Faut-il fermer la Bourse ?
vendredi 20 avril 2007
Auteur : par Christian Schneider

Ce texte avait été rédigé pour un tract à l’occasion d’une conférence débat.

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Débattons pendant les campagnes électorales !

Faut-il fermer la Bourse ?

Certains candidats aux élections se scandalisent que Noël Forgeard quitte EADS avec plus de 8,4 millions d’euros, après avoir échoué dans la gestion d’Airbus et licencié 10 000 salariés. Mais c’est à cause de la Bourse !

Un peu d’histoire.

Après la guerre, les pays occidentaux ont connu 30 années de quasi plein-emploi. L’inflation était élevée, et la Bourse ne jouait qu’un rôle mineur dans l’économie. Aux Etats-Unis, le 1 % des personnes disposant des plus hauts revenus possédaient avant guerre 17 % des patrimoines. A la fin de la guerre, grâce aux politiques de répartition des richesses, ils n’en possédaient plus que 8 %. Dans les années 1970, grâce aux luttes sociales et à l’inflation, leur part est tombée à 2 ou 3 %. Ronald Reagan et Margaret Thatcher mettaient alors en œuvre le néolibéralisme pour favoriser les hauts revenus. Résultat : la lutte contre l’inflation devenait l’objectif principal, et dans les années 1990, le 1 % des personnes les plus riches des Etats-Unis possédaient à nouveau 17 % des richesses. On retrouve le même phénomène dans tous les pays avec l’enrichissement des plus riches.

La nouvelle « gouvernance ».

D’après David Rockefeller (en 1999), « quelque chose doit remplacer les gouvernements et le pouvoir privé me semble l’entité adéquate ». Ce nouveau pouvoir s’exprime aujourd’hui par la Bourse. Tout ce qui fait monter la Bourse sera considéré comme bon par les plus fortunés. Pour y parvenir la méthode sera de faire pression sur les entreprises et d’exiger d’elles des rendements de 15, voire 20 %. Comment y parvenir quand la croissance économique générale n’est que de 2 ou 3 % ? Les dirigeants d’entreprises, aidés par les Etats, vont alors utiliser divers moyens :

- Diminution de la masse salariale (essentiellement par les licenciements et la pression sur les salaires) compensée par une obligation faite aux salariés restants de travailler toujours plus.

- Délocalisations dans des pays à bas coût du travail.

- Endettement de l’entreprise auprès des banques qui feront de juteux profits pour que l’entreprise rachète ses propres actions, permettant ainsi aux actionnaires d’encaisser de confortables dividendes et plus-values.

- Trucages des comptes pour tromper les actionnaires (Enron, etc.).

- Fusions, acquisitions, absorptions, non dans un but industriel ou commercial, mais pour favoriser une augmentation de la valeur des actions (pour convaincre les actionnaires d’une entreprise de vendre leurs actions à une autre entreprise qui veut les racheter, il faut nécessairement leur proposer un prix attractif !). En 2006 dans le monde, les fusions-acquisitions ont représenté 2 736 milliards d’euros, soit l’équivalent de 342 entreprises de la taille d’Air France qui auraient changé de main !

La soumission intéressée des dirigeants d’entreprises.

Ces comportements sont nuisibles aux entreprises et à l’emploi :

- Personnel trop mobile, trop stressé et donc démotivé.

- Stratégie à court terme aux dépens d’une stratégie de développement de longue durée.

- Fragilisation de l’entreprise à cause de l’endettement.

Les actionnaires achètent le consentement des dirigeants d’entreprises en leur votant des salaires scandaleusement élevés (ils ont été multipliés par 50 depuis 1970), en leur distribuant des stock-options et en leur offrant des parachutes en or, en cas de licenciement.

La Bourse est prédatrice vis-à-vis des entreprises.

Alors que la Bourse était censée apporter de l’argent frais aux entreprises, on constate que le montant des émissions d’actions nouvelles est inférieur à la somme des dividendes et des rachats de leurs propres actions par les entreprises. Autrement dit, les actionnaires (fonds de pension, etc.) pressurent les entreprises.

Ces actionnaires ne sont pas fidèles à l’entreprise. Ainsi, à la Bourse de Paris, la durée de détention d’une action n’est en moyenne que de 7 mois pour les actionnaires Français, 4 mois pour les étrangers. Des actionnaires aussi volages ne peuvent avoir une vision correcte de l’activité de l’entreprise.

PROPOSITIONS :


1. Pour les entreprises cotées en Bourse, n’accorder le droit de vote qu’aux actionnaires qui s’engagent à rester plusieurs années dans le capital.

2. Autorisation préalable par les pouvoirs publics de toute opération de fusion ou acquisition.

3. Interdiction des rachats de leurs propres actions par les entreprises.

4. Augmentation de l’impôt sur la plus-value (revente d’une action avec un bénéfice) et sur le dividende.

5. Nationalisation dans un premier temps de toutes les entreprises privatisées depuis 25 ans.

6. Augmentation de l’impôt de Bourse.

7. Interdiction des fonds non-résidents (fonds de pension etc…) de détenir plus de 20 % du capital d’une entreprise française.

8. Interdiction des LBO (leverage buy-out, ou achat d’entreprise par effet de levier : des banques prêtent de l’argent à un spéculateur pour qu’il achète les actions d’une entreprise qu’il va ensuite « dégraisser » et revendre par ap-partements en licenciant le personnel).

9. Interdiction par l’Union européenne de tout commerce avec les paradis fiscaux tant que le secret bancaire n’aura pas été levé.

10. Interdiction des fonds spéculatifs dits Hedge Funds qui dévastent les entreprises et l’emploi.

11. Le pouvoir politique doit reprendre la main sur la Bourse. Comme disait le général de Gaulle : « La politique de la France ne se fait pas à la corbeille » !

POUR L’EMPLOI, L’ECONOMIE ET LES ENTREPRISES, IL EST NECESSAIRE DE FERMER PROGRESSIVEMENT LA BOURSE !