Jean-Claude Michéa - Impasse Adam Smith - Editions Climats, 2002
vendredi 13 juillet 2007
Auteur : par webmaster

IDEES DE LECTURE POUR L’ETE : Michéa montre comment la Gauche et le mouvement libéral se sont nourris de la même matrice idéologique, celle des principes philosophiques issus des Lumières et dont nous pouvons rappeler les grandes caractéristiques : la foi en un Progrès continu de l’Humanité ; la préférence pour l’individualisme ; la réduction des relations sociales à un jeu d’intérêts ("l’intérêt bien compris") et à la confrontation de ceux-ci. La Richesse des Nations d’Adam Smith (homme de "Gauche" rappelle Michéa) en constitue le plus solide testament.

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Impasse Adam Smith

Auteur : Jean-Claude Michéa.
Editions Climats, 2002

Brèves remarques sur l’impossibilité de dépasser le capitalisme sur sa gauche

Analyse :

Après L’Enseignement de l’ignorance, Jean-Claude Michéa, professeur de philosophie, poursuit son travail philosophique et questionne les fondements idéologiques de la Gauche.

Michéa montre comment la Gauche et le mouvement libéral se sont nourris de la même matrice idéologique, celle des principes philosophiques issus des Lumières et dont nous pouvons rappeler les grandes caractéristiques : la foi en un Progrès continu de l’Humanité ; la préférence pour l’individualisme ; la réduction des relations sociales à un jeu d’intérêts ("l’intérêt bien compris") et à la confrontation de ceux-ci. La Richesse des Nations d’Adam Smith (homme de "Gauche" rappelle Michéa) en constitue le plus solide testament.

Cette ascendance commune permet à Michéa d’éclairer le lecteur sur la tendance historique de la Gauche a faire l’apologie de tout "Progrès", fut-il destructeur de solidarités anciennes au nom d’une "modernité" perpétuellement ressassée et dont la Gauche actuelle est le paroxysme, notamment dans son courant français strauss-kahnien et fabiusien.
Michéa incite ainsi à distinguer la Gauche, projet politique de l’intelligentsia et des classes éduquées, et le Socialisme, pratique concrète des milieux populaires, fondées sur des valeurs très simples (honnêteté, refus de la concurrence, convivialité, etc.) que Georges Orwell, dont se nourrit Michéa, a nommées Common decency.

Ce Socialisme, qui se construisait dans le double refus du retour à l’Ancien Régime (pouvoir du Roi, de l’Eglise et de l’Armée) et de la destruction des solidarités communautaires liées à la dynamique capitaliste, a été peu à peu marginalisé par la puissance conceptuelle et symbolique de l’héritage des Lumières, qui, par une de ces ruses dont l’Histoire a le secret, a pu servir de terreau à la Droite comme à la Gauche contemporaines. L’utilitarisme, qui réduit les relations sociales à des calculs économiques, a complètement écrasé les autres conceptions philosophiques, telles celle de Mauss, grand penseur du don comme élément indispensable de toute communauté et de toute transmission.

C’est dans ce contexte que l’idée de conservatisme a été balayée comme théorie rétrograde et dangeureuse, bien que la nécessité de conserver ou de préserver soit parfois impérieuse -ainsi de la préservation d’un cadre de vie décent ou de la défense des solidarités communautaires. L’analyse de Michéa expose cette idée pour le moins hétérodoxe qu’un mouvement révolutionnaire devrait par souci de cohérence comporter des éléments conservateurs.

Cela explique l’erreur -le mensonge ?- de la Gauche, continuant à fantasmer un capitalisme supposé autoritaire, conservateur, voire réactionnaire, alors même que la dynamique capitaliste suppose un homme débarrassé de toutes attaches, communautés, passé, qui l’empêchent de se concevoir comme un atome du marché mondial. Le libéral-libertarisme est ainsi la forme achevée d’évolution de la Gauche (que Michéa distingue du Socialisme, rappelons-le).
En réhabilitant, avec Orwell, les qualités populaires, au premier rang desquelles la Common decency et l’intuition, Michéa nous permet de concevoir ce que serait une politique socialiste, qui, tournant le dos à la religion du Progrès, renouerait avec la pratique populaire.