et quantitative) et l’emploi n’a pas été visible, contrairement aux promesses faites. Les privatisations ont même joué contre les salaires et l’emploi, les entreprises concernées se jugeant déliées de leurs responsabilités sociales.

Les privatisations ont ainsi contribué à financiariser un peu plus l’économie mondiale en poussant artificiellement le prix des actions à la hausse et en encourageant les crises financières.

Les recettes considérables qui en ont été obtenues n’ont servi qu’à pallier le manque de recettes fiscales provoquées par le chômage de masse, au financement des dépenses courantes des Etats, au désendettement de ces mêmes Etats pour respecter les critères européens de Maastricht et à la recapitalisation d’entreprises publiques afin de les préparer à la privatisation.

A partir de ces résultats, on peut facilement voir que le but de la privatisation n’est ni l’efficacité économique, ni de meilleurs services pour les citoyens, mais simplement de transférer des richesses de la poche de l’Etat, qui auraient pu les redistribuer pour combler les inégalités sociales, vers des mains et des poches privées. C’est l’un des plus gros hold-up de ces dernières décennies.

La différence entre le public et le privé au cœur des questions politiques

Pourtant, la distinction entre ce qui est public et ce qui est privé est un aspect fondateur de l’ordre politique et démocratique. Il existe ainsi des affaires qui intéressent la communauté dans son ensemble (le secteur public) et d’autres qui intéressent des individus ou des groupes particuliers (le secteur privé). La privatisation interdit cette préoccupation de l’intérêt général.

Il faut néanmoins s’y faire, dans nos sociétés, les dépenses d’intérêt général ne peuvent qu’augmenter – elles doivent augmenter ! -, en valeur absolue et en pourcentage de la richesse nationale. Il existe de très bonnes raisons : on vit plus longtemps (il faut donc payer les retraites) ; les connaissances deviennent plus complexes (il faut davantage se former et s’éduquer). La croissance de ces dépenses est même un signe d’excellente santé économique, car il est efficace et porteur d’avenir de consacrer de moins en moins d’argent à des ordinateurs, des téléviseurs, des réfrigérateurs, dont la production est de plus en plus performante, et d’en consacrer de plus en plus à d’autres services, notamment la culture, l’éducation ou la formation, infiniment plus vitaux. Le marché est incapable de faire ces arbitrages.

Tant que la médecine sera efficace, c’est-à-dire tant que l’espérance de vie augmentera et que la douleur en fin de vie diminuera, la croissance des dépenses de santé sera une bonne nouvelle. De même, tant que le niveau culturel et professionnel d’un pays s’améliorera avec la croissance du budget de l’enseignement, la croissance des dépenses d’éducation restera justifiée.

L’AGCS : une attaque frontale contre les services publics

Je veux maintenant dire un mot de l’Accord Général sur le Commerce des Services, l’AGCS. Car il représente une grave menace qui pèse sur les services publics. Permettez-moi de rappeler brièvement ce qu’est l’AGCS.

Il s’agit d’une négociation internationale engagée à Marrakech, au Maroc, en 1994, lors d’une réunion de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Son objectif est d’obtenir, par « une série de négociations successives », une libéralisation et une privatisation de « tous les services de tous les secteurs ».

L’AGCS est une attaque frontale contre tous les services publics et, avec eux, des valeurs de collectivité, de solidarité et de démocratie. Si cet accord est signé, tout sera désormais subordonné à la marchandise. L’homme deviendra logiquement lui-même encore un peu plus une marchandise. Les rapports humains deviendront alors eux-mêmes aussi des marchandises, l’achat et la vente, les transactions commerciales deviendront la raison principale des relations entre les gens.

D’autant qu’avec l’essor des sciences, l’homme devient une matière démontable aux parties échangeables. Le corps, pratiquement comme les automobiles d’aujourd’hui, devient un assemblage de sous-ensembles : un cœur, un foie, une main, du sang, du sperme, un œil… Tout pourra se vendre, s’acheter, s’échanger. Nous en avons la plus claire manifestation, récemment, dans le brevetage du génome humain.

L’individu-entreprise

Dans ce modèle de civilisation – mais s’agit-il encore d’une civilisation ? -, la liberté de l’individu se confond avec celle de l’entreprise. L’individu lui-même devient une entreprise. Il doit donc, lui aussi, s’épanouir dans la compétition, dans une concurrence à l’autre généralisée. Dès lors, se réaliser c’est consommer, toujours plus, devenir toujours plus un super consommateur qui doit jouir le plus possible et le plus rapidement possible. « Chacun pour soi » devient « tous pareils ». Cela implique la fin du particulier, du singulier, qu’il soit individuel ou collectif : même consommation, même culture, même langue – l’anglais -, même politique – la pensée unique -, un seul et même standard. Les différences éthiques, sociales, politiques, nationales, environnementales, culturelles, ne seront plus qu’autant d’entraves au commerce.

Je voudrais essayer d’apporter quelques éléments de réflexion sur la manière d’imaginer l’AGCS, c’est-à-dire la privatisation généralisée, s’installant demain parmi vous, habitants de Saint-Denis, bouleversant peu à peu tous les repères de la vie quotidienne.

Essayons de nous représenter ce que seraient, demain avec l’AGCS et la privatisation de tout ce qui peut l’être, des structures accueillant un public, comme une crèche, un service hospitalier, un centre médico-éducatif, une maison de retraite ou un établissement d’enseignement.

L’éclatement du sens de l’intérêt général

Avec l’AGCS et la privatisation généralisée, l’ensemble, la totalité, la finalité sociale, le but éthique auquel répond chacun de ces lieux ne représentera plus aucun intérêt. Ce qui va intéresser les nouveaux propriétaires – privés – de ces structures, ce sont juste les différentes fonctions techniques qu’on peut y découper pour en tirer un profit :
- l’accueil ;
- la sécurité ;
- la restauration ;
- l’entretien des bâtiments ;
- le nettoyage ;
- la communication ;
- la gestion administrative et financière ;
- l’animation ou l’enseignement ;
- le soutien psychologique.

Si on livre la crèche, le service hospitalier, le centre médico-éducatif, la maison de retraite ou l’établissement d’enseignement à l’AGCS et à la privatisation généralisée, sur la base d’appels d’offres, on aboutira à toute une série d’interventions, en sous-traitance. Elles seront effectuées par des techniciens limités à leur tâche spécifique, réalisées dans l’urgence et dans le cadre d’emplois le plus souvent précaires. Elles seront basées sur des choix purement technicistes et économistes, là où nous avions une équipe, un collectif qui essayait de s’articuler de manière cohérente autour d’un objet commun, de penser la structure de travail globalement, dans une perspective humaine : servir des enfants, des patients, des personnes âgées, des élèves…

Avec l’AGCS et la privatisation généralisée, pour conserver une cantine scolaire municipale, il faudra déjà pouvoir prouver, lors de l’appel d’offre, la rentabilité de la prestation. Finies les aides de la municipalité aux enfants des familles pauvres et les tarifs dégressifs en fonction des revenus des parents ! Et si la municipalité veut introduire dans son cahier des charges la traçabilité des aliments, connaître l’origine des viandes, ou interdire l’emploi d’aliments Organismes génétiquement modifiés (OGM), elle sera passible de poursuites judiciaires pour la raison que ces clauses, dans son appel d’offre, constituent autant d’ « obstacles non nécessaires au commerce », pour reprendre l’expression consacrée.

Cela signe la fin de toute intervention politique et collective dans les domaines économiques et sociaux. Cela signe donc aussi la fin de la démocratie, car l’exercice par les élus de leur pouvoir deviendra extrêmement limité par l’AGCS et la privatisation généralisée. Les élus ne serviront plus à rien, ils seront remplacés par le marché. Les villes deviendront des marchandises, les unes en concurrence avec les autres, afin d’être « attractives ». Les élus ne seront plus que des « agents commerciaux », une simple « force de vente », des voyageurs de commerce tentant de délocaliser les entreprises de la ville voisine pour les relocaliser chez eux.

Mobiliser les citoyens

Alors que faire pour s’opposer à l’AGCS et à la privatisation généralisée et défendre la démocratie ?

A l’initiative d’Attac, notamment, des milliers de signatures de collectivités publiques ont été collectées, de toutes origines politiques, qui se déclarent « zone hors AGCS ». Des Etats généraux à l’échelle européenne se sont déjà tenus, à Liège en Belgique et à Genève en Suisse. Cette action s’organise à partir d’une « triple alliance » : des associations, comme Attac, des organisations syndicales, et des élus, comme ceux de la ville de Saint-Denis et du département de Seine-Saint-Denis, en articulation avec les citoyens.

Les citoyens, précisément – et ce sera mon mot de la fin – seront les seuls, par leurs mobilisations, à pouvoir faire obstacle à l’AGCS et à la privatisation généralisée.

Je vous remercie.

Jacques Nikonoff


 

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