Chronique du 23 janvier : Nationaliser la politique monétaire
lundi 23 janvier 2012
Auteur : par Jacques Nikonoff
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La chronique de Jacques Nikonoff
23 janvier 2012.

NATIONALISER LA POLITIQUE MONÉTAIRE

Jacques Nikonoff est porte-parole du M’PEP et ancien président d’Attac. Derniers ouvrages publiés :
- « Sortons de l’euro ! Restituer au peuple la souveraineté monétaire » (Mille et une nuits, 2011)
- « La confrontation. Argumentaire anti-FN » (Le Temps des Cerises, 2012).

La révolution conservatrice, à partir du tournant des années 1970-1980, entre autres choses, a organisé la privatisation de la politique monétaire. Avec le traité de Maastricht de 1992, elle a ouvert la voie à la formule la plus réactionnaire du monde en créant la Banque centrale européenne (BCE). Évidemment, le mot « privatisation » n’a jamais été prononcé », on l’a remplacé par le mot « indépendance ». Un mot qui sonne bien, qui donne en tout cas, spontanément, l’impression d’être préférable à son contraire. Qui choisirait la dépendance plutôt que l’indépendance ?

Ainsi le tour était joué, on vendait aux citoyens un concept sympathique pour masquer une politique monétaire entièrement tournée vers les intérêts des détenteurs de capitaux. Un pan essentiel de la souveraineté populaire basculait alors du côté des forces de l’argent. Car cette indépendance de la BCE n’en était pas une, elle devenait en réalité dépendante et soumise aux marchés financiers. cette politique monétaire est responsable de la mise au chômage de millions d’Européens.

La gauche doit revendiquer haut et fort la nationalisation de la politique monétaire et de la monnaie. C’est une question de bon sens car la politique monétaire est un instrument essentiel de la politique économique. Un gouvernement de gauche ne pourra pas mener de politique de gauche sans l’instrument monétaire, et ceux qui prétendent le contraire sont des menteurs. Les conséquences d’une nationalisation de la politique monétaire sont évidemment considérables puisque pour y parvenir il faudra que la Banque de France sorte du Système européen des banques centrales (SEBC). Cependant, cela ne signifie pas la rupture des relations habituelles entre banques centrales. C’est le lien de soumission de la Banque de France à la BCE qui sera rompu. La France redeviendra libre de mener une politique monétaire favorable à l’emploi, au développement économique, social et environnemental. La suite logique sera le retour du franc, car comment nationaliser la politique monétaire sans nationaliser la monnaie ?

Le Parti socialiste, poussé par une partie de son électorat et de ses militants de plus en plus critiques avec le système eurolibéral de l’Union européenne, de la BCE et de l’euro, lâche un peu de vapeur, mais c’est pour mieux enfumer l’opinion publique. Sa proposition de permettre à la BCE de prêter directement aux États est en effet illusoire. C’est d’ailleurs pour cette raison que le PS fait cette proposition, car il sait très bien qu’elle ne passera jamais. Il peut ainsi se présenter comme euro-critique à bon compte ! C’est comme pour la taxe Tobin, ça ne mange pas de pain !

Demander que la BCE prête directement aux États est illusoire, d’abord, car la totalité des 27 pays membres de l’Union européenne ne se mettront jamais d’accord sur une telle réforme si contraire à toute l’orthodoxie néolibérale. Peut-être, un jour, cela sera-t-il possible. Mais certainement pas à court terme. Faut-il attendre ce jour comme le messie et, en attendant, subir les coups de l’eurolibéralisme ? Quelle mystification ! Comment faire des propositions aussi invraisemblables ! En outre, jamais les dirigeants allemands – quels qu’ils soient – n’accepteront un tel changement de politique monétaire qui heurterait leur culture au plus profond. C’est ne rien comprendre à l’Allemagne et faire preuve de beaucoup de légèreté que d’entretenir cette illusion.

Revendiquer que la BCE prête directement aux États est une illusion, ensuite, car cela sous-entend qu’une politique monétaire de gauche est possible avec des gouvernements de droite. Et aussi avec des dirigeants de la BCE tous issus et dévoués aux marchés financiers ! Comment est-il possible de croire des choses pareilles ? Comment mener une politique monétaire de gauche en gardant le principe de l’indépendance de la BCE ? C’est totalement incompatible puisque par définition l’indépendance de la BCE ne peut pas lui permettre de mener une politique inspirée par les gouvernements (de gauche !). Pour que la BCE prête directement aux États, il faut donc remettre en cause le statut d’indépendance de la BCE.

Bien sûr, le Parti socialiste reste muet sur le sujet. S’agissant du PS on ne sera pas surpris. Mais quand c’est le Front de gauche, les bras nous en tombent ! Alors que le Front de gauche dispose de nombreux atouts pour offrir une véritable – alternative – en tout cas c’est le seul rassemblement à la gauche du PS – il reste précisément dans le sillage du PS. Comme le PS, il demande que la BCE prête directement aux États, alimentant la confusion politique. Comme le PS, il ne revendique pas la remise en cause de l’indépendance de la BCE et la nationalisation de la politique monétaire. Il revient à son électorat de continuer la pression sur les dirigeants du Front de gauche pour les aider à se mettre en phase avec les attentes de la population.

Un nouveau signe de cette montée de la rage populaire contre le système de Bruxelles a été fourni lors d’une initiative sur la dette organisée par Attac et Médiapart le 15 janvier dernier. Beaucoup de monde, plus de 1 000 participants qui ont bousculé les organisateurs. En effet, pour une fois, une voix discordante avait été invitée à s’exprimer en la personne de l’économiste Frédéric Lordon. Il a prononcé une intervention brillantissime qui a fait un véritable tabac, sous les acclamations du public, alors que les organisateurs restaient silencieux…

Une vidéo à voir et revoir en boucle :

http://www.dailymotion.com/video/xnrsv2_leur-dette-notre-democratie-frederic-lordon_news


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Forum de l'article  -3 Messages de forum

  • Lors. De la reunion faite par le front de gauche de cergy-pontoise l’intervenant du PG a defendu la these de revenir a la Bque de FRance - il a avance l’idee que la BDF creant de la monnaie provoquerai une inflation et de ce fait l’explosion de l’euro - il a egalement parle de protectionnisme - ?.? CYRIL devrait confirmer mon propos - mais parlait-il vraiment au non du PG ???

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  • Nicolas Tenzer : "La France a besoin des autres"... muflerie abstruse qui réjoui les Monti piteux, voilà le soutient aux profiturpitodésiseurs tout trouvé.
    Ne serait-ce pas la France qui a modifié le paysage depuis le Concorde dans le ciel, l’alouette, encore le ciel, l’airbus, toujours le ciel, que nous partageons amicalement avec nos chaleureux partenaires... Quand on sait les milliards qu’il faut débourser pour un site internet ! Il y a de l’aérien en France, & en Europe ? Pensez...
    La route changea aussi avec la 4L, devancière de l’Espace, que nous imite le monde entier.
    A preuve du contraire c’est la France qui fut à l’origine de la modernité, les élections sont la pour nous le rappeler...

    Ballade des firmes du temps jadis

    Dites-moi où en quel pays
    Est Matra la belle française,
    Poclain, Huret & Lejaby
    Qui furent placés en cimaise
    Par les Média sur tous les tons.
    Et les fleurons Thomson, Chausson ?
    Qui beauté fut de plus vendue à l’encan.
    Mais où sont passées les bottines Kélian ? (au choix)
    Mais où sont passées les firmes d’antan ?

    Je peux vous faire parvenir des oeuvres littéraires (sans éditeur) notament sur Aubervilliers ayant à coeur les pb de notre immonde...

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