La démondialisation perce à la primaire socialiste
jeudi 13 octobre 2011
Auteur : par Texte du M’PEP
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 LA DÉMONDIALISATION PERCE À LA PRIMAIRE SOCIALISTE

Une partie de l’électorat de gauche bouge vers la gauche.

Par le Mouvement politique d’éducation populaire (M’PEP).

Le 13 octobre 2011.

 Résumé

Quelle que soit l’opinion que l’on porte sur la primaire socialiste et ses candidats, notamment sur Arnaud Montebourg, force est de constater que ce dernier a cristallisé sur son nom un phénomène politique nouveau. La notion de démondialisation, qu’il a évoquée, est entrée en force dans le débat politique et idéologique de cette campagne des présidentielles. Nous nous en réjouissons.

Ainsi, à la gauche du Parti socialiste, et même en son sein, une nouvelle géographie politique se fait jour : la gauche « mondialisatrice » d’un côté et la gauche « démondialisatrice » d’un autre.

La gauche mondialisatrice a la conviction – la croyance – que seules des décisions mondiales ou européennes peuvent vaincre la crise, en rejetant les initiatives nationales au motif que ces dernières seraient, par nature, entachées de nationalisme.

La gauche démondialisatrice, dont le M’PEP est un des fondateurs, pense au contraire que l’échelon mondial est occupé par les classes dirigeantes au travers de leurs institutions multilatérales (FMI, Banque mondiale, OMC, Union européenne…), leurs firmes multinationales et leurs grands médias pour assurer la domination de l’ordre néolibéral mondial. Aucun projet de gauche ne peut surgir à cet échelon a-démocratique auquel les peuples n’ont pas accès. Cette analyse ne signifie pas, bien entendu, que les luttes et leur convergence internationale soient inutiles. Il faut articuler les échelons local, national et international, comme l’horizon de l’action entre le court, le moyen et le long terme. Mais c’est d’abord à l’échelon national que les mobilisations peuvent prendre corps, que des mesures unilatérales doivent être décidées immédiatement pour démondialiser : démanteler les marchés financiers, remettre en cause le libre-échange par des mesures protectionnistes à l’échelle nationale, sortir des institutions multilatérales (FMI, Union européenne, OMC…), sortir de l’euro, revenir au plein-emploi et redresser la part des salaires dans la valeur ajoutée…

Tout ceci devant s’inscrire dans une perspective universaliste et internationaliste, c’est-à-dire le contraire du nationalisme. La lutte contre l’ordre néolibéral mondial sera nécessairement un processus chaotique où les initiatives nationales s’entraineront mutuellement pour devenir une dynamique globale et systémique. La gauche d’Amérique du Sud y est bien parvenue, pourquoi pas les vieux pays d’Europe ?

 Texte complet du M’PEP

Quoique l’on pense du principe même de la primaire socialiste qui s’est tenue le dimanche 9 octobre, deux leçons principales se dégagent.

D’une part, la participation de 2,6 millions de citoyens témoigne d’une réelle volonté d’intervention populaire pour se débarrasser de Sarkozy. Néanmoins, cette participation reste faible si on la compare aux 9 millions de voix obtenues par la candidate socialiste, Ségolène Royal, au second tour de la présidentielle de 2007. Résultat faible également par rapport aux 4,5 millions de votants lors de la primaire de la gauche en Italie pour un corps électoral à peu près identique. Il est vrai que Martine Aubry et François Hollande, au-delà de leurs tempéraments et de leurs personnalités respectives, ont l’un et l’autre un programme de centre droit rendant difficile la mobilisation de la gauche. C’est sans doute pour cette raison, notamment, que le vote a été particulièrement faible dans les quartiers populaires. Ceci devrait encourager la gauche à infléchir radicalement ses propositions en faveur des classes populaires avant la présidentielle et les législatives de 2012, particulièrement sur la question des salaires et de l’emploi.

Deuxième leçon, le score de 17% et 450 000 voix réalisé par Arnaud Montebourg fait entrer la notion de « démondialisation » par la grande porte dans le débat politique et idéologique. Car indépendamment de l’opinion que l’on peut avoir d’Arnaud Montebourg, de la confiance ou de la défiance qu’il inspire chez les uns ou les autres, les votes réunis sur son nom ne portent pas simplement sur sa personne. Derrière l’individu il existe un halo idéologique et politique qu’il a su incarner et qui tient en un mot : la démondialisation. Face au thème de la dette publique que la droite veut imposer pendant la campagne des présidentielles, la vraie gauche pourra nettement marquer sa différence en menant le débat sur la démondialisation.

 Qu’est-ce que la démondialisation ?

Certes, la notion de démondialisation, comme celle de mondialisation, ne fait pas l’objet d’une définition scientifique, précise et consensuelle. Tout le monde a un peu tendance à y mettre ce qu’il veut. Néanmoins, pour un nombre croissant de citoyens, la démondialisation apparaît spontanément et intuitivement comme un ensemble de mesures visant à remettre en cause la mondialisation ou ses excès. C’est ainsi que la démondialisation est associée, à juste titre, à des mesures comme la lutte contre les délocalisations et la désindustrialisation, la relocalisation des activités productives, le protectionnisme dans certaines conditions, la reprise en main des secteurs bancaire, financier et monétaire par l’État, etc. On peut aussi ajouter, pour une partie des citoyens voulant démondialiser, la nécessité de sortir de l’euro ou de l’Union européenne afin de se libérer de l’eurolibéralisme et construire enfin une véritable Europe des peuples et des nations.

On comprend pourquoi, du Président de la République au Premier ministre, en passant par Pascal Lamy, le socialiste français directeur général de l’OMC et Laurence Parisot la patronne du MEDEF, ou encore Jean-François Copé le chef de l’UMP – sans parler de la « grande » presse à leur service – tout ce qu’il y a de réactionnaire dans notre pays hurle à la mort contre la démondialisation. Ces représentants ou agents des classes dirigeantes ont bien vu qu’un courant d’idées était en construction, remettant en cause, pour la première fois sur le terrain politique, la mondialisation néolibérale qu’ils avaient eu tant de difficultés à faire entrer dans les faits et les esprits, y compris dans ceux d’une bonne partie de la gauche. On nous avait dit que la mondialisation serait « heureuse », puis qu’il y aurait des pays gagnants et des pays perdants. Où sont-ils aujourd’hui ? En réalité, les peuples de tous les pays sont perdants, et les classes dirigeantes de tous les pays sont gagnantes. C’est pourquoi celles-ci crachent sur la démondialisation comme elles l’ont fait en 2005 sur les partisans du « non » au traité constitutionnel européen lors du référendum. Elles l’accusent d’être « réactionnaire », « absurde », « démagogique », « superficielle et simpliste », « irréaliste », qu’elle encouragerait le « repli national ».

La démondialisation donne enfin une perspective politique au mouvement altermondialiste dont le refus de l’engagement politique a notamment provoqué le déclin. Au lieu de combattre la démondialisation parce qu’ils croient qu’elle marche sur leurs plates-bandes (comme les dirigeants de l’association Attac, voir par exemple : "La démondialisation un concept superficiel et simpliste" ), certains des animateurs du mouvement altermondialiste français devraient au contraire reconnaitre qu’elle permet au mouvement altermondialiste de faire de la politique.

 Les origines de la démondialisation

La notion de démondialisation a été « inventée » par Bernard Cassen, ancien président d’Attac, dans un article intitulé « Et maintenant… démondialiser pour internationaliser » (Manière de voir n° 32, « Scénarios de la mondialisation », novembre 1996). C’est ensuite le leader altermondialiste Philippin Walden Bello, figure de proue des Forums sociaux mondiaux, qui reprenait cette notion dans son livre publié en 2002 Deglobalization : Ideas for a New World Economy.

Depuis, la démondialisation est promue par 5 auteurs :

- Georges Corm : Le Nouveau Gouvernement du monde (La Découverte, 2010).

- Frédéric Lordon : différents articles, notamment dans Le Monde Diplomatique « Qui a peur de la démondialisation ? »

- Arnaud Montebourg, Votez pour la démondialisation, préfacé par Emmanuel Todd (Flammarion, 2011).

- Jacques Nikonoff, porte-parole du M’PEP : Sortons de l’euro ! Restituer au peuple la souveraineté monétaire (Mille et une nuits, 2011).

- Jacques Sapir : La Démondialisation (Seuil, 2011).

Pour le M’PEP, il faut se méfier de la magie des mots. Les citoyens, en effet, entendent parler de :

  • Mondialisation.
  • Globalisation.
  • Antimondialisation.
  • Altermondialisation.
  • Une autre mondialisation.
  • Démondialisation.

Sommes-nous vraiment persuadés que le grand public comprend ce qui se cache derrière ces mots, d’autant que rares sont ceux qui en donnent la même définition ? Ou que des définitions contradictoires en sont données, et même, parfois, pas de définition du tout ! Si nous voulons avoir un débat constructif, nous comprendre, éviter les quiproquos, il faut que chacun donne sa définition et précise le sens des mots.

 Le M’PEP et la mondialisation

Pour le M’PEP, la mondialisation est la stratégie des classes dirigeantes pour imposer l’ordre néolibéral mondial. Elles s’attaquent aux démocraties qui ont pris des siècles à se construire, en retirant aux États leurs prérogatives pour les confier à leurs agents, gardiens de leurs intérêts privés. Elles assurent la prédominance de l’économie et de la finance sur le politique et donnent la priorité à l’argent sur l’Homme. Elles font croire que les hommes pourraient s’entendre entre eux en appliquant de simples règles de droit, des lois, en tentant de masquer les divergences fondamentales d’intérêts et de la nécessité de régler les conflits politiquement et par la lutte. Les partisans de la mondialisation font preuve d’une grande naïveté pour les uns, et d’un grand machiavélisme pour les autres. Cet ordre néolibéral mondial s’appuie sur trois piliers :

  • Les institutions multilatérales.
  • Les grands médias.
  • Les firmes multinationales.

Les institutions multilatérales sont les suivantes :

  • OTAN
  • FMI
  • Banque mondiale
  • OCDE
  • OMC
  • Union européenne

Les grands médias interplanétaires ont pour fonction d’organiser la police des esprits, la désinformation et la manipulation de masse de l’opinion publique.

Quant aux firmes multinationales, leur vocation est d’agir comme des pompes alimentant les profits des classes dirigeantes en réorganisant le travail à l’échelle planétaire.

Le but ? Rediscipliner le salariat des pays occidentaux, après les grandes luttes des années 1960-1970, par le chômage et la déflation salariale, la remise en cause de la législation sociale, des conventions et accords collectifs, la privatisation de la protection sociale. Mater les pays pauvres qui s’étaient émancipés par leurs luttes de libération nationale et la création du Mouvement des pays non-alignés. Enfin, écraser les pays qui se réclamaient du socialisme, quoique l’on pense par ailleurs des régimes politiques de ces pays.

Tout ceci – la révolution conservatrice, le néolibéralisme, la mondialisation - visait à assurer le niveau et la stabilité des profits des classes dirigeantes.

Les outils des politiques de mondialisation ont été la libéralisation :

  • Du marché des capitaux.
  • Du marché du travail.
  • Des services publics par les privatisations.
  • De la politique monétaire.
  • Du commerce international.

 Le M’PEP et la démondialisation

Démondialiser, pour le M’PEP, c’est faire exactement le contraire ! C’est l’ensemble des actions, initiatives, luttes sociales, processus électoraux pour s’émanciper de cet ordre néolibéral mondial. C’est s’attaquer de front à l’ordre néolibéral mondial et à son relai européen afin de construire une autre configuration internationale. Celle-ci sera progressive, pays par pays. Rien n’est à attendre des piliers actuels de l’ordre néolibéral mondial, il faut en sortir. Pour redonner son rôle à la politique, on ne peut, dans l’état actuel du monde, compter que sur les luttes sociales et la reprise en main des États par les peuples. On ne peut, non plus, espérer dans un hypothétique futur mythique gouvernement mondial ou une quelconque « gouvernance » mondiale, pour reprendre cette expression dénuée de sens. L’échelle mondiale, aujourd’hui, est un no man’s land démocratique. C’est le règne des institutions multilatérales, des firmes multinationales, des médias interplanétaires à leur service. Aucun contrepoids démocratique n’existe à cet échelon, comme à celui de l’Union européenne. Prétendre vouloir prendre des mesures mondiales revient à livrer les peuples aux classes dirigeantes mondialisées.

Démondialiser, c’est :

  • Sortir de l’euro comme monnaie unique pour construire, le cas échéant, une monnaie commune. C’est la condition indispensable, mais non suffisante, pour mener des politiques de gauche par la reprise en main de la souveraineté monétaire. Avec l’euro, aucune politique de gauche n’est possible, les dernières injonctions antisociales et antidémocratiques du président de la BCE en sont la preuve caricaturale. L’euro a été l’un des vecteurs de la mondialisation en Europe.
  • Annuler les dettes, ne pas les rembourser, sauf aux classes populaires et moyennes qui pourraient détenir des titres d’État, directement ou indirectement.
  • Prendre des mesures protectionnistes universalistes, inspirées de la charte de La Havane de 1948. Mais à l’échelle nationale ! Car un protectionnisme européen ne servirait à rien, sans compter que l’accord unanime des Vingt-Sept, indispensable, revient à bruler des cierges.
  • Interdire les délocalisations et relocaliser les activités productives.
  • Démanteler les marchés financiers et non simplement les réguler.
  • Décider le droit opposable à l’emploi et le relèvement général des salaires.
  • Démondialiser, c’est reprendre la marche en avant stoppée en 1982-1983 par le Parti socialiste lorsqu’il a décidé le « tournant de la rigueur » pour faire face à une « contrainte extérieure » largement construite de toutes pièces puisque résultant du choix de la libéralisation des marchés de capitaux et du commerce international. À cet égard, nous attendons qu’Arnaud Montebourg s’exprime sur ce sujet.
  • Démondialiser, c’est poursuivre dans la voie ouverte par la victoire du « non » au référendum de 2005 sur le traité constitutionnel européen.
  • Démondialiser, c’est agir pour le démantèlement de l’Union européenne, la sortie de l’UE, la sortie de l’euro, la désobéissance européenne, en fonction des rapports de force du moment, car c’est bien le continent européen qui est devenu le laboratoire de la mondialisation. Au point que les pays européens se sont dépouillés eux-mêmes d’un attribut essentiel de leur souveraineté : la politique monétaire qui est un instrument décisif de la politique économique, en la confiant directement aux marchés financiers, clé en main avec l’euro.
  • Démondialiser, c’est remettre en cause trente années de révolution conservatrice et de néolibéralisme.
  • Démondialiser, c’est organiser le retour de l’État dans l’économie, sous le contrôle de la population et des élus. L’État devient l’instrument de l’intérêt général, un instrument du changement pour protéger les peuples contre le chômage, la pauvreté, la précarité. Ce n’est pas le « repli national protectionniste », ce n’est pas l’application du « modèle nord-coréen ». C’est changer l’ordre mondial, en solidarité avec les autres pays.
  • Démondialiser, ce n’est pas aller « conquérir » des marchés extérieurs qui provoquent dégâts environnementaux et sociaux. C’est développer, sur son territoire, une activité économique harmonieuse dans le cadre du plein-emploi.
  • Démondialiser, ce n’est pas remettre en cause le tourisme, les échanges commerciaux et culturels, la circulation des idées et des personnes. Au contraire, c’est permettre l’existence de la diversité des cultures contre l’uniformisation culturelle et idéologique imposée par la logique du capitalisme néolibéral.

 Une gauche mondialisatrice et une gauche démondialisatrice


Au total, démondialiser c’est admettre que les classes dirigeantes, leurs médias, leurs firmes multinationales, leurs institutions multilatérales ne prendront aucune mesure de résolution de la crise. Il n’y a pas de solution mondiale ou européenne dans le cadre de l’ordre néolibéral mondial. Chaque pays doit engager, lui-même, par ses luttes et son agenda électoral, son processus de démondialisation. Dans le mouvement, dans la dynamique, des convergences vont ensuite s’opérer. Mais il ne faut surtout pas attendre de solutions « d’en haut », du niveau mondial ou européen. Il ne faut pas attendre que ça change à ces niveaux, il faut agir tout de suite, en bas, dans chaque pays, par des mesures unilatérales de sortie de l’ordre néolibéral mondial : sortir de l’OTAN, du FMI, de la Banque mondiale, de l’OMC, de l’Union européenne… Par exemple la désobéissance européenne peut être mise en œuvre dès maintenant dans les collectivités territoriales de gauche. La gauche d’Amérique du sud, dans des conditions bien plus difficiles qu’en Europe, a montré le chemin de la souveraineté nationale et de l’internationalisme.

Voilà les bases d’un nouvel ordre international fondé sur la coopération entre les peuples et les nations, sur des valeurs de gauche ! Ainsi, les thèses du M’PEP et de quelques autres sont confortées par le signal donné par le score d’Arnaud Montebourg. Une partie de l’électorat de gauche bouge vers la gauche. Mais il s’agit d’une nouvelle gauche, en construction, qui rejette la croyance irrationnelle en des solutions mondiales et européennes, et qui prône le retour de l’État, le retour de la nation, du protectionnisme à l’échelle nationale mais dans un cadre universaliste, la sortie de l’eurolibéralisme en général et de l’euro en particulier...

On disait il y a encore peu qu’il existait deux gauches : une gauche d’accompagnement du capitalisme et une gauche de transformation sociale. Ces deux gauches existent toujours. Mais une nouvelle géographie se met en place : une gauche mondialisatrice, et une gauche démondialisatrice. C’est cette dernière qui porte l’espoir.