Sortons de l’euro par la gauche
samedi 17 septembre 2011
Auteur : par Jacques Nikonoff
fontsizeup fontsizedown impression envoyer l'article par mail suivre la vie du site syndiquer le forum 0 réaction
 
 

Sortons de l’euro, par la gauche !

Par Jacques Nikonoff*

Publié par le journal l’Humanité le 14 septembre 2011.

Chaque jour enfonce un peu plus les peuples des pays de la zone euro dans la crise. Si la sortie de l’euro – par la gauche ! – n’est pas suffisante, elle est l’acte de rupture fondateur qu’imposent les circonstances. Rester dans l’euro est beaucoup trop dangereux. On ne peut pas, à court ou moyen terme, faire une Union européenne ou un euro de gauche, alors que pour l’instant tous les gouvernements de la zone sont de droite ou socio-libéraux. C’est comme si, en 1789, les révolutionnaires avaient voulu transformer la monarchie de l’intérieur ! Il fallait une rupture : ce fut la révolution. À une autre échelle, plus modeste, lorsque Jean-Luc Mélenchon et ses amis sortent du Parti socialiste pour fonder le Parti de gauche, c’est parce qu’ils ne sont pas parvenus à transformer le PS de l’intérieur. C’est la même chose avec l’Union européenne et l’euro : il faut en sortir immédiatement, ou alors progressivement selon le rapport des forces, par un processus de désobéissance européenne !
Voici un scénario possible. Un président de la République réellement de gauche est élu. Son programme prévoit de mettre un terme à la crise qui dure maintenant, sous des formes diverses, depuis plus de 30 ans. Dès le soir de son élection, il annonce l’entrée en vigueur de l’article 16 de la Constitution sur les pouvoirs « exceptionnels ».
Un référendum sera organisé le même jour que les élections législatives avec pour question : « Êtes-vous favorable au retrait de la France de l’Union européenne, conformément à l’article 49 A du traité de Lisbonne ? Ce retrait a pour conséquences, d’une part, de sortir de l’euro et de revenir au franc, et d’autre part de réviser la Constitution française en lui ôtant son titre XV ‘‘De l’Union européenne’’ devenu obsolète ».
Il s’agit de permettre rapidement la réalisation du plein-emploi grâce à la sortie de l’Union européenne et de l’euro : réquisition de la Banque de France, des banques et des compagnies d’assurance (les salariés sont invités à prendre possession des lieux dès le lendemain matin) ; instauration immédiate du contrôle des changes et des mouvements de capitaux ; fermeture temporaire de la Bourse ; fermeture définitive du marché obligataire primaire et secondaire... Le président précise que la France sort également des autres piliers de l’ordre néolibéral mondial que sont l’OTAN, le FMI, la Banque mondiale, l’OMC et l’OCDE. Les plans d’austérité sont annulés. Le défaut sur la dette est proclamé, elle sera libellée en franc, ce dernier étant non convertible. Les paiements d’intérêt et remboursements du capital sont arrêtés. Le SMIC est augmenté, comme les retraites, l’assurance-chômage, l’allocation adulte handicapé, les salaires des fonctionnaires… Le RMI est étendu aux jeunes de 16 à 25 ans sans emploi et non scolarisés...
Un appel à des accords bilatéraux de coopération commerciale est lancé à tous les pays membres de l’Organisation des Nations unies, et non simplement à ceux de la zone euro ou même de l’UE. Ils définiront la nature et le volume des échanges et les conditions d’un retour à l’équilibre de la balance des paiements pays par pays. Certains pays signeront, créant ainsi les bases d’un nouvel ordre commercial débarrassé du libre-échange. D’autres refuseront, probablement ceux qui sont très excédentaires (Chine, Allemagne). Dans ce cas, des mesures protectionnistes unilatérales seront prises de manière à permettre à la France de recréer les industries nécessaires à sa souveraineté industrielle et sociale.
La sortie de l’euro, par la gauche, sera un pas décisif vers la fin de l’ordre néolibéral mondial et de son relai européen, l’Union européenne. La construction d’un nouvel ordre mondial fondé sur la paix, la coopération, l’internationalisme, sera possible, notamment entre les 49 pays européens.

*Porte-parole du Mouvement politique d’éducation populaire (M’PEP). Auteur de « Sortons de l’euro ! », Mille-et-une-nuits (mai 2011).