Repolitiser la population par la "Recherche / Action"
dimanche 25 mai 2008
Auteur : par Texte du M’PEP

Résumé

Le M’PEP encourage à mettre en place la recherche/action pour outil de repolitisation de la population.

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REPOLITISER LA POPULATION PAR LA « RECHERCHE/ACTION »

 I.- RECHERCHE-ACTION ET POLITIQUE

 A.- Qu’est ce qu’une « recherche/action » ?

Une « recherche/action » est le travail combiné d’une recherche qui se veut scientifique, conduite non seulement par des scientifiques mais aussi par des citoyens « ordinaires », sur un sujet donné (la repolitisation de la population pour ce qui nous concerne), et la transformation au quotidien de sa réalité, dans une perspective plus globale. La pratique classique d’investigation « académique » se double ici d’une volonté civique et politique clairement affichée.

Une recherche/action s’inscrit pleinement dans l’espace public, elle place en relation vivante des scientifiques, des praticiens et des acteurs, des usagers sur le terrain d’enquête. Un des enjeux forts de la formation à la recherche/action est de créer des ponts entre théories et pratiques. Un rapport d’égalité s’instaure de fait entre participants d’horizons divers, car aucun des acteurs ne détient la solution, qui dépend grandement d’une mise en relation collective du sujet.

Dans le cadre d’une recherche/action, le chemin se fait en marchant, c’est un processus qui laisse des traces qui signent l’évolution des partenaires impliqués et de la situation observée et étudiée. Elle incite ainsi les chercheurs à repérer hors d’eux-mêmes des partenaires et les déplace de la communauté scientifique vers la Cité. C’est aussi une approche qui redonne du sens aux notions de responsabilité politique et sociale, à la solidarité civique et aux droits culturels.

Une recherche/action doit pouvoir alimenter les responsables politiques en idées et en propositions. Gérer la Cité réclame des processus de concertation particulièrement fins entre les citoyens et les dépositaires du savoir tant l’époque est engluée dans les séductions démagogiques et populistes en tous genres.

Dans une recherche/action c’est la situation qui gouverne, elle obéit cependant à des principes de rigueur forts : c’est une recherche fondamentale qui naît de la rencontre entre une volonté de changement et une intention de recherche. Elle poursuit un objectif dual qui consiste à réussir un projet de changement délibéré tout en faisant avancer les connaissances fondamentales.

Déjà pratiquée, bien que de façon marginale, dans la sphère sociale, il est grand temps que le politique s’en inspire, s’en saisisse, pour pouvoir s’ouvrir à la « politique action », dont le bénéfice ne résiderait pas seulement dans un développement des connaissances scientifiques, mais dans un progrès de la justesse démocratique et de l’intérêt général.

Chercher à comprendre les enjeux de la dépolitisation actuelle et trouver des pistes concrètes pour enrayer cette situation, chercher à faire évoluer le statut et l’implication du citoyen dans le vif de sa réalité et non comme un être exclusivement administré serait l’objectif d’une telle démarche. S’il revient aux différents groupes de travail chargés d’organiser cette recherche/action au sein du Mouvement afin d’en proposer les contours, il est possible dès maintenant d’en esquisser les grandes directions.

 B.- Sur quoi faire de la « recherche/action » ?

Les expériences de démocratie participative et des forums sociaux ont parfois atteint leurs buts en terme d’information des citoyens, ils ont échoué (se sont refusés ?) pour le moment, à faire de l’éducation politique. Poser la question de l’éducation politique revient à ceci :

  • L’éducation politique est un acte aujourd’hui incontournable de réappropriation publique. Elle donne une réelle légitimité du terme « politique », face à la spécialisation/professionnalisation de la politique, à la neutralisation de l’action publique et associative, et à l’apolitisme (y compris de gauche) prôné par un libéralisme qui cherche a dissuader tout projet visant à intervenir sur l’histoire.
  • C’est une forme de réhabilitation de l’action politique qui doit permettre d’ouvrir la réflexion sur la finalité des institutions, de leurs actions, et de leurs moyens.
  • L’éducation politique doit permettre de retrouver des zones de débat et donc de conflit, de confrontation à la base, contre le consensus socio-économique actuel, non transformateur.
  • Elle remet au centre des préoccupations la visée d’éducation du citoyen critique et pas seulement celle de l’électeur.
  • Se politiser c’est pouvoir se positionner, s’opposer à la résignation et construire des propositions viables, en même temps que l’on s’approprie les données théoriques et d’actualité nécessaires à ce positionnement, à cette opposition et à cette construction.
  • L’éducation politique permettra peut-être aussi de sortir de la spécialisation, de la spécification, aussi en politique, issue directement du 19ème siècle et consolidée depuis (salariat, expropriation du sens du travail). Cette spécialisation puis la division qui en découle, induit une neutralisation mortifère.

Selon Paulo Freire, dans L’éducation, pratique de la liberté : « Un des plus grand drame de l’homme moderne, sinon le plus important est d’être déterminé par la propagande idéologique ou non. Il renonce ainsi à chaque fois, et sans le savoir, à son pouvoir de décision. Il est rejeté en dehors de la sphère de décisions (…). Il n’est plus sujet, il est rabaissé au rang d’objet, il devient une chose ».

Autrement dit : être éduqué, au plan politique, permet de transformer les insatisfactions ou souffrances sociales en objets politiques et permet ainsi de pouvoir agir dessus. C’est d’abord être sujet, puis devenir acteur politique.

 1.- Les questions incontournables

- En quoi consiste l’éducation au politique comme pratique d’émancipation et de transformation sociale ?

- De qui ou de quoi les participants prétendent-ils pouvoir s’émanciper ?

- De quelle façon les citoyens donnent-ils du sens à leurs actions ?

- Comment associer « éducation populaire » et « éducation politique » sans perdre les références historiques liées à l’éducation populaire (construction de savoirs ouvriers et populaires) et sans prendre les connotations souvent négatives liées au politique ?

- Comment rétablir une véritable éducation populaire qui consisterait à ouvrir des perspectives d’actions permettant de ré-accéder au politique ?

 2.- Les carrefours incontournables

- Interroger le sens et les pratiques d’éducation populaires au regard de leurs effets de critique sociale, d’émancipation et d’éducation au politique.

- Interroger ensemble les discours, les pratiques et les stratégies afin de renégocier des espaces plus critiques et autonomes vis-à-vis des politiques et pouvoirs nationaux, européens et mondiaux à l’œuvre.

- Interroger, décoder les processus de domination sociale, économique, culturelle et expérimenter comment, par quels moyens tenter d’en sortir dans nos pratiques et notre sphère d’intervention publique et politique.

 3.- Des pistes de travail incontournables

- Mettre en place un groupe de travail guidé par un ou des chercheurs ; leurs compétences sont à déterminer.

- Travailler sous la forme de rencontres régulières, sur un temps donné à déterminer.

- Entériner le choix d’éducation et d’apprentissages mutuels (co-construction des savoirs), organiser les interventions à partir des pratiques des participants pour aboutir à de réelles transformations. Partir des insatisfactions et des situations problématiques concrètes posées par les participants à tous les échelons du mouvement.

- Bâtir un diagnostic critique.

- Agir collectivement aussi pour transformer les constats de cette recherche/action puis diffuser les résultats de ce travail.

- Produire des connaissances transmissibles à partir de cette expérience.

 4.- S’appuyer sur des pratiques, des méthodes et des outils divers

  • Des temps d’échanges formels.
  • Des co-productions écrites.
  • Des travaux d’observation personnels, des lectures et recherches documentaires.
  • Des mises à l’épreuve dans l’action, des expérimentations de changement.
  • Une évaluation, des effets de transformation.
  • Les matières produites sont utilisées dans un processus dialectique d’aller et retour entre théorie et action.
  • Associer l’éducation critique et l’action collective.
  • La participation d’adultes et de jeunes, d’hommes et de femmes.
  • La réinvention des méthodes d’interprétation collective des problèmes.
  • La mise en lumière des conflits d’intérêts collectifs latents dans les situations concrètes, auxquels, les participants sont confrontés.
  • Le recours alternativement à tous les modèles (maïeutique, appropriatifs, transmissifs et la mobilisation des outils de travail de groupe).
  • Elle privilégie les modèles collectifs et coopératifs. Pour que ce travail de recherche puisse voir le jour, il est indispensable qu’un travail d’éducation politique se fasse, en parallèle, sur le terrain.

 II.- RECONCILIER L’EDUCATION POPULAIRE ET LA POLITIQUE

 A.- L’information doit permettre l’acquisition d’une compétence politique

Nous ne partons pas de rien. Tant la longue que la récente histoire de l’éducation populaire ont laissé quelques traces dans les sillons de l’Histoire. Les acquis des précédentes luttes sociales, s’ils ne restent jamais gravés dans le marbre et doivent en permanence être défendus, sont le socle de nos combats d’aujourd’hui. Il n’y a pas d’année « zéro » en politique.

Nous ne pouvons cependant limiter le travail de politisation à l’organisation de courroies de transmission de savoirs et d’actualités. Si la conférence et la réunion publique doivent rester des outils d’information et de diffusion des connaissances, elles ne sont pas suffisantes pour garantir que l’ensemble des citoyens soient informés, ni que les citoyens informés acquièrent une réelle compétence politique.

Il existe un énorme besoin de construction d’outils d’éducation populaire. L’erreur commise par de nombreuses organisations d’éducation populaire ne doit pas être recommencée, qui proposent clé en main un catalogue de prêt à comprendre des mécanismes à l’œuvre, auprès d’une majorité de la population déjà en difficulté quant à l’approche politique et citoyenne.

La description des mécanismes du capitalisme, si elle ne porte pas sur les acteurs, les enjeux et les idéologies du champ politique, ne peut fournir tous les éléments constitutifs d’une compétence politique. De plus, les difficultés liées à la participation politique sont de natures très différentes. Certains ne veulent pas participer, peut-on se contenter de le constater ? D’autres ne peuvent pas participer, là aussi, pour des raisons très différentes : comment le prendre en compte ?

Les inégalités sociales, très souvent, se perpétuent et se reproduisent aussi en terme d’inégalité devant la culture : à plus forte raison face à la culture politique. L’éducation politique n’étant pas faite au sein de l’école publique, il est difficile dans certains milieux de se familiariser avec un domaine ignoré en tant que tel par le système scolaire.

De nombreuses études montrent que, plus que des connaissances politiques spécifiques, un système d’enseignement permet en réalité d’acquérir une disposition à s’intéresser aux problèmes politiques en même temps que sont transmis les instruments intellectuels nécessaires à leur compréhension : un matériel verbal et conceptuel, la possibilité de nommer et de constituer des différences à l’intérieur de l’espace politique, les facultés de comparer et de classer facilitant l’accumulation des savoirs. Tous ces éléments sont accessibles et transmissibles à tous, par un travail d’appropriation des données nécessaires à la construction d’outils simples d’éducation populaire.

 B.- Certaines pratiques d’éducation doivent être privilégiées en vue d’éviter les dérives répétées de l’éducation populaire

Chacun doit avoir les moyens de prendre des initiatives, de mener des débats, de prendre des engagements en vue de participer à la construction d’un projet de société. Plus encore, il s’agit aussi de porter des analyses, de tenir des positionnements et de faire des propositions sans en être dessaisis, faire reculer les manipulations de tous types. Les citoyens sont immergés dans une situation qu’ils pensent indépassable, inchangeable. Les diviser, les isoler, les maintenir dans une vision parcellaire des problèmes, facilite leur maintien dans l’ignorance, donc en état de domination et d’impuissance.

Le Mouvement se fixe comme objectif essentiel de redonner aux citoyens les moyens de décrypter des orientations politiques, afin qu’ils puissent prendre toute leur place dans la vie politique. Pour que ces ambitions ne restent pas lettre morte, il est nécessaire de développer une pratique éducatrice qui permette d’éclairer politiquement les déformations de l’analyse du monde. La prise de conscience de cette adhésion à l’ordre établi est le premier pas vers une transformation possible. Développer des pratiques, des savoirs, des outils, populaires est nécessaire pour aborder cette première étape.

Cependant aucune pratique, aucun contenu d’éducation, ne sont neutres, contrairement à ce que certaines grandes organisations d’éducation populaire se sont laissées conter ces dernières décennies.

Devenir acteurs des changements, ne revient pas à consommer des idées, mais à les produire, les transformer grâce à l’action, au dialogue et à la confrontation de points de vue. Nous ne sommes pas des consommateurs d’idées, mais des citoyens qui s’éduquent mutuellement et qui transforment leur niveau de conscience par l’intermédiaire de la démarche de compréhension du monde. Les outils d’éducation populaire dont le Mouvement se dote sont élaborés AVEC la population. C’est certainement en cela que réside le premier travail d’éducation politique mutuel.

Si une partie de la population n’a pas ou n’a pas eu accès à une éducation politique « savante », une bonne partie de la classe populaire ouvrière est par contre confrontée quotidiennement aux questions et problèmes politiques, sociaux, économiques et culturels que génèrent les choix des pouvoirs en place. Cette approche empirique, concrète, quotidienne est et doit être reconnue, optimisée comme un savoir et pas seulement considérée comme une expérience subie et intériorisée.

Le propre de l’éducation populaire est d’être une pratique de construction de savoirs populaires et non une technique d’enseignement monopolisée par certains pour en éduquer d’autres.

Cela implique une rupture, une transformation des modes d’action habituels. La mise en place d’outils de réflexion et d’information est nécessaire mais ne saurait suffire si la population n’a accès qu’à la consommation du produit fini et non à la possibilité de construction et d’élaboration politique que ce travail permet.

L’éducation sera émancipatrice si le rapport entre ses différents acteurs rompt avec les pratiques de domination. Cela peut paraître évident, dans la réalité il n’en est rien. Il est essentiel de rechercher à mettre en application les pratiques de coopération, à savoir la participation active de chacun à sa propre libération, pour qu’elle puisse aussi participer à la garantie de celle des autres.

Cela demande donc de rompre avec ces pratiques et ces conceptions de l’éducation populaire ancrées dans la neutralité (donc la neutralisation) en travaillant sur des contenus et leur mise en cohérence, qui permettront d’élaborer des propositions politiques nouvelles.

Cela demande aussi de rompre avec ces pratiques et ces conceptions de l’éducation populaire ancrées dans un temps libre très inégalement réparti, en réinvestissant un travail politique dans les espaces et les temps d’où il a été chassé (le travail, la vie de quartier, l’école, la famille, la commune).

Cela demande aussi de rompre avec ces pratiques et ces conceptions de l’éducation populaire ancrées dans la perpétuation des savoirs officiels, en construisant avec ceux qui sont porteurs de savoirs effectifs, des outils élaborés aussi à partir de leurs savoirs.

Cela demande aussi de rompre avec ces pratiques et ces conceptions de l’éducation populaire ancrées dans des lieux et espaces géographiques dédiés à la réflexion et à la culture officielle (centre culturels, théâtres, cinémas…) pour aller à la rencontre des populations qui ont elles aussi des lieux d’expression et de rencontres qui sont aussi peu familiers pour d’autres (maisons de quartiers, locaux associatifs, marchés…).

Par conséquent, cela demande de rompre avec ces pratiques et ces conceptions de l’éducation populaire qui se contentent au mieux de concurrencer les chaînes de télévision, sans se donner les moyens et prendre le risque de l’élaboration politique avec la population.

Sans ce travail d’élaboration politique, dont la campagne référendaire sur le traité constitutionnel européen en 2005 fut un bel exemple bien que ponctuel au niveau national, les citoyens ne peuvent intervenir dans la vie politique qu’à partir, au mieux d’un avis, et au pire d’un rejet. Participer à la vie politique ne peut se confondre avec le fait d’avoir une opinion sur la vie politique. L’un se construit de l’intérieur, l’autre se consomme de l’extérieur.

C’est là que la recherche/action menée par le M’PEP ambitionne de venir en aide à bon nombre de militants et de citoyens, car personne aujourd’hui, pas plus les partis politiques que les syndicats ou les associations, n’a de solutions miracles sur cette question, tout reste à inventer, à essayer, à oser, à travailler.

 III.- REPOLITISATION : UN TERRAIN D’ACTIONS

La structuration du M’PEP, qui repose en grande partie sur la création de sections locales, vise à favoriser les liens de proximité avec la population, avec toute la population. L’élaboration par l’ensemble des membres du Mouvement d’outils d’éducation populaire a pour but d’associer un grand nombre de citoyens à la prise de conscience, à la connaissance, à la compréhension, à la confrontation des éléments constitutifs du capitalisme contemporain et par voie de conséquence de ses finalités. Mais il sera aussi important localement de rattacher et de questionner ces éléments avec la réalité politique et démocratique locale, nationale, européenne et mondiale. C’est cette mise en perspective qui peut à terme permettre d’élaborer des analyses et propositions politiques alternatives.

Chaque section locale est organisée selon sa réalité et les statuts du Mouvement. Elles suivent certaines pistes de travail, certaines préoccupations pour prendre en compte le travail de proximité.

Les choix politiques opérés actuellement, n’attestent pas d’une crise mais bien de problèmes générés par des décisions réfléchies, décidées, anticipées POLITIQUEMENT et dont le peuple affecté dans l’ensemble de ses composantes doit affronter les conséquences. Cette situation impose la mobilisation d’une exigence démocratique qui dépasse la volonté ou non de se tenir informé. Les bonnes volontés ne suffiront plus, c’est l’ensemble du peuple qui doit maintenant être mobilisé.

Les carences de citoyenneté ne sont pas toutes du même ordre. Il y a celui qui ne veut pas participer à la vie politique et celui qui ne le peut pas. La population exclue du débat social et politique, reste cependant titulaire de ces droits, et n’est pas privée de les exercer. Etre citoyen ce n’est pas seulement disposer du droit de « Cité ». C’est être avant tout partie prenante de ce qui s’y décide.

De nouvelles formes de participation politique sont actuellement en gestation, voire à l’œuvre. On s’engage sur des actions concrètes plus ou moins spectaculaires à court terme et de moins en moins pour défendre des idéaux, des alternatives politiques en terme de droits. L’éducation politique doit dénoncer l’insuffisance d’une politisation « à la carte », qui fini par être le « politiquement correct » du peuple !

Ne plus penser les rapports sociaux en terme de rapports de force, la lutte des classes en termes conflictuels, c’est penser les rapports de classes de façon consensuelle, comme une union sacrée, une possible convergence apolitique. Cela a pour effet de gommer le conflit des intérêts de classes et en particulier ceux de la classe dominante qui peut ainsi aisément camoufler la défense de ses propres intérêts derrière ceux, indiscutables, du marché. La pensée consensuelle est à l’antithèse des valeurs prônées par l’éducation populaire et l’action politique, au rang desquelles figure cette éducation au conflit et à son dépassement.

L’état culturel d’une société se donne à lire dans l’usage et les multiples formes d’expression et de manifestation de sa citoyenneté, de sa civilité, de son urbanisme, la teneur du lien social, la qualité d’échanges réciproques, le partage, la solidarité et la fraternité. La réalité culturelle se mesure aussi par la capacité revendicatrice de ses membres, dans leur détermination à agir, intervenir et exercer leur citoyenneté. A contrario, le renoncement, l’indifférence, la démission, la délégation de pouvoir, le repli identitaire, l’obscurantisme, l’engouement pour les organisations sectaires, le paranormal... disent aussi l’état culturel d’une société et d’un peuple. Loin d’être des valeurs spontanées et naturelles, ce sont des actes culturels. L’état de citoyen n’est pas un état « naturel », qui nous est offert par la Déclaration des droits de l’homme. Il implique une prise de conscience du collectif, l’acquisition de connaissances, et le courage de la pensée et du positionnement politique.

La fonction de l’enseignement public devrait être de former des citoyens actifs et créatifs. Aujourd’hui plus qu’hier cette mission dépasse l’enjeu de l’école. L’éducation politique du citoyen n’étant prise en compte ni soutenue par aucune mesure éducative ni de formation d’adultes à ce jour, il est de la responsabilité des citoyens eux-mêmes de la mettre en place, et d’abord dans leur propre intérêt. A cette occasion s’approprier les nouvelles technologies de l’information, leur technicité, leur utilisation et les implications possibles dans des pratiques sociales et collectives, est aujourd’hui indispensable aussi pour ne pas faire de ce secteur un nouveau temple de la consommation de l’information et du loisir ! C’est un outil possible de lutte et de contre-pouvoir, un facteur de lien politique porteur d’intégration sociale et culturelle, quand il permet une expression populaire et l’accès à des contenus et échanges culturels, techniques, intellectuels...

Le travail, même lorsqu’on en est privé, confère encore à chacun son identité sociale et reste un repère fondamental de sociabilité. L’externalisation d’activités, la flexibilité et les délocalisations portent aussi un coup à la fonction « intégratrice » du travail. Le travail contamine et hante les autres sphères de notre vie. La « culture du travail » c’est l’ensemble des liens sociaux, des rapports intergénérationnels, interethniques, c’est aussi l’exercice de la citoyenneté civique qu’elle soit associative, sociale, syndicale ou politique. Travailler c’est produire du lien interindividuel et collectif, de l’information, de la coopération, c’est convoquer des connaissances, des savoirs, des savoir-faire et savoir-être, pour un usage collectif et social. L’alternance temps de travail - temps de loisir et les ponts possibles entre ces deux sphères sont aujourd’hui une question politique décisive : travail et loisirs devraient pouvoir se qualifier mutuellement. Ne pas aborder la question du travail c’est entériner une dualisation de la société, c’est enliser toute perspective de transformation sociale. Une alliance est à reconstruire entre les acteurs de l’éducation politique populaire et ceux du monde du travail. Cela passe par l’instauration d’espaces de rencontres, d’échanges, et par la mise en œuvre de processus permettant des apprentissages réciproques au sein même des lieux du travail.

Un mouvement d’éducation populaire politique est hétérogène par essence, collectif par évidence, rebelle par nature et indépendant par vocation, fidèle aux objectifs de résistance, d’émancipation et d’acteur légitime de la vie politique.