Chronique du 30 janvier : François Hollande sur les pas de George Papandréou, José Socrates et José Luis Zapatero
lundi 30 janvier 2012
Auteur : par Jacques Nikonoff

Il existe deux critères très simples pour juger le programme de François Hollande, candidat du Parti socialiste à l’élection présidentielle. Le premier est de savoir quels sont ses conseillers ; le second est d’en regarder le coût.

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La chronique de Jacques Nikonoff
30 janvier 2012.

FRANÇOIS HOLLANDE SUR LES PAS DE GEORGE PAPANDRÉOU, JOSÉ SOCRATES ET JOSÉ LUIS ZAPATERO

Jacques Nikonoff est porte-parole du M’PEP et ancien président d’Attac. Derniers ouvrages publiés :

  • « Sortons de l’euro ! Restituer au peuple la souveraineté monétaire » (Mille et une nuits, 2011)
  • « La confrontation. Argumentaire anti-FN » (Le Temps des Cerises, 2012).

Il existe deux critères très simples pour juger le programme de François Hollande, candidat du Parti socialiste à l’élection présidentielle. Le premier est de savoir quels sont ses conseillers ; le second est d’en regarder le coût.

En procédat ainsi, on se rend compte aisément que François Hollande fera comme ses camarades « socialistes » George Papandréou en Grèce, José Socrates au Portugal et José Luis Zapatero en Espagne. Tout en évoquant symboliquement des thèmes de gauche, il poursuivra l’austérité engagée par Sarkozy. Du côté du Front de gauche, la réaction a été molle, peut-être parce qu’il lui faut du temps pour analyser les 60 propositions du candidat socialiste. Peut-être, aussi, pour ménager une participation du Front de gauche à un éventuel gouvernement « socialiste » ? Il faudrait que le Front de gauche s’exprime clairement et vite sur ce point en annonçant que le programme de François Hollande ne peut pas permettre la participation gouvernementale du Front de gauche. La précision est urgente et importante, car au PCF, par exemple, certains dirigeants semblent prêts à renouveler l’expérience désastreuse de la « gauche plurielle ».

Ainsi, l’Humanité datée des 27 et 28 janvier a interviewé Sébastien Jumel, maire PCF de Dieppe (76). Pour ce dernier, le projet du candidat PS « va dans le bon sens, mais ne répond pas totalement aux préoccupations sociales ». De plus, cet élu a « le sentiment que François Hollande prend en compte un certain nombre de thématiques que nous développons depuis un bout de temps ». Pour étayer son point de vue, Sébastien Jumel prend l’exemple de la finance dont Hollande a fait son « adversaire ». Le maire de Dieppe continue en se réjouissant que « François Hollande prenne un virage à gauche », car « il y a des pistes intéressantes ». Cependant, Sébastien Jumel affirme : « je reste quand même un peu sur ma faim » ! Ouf !

L’entourage de François Hollande le disqualifie d’emblée pour mener une politique de gauche

Il n’est même pas utile de lire le programme du candidat du PS quand on sait qui l’a écrit. Ceux qui ont tenu la plume, en effet, sont des agents du système, c’est-à-dire les obligés des milieux d’affaires.

Pierre Moscovici, le directeur de campagne de François Hollande, ancien ministre des Affaires européennes, fédéraliste et européiste convaincu, est vice-président du Cercle de l’Industrie. Il s’agit d’un lobby patronal, notamment partenaire du MEDEF. Les milieux patronaux ont trouvé en Pierre Moscovici un excellent représentant de commerce, dévoué et travailleur.

Manuel Valls, député-maire PS d’Évry, est directeur de la communication de François Hollande. Il est membre du Groupe de Bilderberg, l’une des plus célèbres boite à idée patronale du monde. Le vicomte Etienne Davignon, connu pour avoir massacré la sidérurgie française, président de ce lobby, explique que le député socialiste a été choisi parce qu’il était un « socialiste ouvert » et « pour lui ouvrir les yeux sur certains points ». Le vicomte ajoute que « On n’est pas là pour faire sa promotion, mais il n’est pas exclu que cela lui soit utile […] Certains de nos invités ont un destin ». Manuel Valls, effectivement, est un des agents des milieux patronaux les plus doués de sa génération au sein du PS.

Avoir des « socialistes » pour faire le « sale boulot » (les politiques d’austérité) est une technique assez classique. On l’a expérimentée en France à partir de 1982-1983, et on a vu le résultat en Grèce, en Espagne et au Portugal. Avec Moscovici et Valls occupant des postes clé de la campagne de Hollande, on aura compris, sans le lire, que le programme du candidat socialiste ne sera pas de gauche et ne pouvait pas l’être. Tout en prétendant le contraire pour attirer les gogos.

Le chiffrage du programme de François Hollande témoigne de son orientation néolibérale

Inutile d’entrer dans le détail, le programme de François Hollande est fait de mesures symboliques donnant de petits signes à la gauche par une rhétorique adaptée, et à la droite pour les mêmes raisons. Tout le monde est servi. Ce n’est pas en mettant en avant telle ou telle mesure particulière que l’on peut juger le programme de François Hollande. Il faut aller à l’essentiel qui est son financement. Le constat est accablant : 30 milliards d’augmentations d’impôts pour financer le déficit public et 20 milliards de mesures nouvelles. Le tout sur les cinq années du mandat. Soit respectivement 6 et 4 milliards d’euros par an ! Une misère !

Premier constat : la priorité est donnée au remboursement de la dette, c’est-à-dire des spéculateurs. En aucun cas la France ne pourra connaître une embellie de l’emploi et un redressement de la protection sociale, puisqu’une grande partie des ressources du pays ira alimenter les banques et autres spéculateurs. Il fallait annoncer l’annulation de la dette et ensuite sa restructuration afin de sanctionner les coupables de la spéculation en ne les remboursant pas. Messieurs Moscovici et Valls, têtes de pont des milieux patronaux au sein du PS, ont bien œuvré en faveur de leurs employeurs.

Deuxième constat : les 20 milliards d’euros de mesures nouvelles (4 milliards par an), sont une goutte d’eau par rapport à ce qu’il conviendrait de faire. L’étalonnage, à ce propos, est le partage de la valeur ajoutée entre capital et travail. Le travail a perdu 10% de PIB en 30 ans, soit 200 milliards d’euros par an. Une politique de gauche doit donc s’inscrire dans cette perspective : basculer, en un mandat, ces 200 milliards du capital vers le travail. C’est d’ailleurs le seul moyen pour sortir de la crise, à condition de prendre des mesures protectionnistes dans un cadre internationaliste. Si tel n’est pas le cas, les augmentations de salaires direct ou résultant de la suppression du chômage ne feront qu’alimenter des importations massives. Et ceci au moment où la dette ayant les conséquences les plus graves pour la France est la dette du commerce extérieur (75 milliards d’euros en 2011).

Ajoutons, pour accabler encore un peu plus ceux qui seraient tentés par le vote Hollande (ou Sarkozy, Bayrou, Joly, c’est-à-dire, à peu de choses près, du pareil au même), que ce programme minimal ne verra même pas le jour. Il repose, en effet, sur des hypothèses de croissance du PIB totalement à côté de la plaque. Ainsi, page 40 du programme de François Hollande, on peut lire que les hypothèses de croissance sont de 0,5% (2012), 1,7% (2013), 2% (2014), 2,5% (2015), 2,5% (2016) et 2,5% (2017). François Hollande fait comme s’il ne savait pas que la Grèce allait faire défaut et sortir de l’euro en 2012, suivie probablement par le Portugal. Que vers la fin du printemps ou au début de l’été, l’Italie allait se trouver dans de très graves difficultés, suivie de l’Espagne. Tout ceci va aggraver la crise et peser sur la croissance économique. Les prévisions de François Hollande ne seront jamais atteintes, et le candidat « socialiste », comme ses amis Papandréou, Socrates et Zapatero, nous expliquera qu’il faut se serrer la ceinture. Et nous nous retrouverons, une fois de plus, dans le cycle bien connu des alternances depuis le tournant de la rigueur de 1982-1983…


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Forum de l'article  -4 Messages de forum

  • Votre analyse est très claire. Merci.

    Elle me permet de formuler quelques questions qui ne sont pas toutes sans réponse... Une fois que l’Espagne, la Grèce et le Portugal seront sortis de l’euro,en quoi ils se sortiront du poids de leur dette ? Quelles seraient les conséquences sur un pays, la France ou un autre, si celui-ci refusait de rembourser la fameuse dette ?
    On suppose que les banques dont la dimension relève d’un "centralisme mondial", retireraient une bonne partie de leurs billes dans l’économie du pays, limiteraient les crédits aux citoyens. La monnaie serait dévaluée.
    Il faudrait alors commencer par nationaliser les banques, contrôler les finances, intervenir de manière directe sur la Banque centrale...Des économistes comme F.Lordon l’ont exposé. Mais peut-on nationaliser une banque qui tient le pays par le crédit ?

    Une vraie révolution économique en perspective et forcément politique qui ne passera pas par le PS. Ce que vous dites des amitiés connues avec la finance des conseillers de F.Hollande, laissent entrevoir que rien ne changera. Ils se repassent la gestion du pays comme une patate chaude, le PS entretiendrait les citoyens dans l’illusion d’un changement.

    Qui d’entre nous, à part vous, et ceux du F de G, mais vous dites que ces derniers n’ont pas encore réagi, ou si peu, va prendre le temps d’analyser les 40 pages du programme du PS ? L’Éducation populaire, pour et par le peuple, a du travail devant elle... Mélenchon, il en faut un d’assez doué et courageux dans cette démocratie toujours délégataire, aura, espérons le, une tribune médiatique et saura le faire entendre.
    D’ailleurs, à votre avis, pourquoi ne le dit-il pas aussi clairement que vous ? Certains à gauche disent que des patrons commencent à vouloir se sortir de ce capitalisme libéral. Capitalisme par trop financier. De leur conflit naîtra le changement ?

    Enfin, à propos de la campagne du PS aux présidentielles...C’est à penser que le discours du FN les arrange en noyant le poisson.... Ce n’est pas pour autant qu’il ne faut pas faire barrage à ce dernier, comme vous le proposez pour les législatives.
    Cordialement.

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  • Cher monsieur, je voudrai préciser une de vos affirmations. Le FdG, comme vous le savez, est composé de plusieurs partis. Alors, en tant que militant du Parti de Gauche, je puis vous assurer que monsieur Mélenchon a dit et re dit et répété à nouveau, qu’il ne participera jamais à un gouvernement qui ne serait pas le sien. Il en est ainsi également pour les autres membres du PG. C’est clair, net et précis. On ne peut défendre "l’humain d’abord" et ensuite se greffer sur un programme que nous combattons point par point. Quand aux autres formations ? Elle perdraient en tout cas l’étiquette FdG. Camaradement.

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    • Je sais bien que Jean-Luc Mélenchon a dit plusieurs fois qu’il ne participera pas à un gouvernement de "gauche" appliquant une politique à la Papandréou. Mais je ne suis pas certain que cette position soit celle de tous les partenaires du FDG. Des forces réformistes puissantes traversent toutes les composantes du FDG, y compris le PG et le PCF. Certains piaffent déjà pour avoir des strapontins ... Comme en 81 et 97 avec les résultats désastreux que l’on sait ...

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      • Le problème si aux 2ème tour Hollande se retrouve face à Sarko ou mlp, forcément une partie de l’électorat FDG se portera sur Hollande (peut être pas tous...) ; alors s’octoyer des voies de certains électeurs Fdg comme ça ? gratuitement sans contrepartie ? Il faudra qu’il paie, qu’il signe et qu’il lache prise sur les avantages de ses amis de la finance. Et après ? Nous arriverons à imposer certaines de nos priorités en participant à un gouvernement qu’en n’y participant pas du tout, on ne pourra pas tout faire mais au moins tendre ce gouvernement vers la société que nous voulons et peut être éviter le pire ; plutôt que de rester de "perpétuel" résistants. Je dis ça et pourtant je n’aime pas du tout les militants socialistes qui nous haïssent.
        Mais de toute façon Jean-Luc Mélenchon sera au 2ème tour ! Alors...

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