Philippe Derudder A-Jacques Holbecq - Les 10 plus gros mensonges sur l’économie - Dangles, 2007.
lundi 6 août 2007
Auteur : par webmaster

IDEES DE LECTURE POUR L’ETE : Note de Jean Gadrey : Les auteurs de cet excellent livre ne sont pas des économistes de profession. C’est peut-être pour cela qu’ils parviennent à faire de la bonne économie non conventionnelle et compréhensible par tous ! Ils recensent dix « gros mensonges » qui font partie de ce que nous entendons tous les jours et de ce que les « commentateurs » officiels de la pensée unique nous présentent comme des évidences. Et ils nous montrent fort bien qu’il s’agit soit de mensonges délibérés, soit de croyances fort contestables. Et, comme par hasard, il se trouve que ces croyances

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Les Dix Plus Gros Mensonges sur l’économie

Auteurs : Philippe Derudder et André-Jacques Holbecq.
Éditions Dangles, 2007.

Les auteurs de cet excellent livre ne sont pas des économistes de profession. C’est peut-être pour cela qu’ils parviennent à faire de la bonne économie non conventionnelle et compréhensible par tous ! Ils recensent dix « gros mensonges » qui font partie de ce que nous entendons tous les jours et de ce que les « commentateurs » officiels de la pensée unique nous présentent comme des évidences. Et ils nous montrent fort bien qu’il s’agit soit de mensonges délibérés, soit de croyances fort contestables. Et, comme par hasard, il se trouve que ces croyances sont toutes à l’avantage des puissants et des riches. Très souvent, c’est la pensée de Keynes qui leur sert à décrypter ces mensonges, dans une argumentation imagée et mise à la portée du plus grand nombre. Un bel exemple parmi d’autres : « La dette appauvrit la nation, il faut gérer les finances publiques en bon père de famille, 18 000 euros de dettes pèsent sur les épaules de chaque nouveau-né en France, c’est insupportable. » Refrain connu, mais mensonge éhonté. Les arguments qui lui sont opposés dans ce livre sont excellents. Retenons le suivant : certes il y a une dette publique, qui est d’ailleurs inférieure en France, en proportion du PIB, à la moyenne de la zone euro. Mais la France dispose d’actifs nombreux, d’un patrimoine physique et financier tel que, tous calculs faits, chaque nouveau-né est riche, à sa naissance, d’environ 170 000 euros, près de dix fois plus que « sa dette » ! Et s’il dispose de cette richesse publique, c’est parce que l’on a investi en recourant, pour une part, à l’endettement. Par ailleurs la dette publique résulte aujourd’hui largement de décisions politiques passées visant à réduire les recettes publiques (baisses d’impôts et de cotisations sociales), dans un sens favorable aux catégories aisées et aux détenteurs du capital.

Il y a bien dans ce livre deux ou trois approximations douteuses ou erreurs mineures (par exemple, il n’est pas toujours vrai qu’« un prix qui baisse, c’est de la richesse en moins », car cela dépend des gains de productivité), et certaines propositions (dont la TVA sociale ou la rémunération de parents au foyer) ne semblent pas aller dans la voie générale souhaitée. Mais ce sont des détails au regard du travail de démolition argumenté de toute une série de croyances dont les auteurs montrent bien la faiblesse logique en même temps que l’orientation de classe. Un livre à recommander. Quand les citoyens s’emparent de l’économie, ils ont des leçons à donner aux économistes. Keynes le disait déjà : « Les économistes sont aujourd’hui aux commandes de notre société alors qu’ils devraient être sur la banquette arrière ! »

Jean Gadrey, économiste.
Article publié dans libération le 17 avril 2007